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cident de fort mince importance. Pour bien s'expliquer la profonde impresâon qu'elle produisit sur lui, il &ut donc connaître l'âge y les habitudes, le caractère du feune homme; il fiiut se rappeler surtout l'état de convalescence oiii il se trouvait, et combien un t€|l état est propre à l'exaltation des idées.
Unique et frêle enfant d'une veuve que la mort de son mari et de grands malheurs avait presqu'entièrement ruinée, Félix Molinier était devenu orphelin à dix-hjuit ans, et lorsqu'au sortir du collège il obtenait une chaire de rhétorique. Privé tout-à-coup des soins dont sa mère l'entourait avec exagération , et habitué à se voir l'objet d'une sorte de culte, vous comprenez qu'il recula douloureusement devant la froideur ^oïste et l'indifférence du monde. Ce fut dans le bonheur isolé de l'étude, et parmi les rêves de la poésie, qu'il se réfugia. Il partit de sa ville natale, vint j^ndre possession en Flan'
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dre de sft chaire obscure de collège, n^amenant avec lui que la vieille Françoise, cent cinc|uante Tolumes environ , un piano et le portrait de sa mère. A Fexception des jours de congé, il sortait régulièrement le matin et l'après-midi pour aller professer. Le reste du tems, on était bien sûr de le trouver assis devant son vieux bureau , et se livrant avec passion aux travaux de sa classe, ou bien composant ^ vers. Souvent, le soir, il faisait une promenade dans un lieu solitaire^ et venait s'asseoir, en rentrant, à un souper préparé par Françoise avec un soin matemeL
La digne gouvernante ^lettait sa joie et son orgueil à entourer Faix de prévenance et de bien-être. Elle trouvait moyen d'avoir toujours des primeurs ou quelque plat exquis à offrir à son jeune maître, et lorsqu'elle l'avait vu manger avec plaisir, lors^ qu'il avait payé de paroles avenantes la 9ur* ' prise gastronomique qu'elle lui avait mena-
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géë, TOUS poavez être bien sûr. que tout le voisinage oyait, ce jour- la ^« les récits communicatifs de Fheureuse Françoise.
D'une santé débile y tout entier au souvenir de sa mère , et se livrant avec ardeur à l'étude, Félix était presque toujours sous l'influence d'une profonde mélancolie. Cette mélancolie s'augmentait encore par ses rêveries de poète, et par l'irritation , suivie d'abattement, qu'éprou ved'prdinaire un homme qui se livre à de chaleureuses et de fréquentes improvisations. De plus, il ne connaissait le monde que^ par un contact incomplet ^ bref et douloureux ; il était habitué à voir ses idées adoptées avec enthousiasme par les élèves que charmait sa fiicile éloquence; enfin, l'en;iphase de rhéteur, inhé- - rente à tout régent de collège , donnait à ses pensées je ne sais quelle sensibilité exaltée qui touchait à l'exagération. Ajoutez le mystérieux instinct de l'adolescence, ajoutez les vagues extases de la solitude, et vous conce-
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vrez sans peine quelles images voluptueuses seprésentaieniàVimaginationdeFélix, cette pensée, qui le préoccupait sans cesse : a Une » femme! )>... Une femme, c^était là que se rattachaient ses projets de bonheur et ses besoins d'affection. Il se figurait qu'une fois aimé par une femme, il retrouverait l'amour que lui prodiguait sa mère, sa mère qui n'est plus, hélas ! Il se figurait que la vie de son enfance renaîtrait pour lui^ tendre et caressante. Il se faisait en chaque femme un ange, qui devait réaliser ses rêves les plus doux; et la poitrine gonflée,. les yeux, humides et le cœur palpitant, il se demandait si, parmi tant de créatures délicieuses, il n'en viendrait pas une pour consoler son âme et l'enivrei' de bonheur. Bien des fois il avait maudit la solitude qui le rendait timide j bien des fois il avait maudit son obscure position sociale, qui le tenait éloigné dés bals et des fêtes; des fêtes où la
nuit , au milieu de l'éclat des lumières, aux
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mélodies de la musique, il est possible^ parmi le foule, de s'iaoler Wec unejetioe fille, de sentir sa main tVBmbler dau une main trembbnta, de murniurer à son oreille des paroles confuses d'amour, et de la voir rougir et s'embellir à ces paroles. Combien les i^ts de ces fttes le chaînaient et te rendaient triste! Qu'il enviait le sort des jeunes gens qu'il y voyait admis 1 Retii^ dans sa petile chambre qu'il trouvait plus déserte que jamais, Félix se livrait à des désirs impétueux, a des regrets saas fin. Son isole* ment le tuait; il avait besoin d'aimer, il^vou- )ait aimer !
