‹ Le Réflexe Naso-oculaire: Contribution à l'étude du Réflexe naso-facio-oculaireChapitre 7 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Historique

C’est incontestablement P. Emile WEIL et PHILIPPE qui, les premiers, dans une communication en 1916 à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, ont décrit LE RÉFLEXE NASO-FACIAL, qu’il baptisèrent d’ailleurs, à ce moment, naso-cardiaque, par analogie avec le réflexe oculo-cardiaque activement étudié alors. Cependant, BROWN SÉQUARD avait déjà remarqué et décrit les phénomènes qui se produisaient lorsqu’on immergeait brusquement dans l’eau le nez d’un animal : il y avait alors arrêt de la respiration et de la circulation. De même, en 1876, et surtout en 1887 et 1889, Francois FRANCK étudia en physiologiste les différentes réactions que provoque une irritation de la muqueuse nasale. Dans l’article, toujours d’actualité, de Physiologie de 1889, intitulé : « Contribution à l'étude expérimentale des névroses réflexes d'origine nasale », il décrivit dans tous ses détails les réactions

laryngées, pulmonaires, cardiaques et vasculaires d’o-

rigine nasale. Il remarqua en outre et insista sur la production, après une irritation de la pituitaire, du larmoiement, de la congestion des paupières, de la joue et de la conjonctive, du ralentissement du pouls avec vaso-constriction et baisse tensionnelle, sauf dans le domaine du Sympathique cervical, où se produit une vaso-dilatation intense.

En 1869, dans les Archives de Physiologie, P. PRÉvosT, après C. BERNARD, éclaire un point de physiologie du réflexe, en étudiant le rôle isolé du Ganglion Sphéno-Palatin et son action, en particulier, sur l’état vasculaire et sécrétoire de la muqueuse nasale.

BoNKiIER, dans son Traité de Centrothérapie, recherche sur la pituitaire des points définis qui, par l’intermédiaire du trijumeau, correspondraient à des points définis du Bulbe, centre régulateur de nos différents viscères. Il fait, en effet, présider par le Bulbe tout l'équilibre neuro-végétatif et écrit en outre que : « Chaque point de notre corps est rattaché à l’ensemble de lorganisme par une installation nerveuse complexe. » Si, par sa Centrothérapie, Box- NIER a peut-être prétendu, à tort, guérir par des cautérisations de la muqueuse nasale une infinité d’affections, dont le siège est plus ou moins éloigné d’un point défini du cornet, telles qu’entérites, rhumatismes, coliques hépatiques, hémorroïdes, il faut reconnaître, avec HALPHEN, que l’anesthésie des filets trijémino-sympathiques est arrivée à guérir ou à atténuer certaines affections à point de départ nasal, comme le coryza spasmodique, les céphalées nasales des nez étroits, les névralgies du trijumeau, etc...

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En somme, ce qu’on peut reprocher à BOoNNIER, c’est d’abord d’avoir méconnu le rôle du Sympathique, ensuite d’avoir voulu trop généraliser les effets thérapeutiques de sa méthode.

Un des continuateurs de Bonnier, LE PRINCE, de N1- CE, dans son Traité de Réflexothérapie, reprend la question en l’élargissant et démontre que, par action sur le champ cutané ou la vaccinothérapie, la thérapeutique utilise la voie des réflexes ; il les énumère et réserve une large part aux réflexes pituitaire., Pour lui, l'excitation des filets nerveux de la pituitaire se transmet aux centres du Pneumogastrique et du Sympathique et fait cesser, à distance, les troubles des différents appareils de l’organisme. Il semble qu’à ce point de vue, il faille lui adresser le même reproche qu’à son prédécesseur.

SLUDER, dans ses Relations anatomiques et chirurgicales du sinus sphénoïdal, écrit, le premier, un livre d'ensemble sur les troubles sympathiques d’origine nasale et, pour la première fois, parle du syndrome du Ganglion sphéno-palatin, dont la cause est une sinusite latente, catarrhale ou hyperplastique et dont l'effet consiste en coryza spasmodique, phénomènes cardio-pulmonaires, salivaires et gustatifs. Ces troubles peuvent être modifiés par une anesthésie locale.

Mais, c’est à P. Emile WEIL et PHILIPPE que revient l’analyse méthodique du réflexe, dans la note qu’ils publièrent en 1916. Celle-ci fut suivie en 1918 d’un article de la Presse médicale, où P. Emile Wir et Mi- RAILLÉ constatèrent l’abolition du réflexe naso-facial dans les paralysies faciales périphériques et sa con-

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servation au contraire dans les paralysies faciales d’origine centrale. Puis, en 1922 et 1923, P. Emile WE, LÉvy-FRANCKEL et JUSTER, insistent à nouveau sur les modalités du réflexe naso-cardiaque, devenu le réflexe naso-facial, dans diverses affections médicales. Dans une communication à la Société de Biologie, ces auteurs envisagent le Réflexe naso-facial en tant que test fonctionnel du Système sympathique et déclarent que, grâce à lui, il sera aisé de découvrir certaines affections à leur début, telles que tuberculose pulmonaire unilatérale, pneumonie, en mettant en évidence une inégalité pupillaire latente. Ils terminent en disant que le réflexe naso-cardiaque doit prendre la place de l'oculo-cardiaque — peu agréable pour le patient — et qu’il est plus fidèle et plus constant dans ses indications.

Vers cette époque, les rhinologistes reprennent pour leur compte le réflexe naso-facial, abandonné par les médecins. L'étude des sinusites postérieures leur en fournit l’occasion ; celles-ci ont, en effet, dans certains cas, un retentissement oculaire qu’il faut attribuer au déséquilibre sympathique dans la sphère nasale, RAMADIER cherche à différencier les névralgies faciales esentielles ou symptomatiques des névralgies sympathiques. 11 faut, pour lui, si l’on veut agir efficacement, s'attaquer directement au Ganglion de Meckel, en portant à son contact un liquide modificateur ou en injectant sous la muqueuse du trou sphéno-palatin de l'alcool ou de la novocaïne. Dans ce but, il a fait construire une aiguille de 10 centimètres, recourbée à angle droit, à 7 millimètres de sa pointe.

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DUVERGER et DUTHEILLET DE LAMOTHE différencient les névralgies sphéno-palatines des affections d’ordre anaphylactique et considèrent que ces dernières ne sont pas justiciables d’une thérapeutique locale. Les troubles endocriniens interviennent à leur tour pour expliquer certains cas de syndrome sphéno-palatin. À ce sujet CANUYT et TERRACOL, TARNEAUD, MOREAUX (de Nancy) et M. SARGNON ,publient plusieurs observations. Puis, REVERCHON et Worms décrivent des cas de rhinite atrophique par lésion du Ganglion Sphéno- Palatin. CANUYT, dans un article d'ensemble, étudie les rapport du Ganglion sphéno-palatin dans tous ses détails, met au point l’anatomie osseuse de l’arrière fond de la fosse plérygo-maxillaire et précise le rôle de l'élément sympathique dans l’origine « a frigore » de la crise spasmodique, l’hydrorrhée nasale.

C’est HALPHEN qui, seul ou avec ses collaborateurs, et dans de nombreux articles et des communications à la Société de Laryngologie des Hôpitaux de Paris, consacre au réflexe une description complète. « Les phénomènes sympathique en rhinologie » (1925), résument tout son travail. Son élève REBILLARD a longuement étudié le réflexe dans le coryza spasmodique et constaté son exagération. HALPHEN et Mademoiselle SCHULMANN ont montré qu’il était aboli dans l’Ozène, d’un seul côté si l’ozène était unilatéral et qu’il pouvait reparaître si l’affection régressait. HALPHEN en a fait un test précis de l’état du sympathique nasal en particulier, et accessoirement, du tonus sympathique général de l’organisme, Puis, Worms l’a recherché dans plusieurs de ses observations. LAIGNEL-LAVASTINE

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et GUILLAUME l'ont signalé dans leurs travaux sur le Sympathique; Girou en a fait mention dans son article des Annales en avril 1925. Notre Maître, M. BER- TEIN, a publié trois articles fort intéressants, l’un, en colaboration avec M. SarGnoN et intitulé : « La chirurgie endo-nasale de certaines algies faciales », Pautre sur : « Les voies d'accès au Bloc Sphéno-Palatin », et enfin un beau travail sur le « Sympathique nasal et les troubles sympathiques en rhinologie ». L’anatomie et la physiologie du Sympathique et du Système para-sympathique, telles qu’il les a présentées, résument toutes les idées émises jusqu’à ce jour sur ces deux systèmes ; en outre, tous les troubles pituitaires dus au dérèglement du système neuro-végétatif y sont passés soigneusement en revue et expliqués. N’oublions pas le nom de BOURGUET, à qui nous avons beaucoup emprunté. Comme la plupart des auteurs contemporains, il conteste la pathologie du Ganglion Sphéno-palatin et ses arguments sont surtout anatomiques. Enfin, depuis plusieurs mois, sous l’inspiration de M. SARGNON, à qui nous devons les données cliniques de notre travail, l’étude du réflexe est méthodiquement poursuivie dans la clinique ophtalmologique du Professeur RoLLer. Dans cette même clinique, des recherches sont faites, journellement, comme nous l’avons dit dans notre intraduction, sur les modifications de la tension artérielle rétinienne dans certains cas de névrite rétro-bulbaire améliorée considérablement par la plus minime intervention nasale. C’est M. COLRAT qui, dans sa thèse

d’agrégation de 1926, a eu le premier l’idée de ces re-

cherches qui sont en somme le développement des hypothèses émises par le Professeur RoLLET, avec SARGNON et CoLraT, dans une note sur le réflexe nasooculaire, à la Société d'Ophtalmologie de Lyon, en février 1926.