Ces idées, assoupies par la prostration de ses fecultés et par six semaines de fièvre, s'étaient réveillées lout-a*coup impérieuses et puissantes, à l'aspect dm deux jeunes femmes que le hasard était venu montrer à Félix, Dîi'e laquelle l'avait le plus channé n'eût pas été en son pouvoir. La voix de la première était fl'une extrême douceur; la
timidité df son regard et la modestie de Si démarche lui donnaient une grâce eKtiéole. • • Mais combien ht ]^leiir de la seconde, corn»
bien sa tête iangaissasHnent penchée, cornbien la dédaigneuse expression dé ses lèvres la faisaient belle ! . . .Quelles pouvaient ètreces dames? Laquelle âe& deux était la mère de Fen&nt? Chacune d'elles semblait du même âge, chacune d'elles parlait au petit ^urçon avec autorité et avec tendresse* L'une le regardait complaisamment courir, mais l'autre s'ébattiût avec hii.
Uincertitude et le Ukystère tourmentaient si déUcieusement et si fert le convalescent, que le médecin , lors de la visite du soir, lui ordonna une potion calmante. Françoise den meura sur pieds toute la nuit, car elle entendait son maître rêver à voix haute et parler d'inconnues, d'amour et de bonheur.
Quoi qu'il en soH, l'agitation de la nuit ne porta pas m^alheur à Félix. Le lendemmil, il fut trouvé dispos par le médecin, au point
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d'être autorisé à fiiii^ seul une pix^ineiiade dans la ville : il sortit donc réveûr et tout plein encore de ses souvenir» de la veille.
Qui pourrait définir les sensations vagues et confuses que l'on éprouve à l'aspect d'une femme inconnue que| le hasard met sur notre passage ? Tandis que l'œil clierche à deviner ses traits, l'imagination le devance, et se plaît à revêtir l'inconnue de ses rêves les plus attrayans de grâce, de jeunesse et de beauté. Elle crée, sous les replis indécis de la mantille flottante, des contours sveltes et voluptueux; et à travers les mailles nuageuses du voile qui «voltige mollement autour de sa tête , elle croit apercevoir un regard tendre et doux, de& lèvres vermeilles qu'entr^ouvre un sourire.
Ce langage mystérieux des sens, cet instinct indéfini de tendresse , parle aux r^rets et aux souvenirs du vieillard, comme il éveille Feffarvescence impétueuse du jeune homme. Xja vue d'une femme presse invo-
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lontairèment un pas attardé par l'âge, de même qu'il accélère une marche légère et juvénile.
Oh ! dites-le moi, qui pourrait contempler indifféremment, et sans je ne sais quel vague plaisir, cette jeune femme qui s'avan- '3e là-bas?. . . Saiis doute sa marche précipitée répand une rougeur pure et firaîche sur ce minois éyeillé qui doit avoir, pour sur, le piquant d'une naïveté spirituelle. .Yoyez : le vent mêle les boucles cendcéesde sa chevelure au tulle neigeux d'un simple bonnet; de gaze. Les longues barbes de cette légère coiffure tantôt s'élèvent en mobiles cannelures autour de sa tête, tantôt se replient sur ses épaules : ou bien, elles retombent en grands anneaux blancs, sur un sein dont une respiration plus hâtée presse les molles ondulations.