Avant de terminer notre historique, nous croyons utile de rappeler les noms de nombreux auteurs, pour la plupart ophtalmologistes, qui ont été omis dans la majorité des bibliographies. Si ces auteurs ne se sont pas attachés à l’étude proprement dite des relations nerveuses rhino-ophtalmiques, il n’en est pas moins vrai que, bien avant l’application de la chirurgie endo-nasale dans certaines affections oculaires, ils ont remarqué les liens étroits qui unissent en Pathologie le domaine oculaire au domaine nasal. Ainsi RICHTER, au XVIII siècle, soutenait déjà contre SCAR- PA que certaines lésions du sac lacrymal sont sous la dépendance d’affections nasales. WELGE avait observé des troubles oculaires consécutifs à des sinusites. HunrTer, en 1771, dit, en décrivant les maladies du sinus maxillaire, qu’il y a parfois des symptômes d’irritation du côté de l’œil. Ces troubles, il est vrai, sont considérés comme des raretés pathologiques.

ZE, en 1882, publie la première observations des rapports entre les maladies des yeux et celles du nez : « une irido-cyclite, survenue dans le décours d’une variole et accompagnée de diminution de l’acuité visuelle, guérit par une saignée de la muqueuse

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nasale ». ZIEM conclut des relations vasculaires des deux organes sensoriels et se base sur ce fait pour y découvrir la voie de propagation des lésions d’un de ces organes à l’autre. La théorie des troubles oculaires réflexes, d’origine nasale, qui est étudiée, à cette époque, par HACK (Deut. Med. Woch., n° 25, 1886), admet que l’engorgement du tissu caverneux des cornets produit une action vaso-dilatatrice réflexe. De même, MOLDENHAUER (1888). TROUSSEAU est le premier en France qui décrit les relations rhino-ophtalmiques : troubles réflexes, asthénopie accommodative, etc. et les ulcères de la cornée. ZIEM a vu l’hypérémie papillaire et le pouls veineux rétinien après la galvanocautérisation du cornet inférieur. Il admet la même théorie. La congestion oculaire peut aller jusqu’au glaucome, (Central l'Ang., 1887 et Berliner KI. Wochen., 1888 et 1889). Chez des gens prédisposés au glaucome, le développement de cette maladie peut être provoqué par l’irritation des fibres du trijumeau résultant d’une affection du nez ; tels les cas de CHa- TAM, LENNOX, BROWN. |

C’est enfin à BERGER (1892) que revient la première étude d'ensemble des relations rhino-ophtalmiques et c’est lui qui soutient la théorie nerveuse, c’est-àdire réflexe, pour établir la pathogénie des troubles oculaires observés. GEORGES LAURENS, dans la Gazette des Hôpitaux de 1895, se basant sur les travaux et les théories émises en particulier par Berger et Ziem, décrit dans une première partie, les symptômes communs où troubles oculaires réflexes, d’origine nasale — troubles dûs en particulier à la rhinite hypertro-

phique — et portant soit sur la sensibilité générale ou spéciale de l’œil, soit sur l’état des glandes lacrymales, soit sur la motilité : blépharospasmes, strabismes etc., soit sur la nutrition des membranes et le tonus des vaso-moteurs. Dans une deuxième partie, il s’attache aux symptômes spéciaux, c’est-à-dire : troubles oculaires dans les affections extérieures du nez ; dans les affections des fosses nasales et du cavum : Coryzas aigus, chroniques, ozène, etc. ; troubles oculaires consécutifs à des opérations intra-nasales.

Enfin, le Professeur RoLLET, dans l'Encyclopédie d’ophtalmologie de 1909 et dans les leçons qu’il fit pendant plusieurs années sur les relations anatomo-pathologiques du nez et des yeux, étudie, dans le paragraphe : « accidents dits réflexes > consécutifs aux sinusites maxillaires, LES LÉSIONS MATÉRIELLES du globe oculaire, d’une part (tritis-irido-choroïdites; chorio-rétinites, etc.), « pour lesquelles : la voie de propagation est douteuse et ne présente pas la simplicité que nous trouvons lors de suppurations orbitaitaires ») ; LES TROUBLES FONCTIONNELS oculaires, d’autre part, au cours des empyèmes du sinus : asthénopie accommodative, diminution de l’acuité visuelle centrale etc. Il expose ensuite les trois théories qui ont été mises en présence : a) la théorie nerveuse : « les troubles oculaires sont la conséquence de létat d’irritation des organes terminaux du trijumeau, à point de départ sinusique, laquelle irritation, transmise aux centres nerveux, pourra réagir, soit sur une autre branche du trijumeau ,soit sur un nerf voisin

et produire dans le domaine de celui-ci des troubles variés ». b) la théorie vasculaire, soutenue par Ziem, et admettant qu’il y aurait congestion de la muqueuse et obstacle apporté aux voies de la circulation de retour du sang dans l'orbite et le globe oculaire. c) la théorie infectieuse, pour laquelle il y aurait métastase de pus par les vaisseaux, soit artériels, soit vei-

neux, soit lymphatiques.

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