Un fichu de laine^ une modeste robe de toile peinte ,v voilà toute sa parure; mais la propreté la plus recherchée , misas iin sent^-^
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iMsl nquis de goâ* ont préâdé à la dispo sitk>ii db C€9 kumUcs éldK»; puîsi dnpées autour d'une taille charmante, un BlQUvement souple et gracieut en ftdt^ ai tohiptueusement à cka^e pas, s^rpenler k$ brgiâ^plis!
Maudite soit la foule nomb|!«use et bruyante ras6éniyéeau coin de cette rue. EUe dé-r robe auf}t teffatdB de Fâîx h déUdeuse femttie qui tient de toomer ce largo groupe. Mais pourquoi tous ces cris? Pourquoi ces ëekts de rire et ces huéeis? Pourquoi ces marques de dégoàt? Ce sont deux femmes, iTres jusqu^à cbanoeler. L'une d'eiks semble être à cette époque aTancée de là tie, où ralmitisâemeiit produit par l'ageet h misèi«, ne laisse plus rien de leur sue k ht plupart des femmes de la be du peuple; ^ époque où elles exagèrent tout oe qi/onf de phis gtôssier et de plus d^radant ks tices des bommes^ Sur les trail» gonflés ^ btides et n»alpit>pre^dè m eimipagne, on rtirouve
eacore des traces d'une faeaiité précooement flétrie ; mus ces traces semblent rendre encore plus almct k misérable état o& elle se troute* Sa cherelurB s'éch«[qpe^ en méches ternes et sales^ d'un bonnet arrêté au sommet de sa tAtë : sa poitrine réjette des gorgées in^aks d'une respîratioti qui Véefaappe en )KM|ust8 bmyans; enfin, son cou flasque et sans farce ne peut plus soutenir sa tdte appesantie^ qui'retdtnbb sur un Sein nù et souillé par Pivresâe^
Il fiillait qti^ tespedtaèle fillt bien bideu:! : car des artisans qui, certes, ne se font pas scrupule de boire jusqu*à Tivi^eâsé, éxpri^ maient leur dégoût d'une manière énergique :
seulement ils eussent souri, avec indulgence, à l'aspect d'un booitÉie àam un parrit état.
A chaque moment , dés débrb de légu^> mes, kiicéspalr dès en&àià, i'ékvaie*^ en touonoyiànt dans ks airs , et , èédritànt une courbe, yenaîètit <«lèttifaer sur kë deui femmes. Un deees ino^nsii^ pMjâctilej^iii
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jonchaient la t^re, fit tiiébucher le pied incertain dé la vieille. Elle perdit tout-à-fidt l'aplomb ëquiv6q[ue qu'elle gardait encore à grande peine : sa compegnefut entraînée dans sa chute y et l'eau bourbeuse du nnsseau qui les reçut > jaillit en gouttes larges et noires sur le doublexàng des curieux.
Elles se Tautraient dans la fiinge ; oh! c'était une chose hideuse et révoltante à voir : Félix s'éloigna précipitamment. 11 aperçut encore, mais loin , bien loin devant lui, la jeune fequne de tout à l'heure : alors il se demanda si réellement cette séduisante créatlire et les d^ux animaux qui se roulaient daps la boue, 9 étaient bien de la même espèce.
X^x^dis qu'il jse faisait cette demande, la jeune femme l^evint sur ses pas ^ en tenant un petit ^Birçoa par la main. O bonheur!
c'est la dsiïfift d'hier, c'est bien elle. Elle lui rend avec bienveillance le salut que lui Êdt Félix, l'enfsmt l'appelle « ma mère » : hélas !
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elle est donc mariée ! Une tristesse vague ^ et sans qu'il s'en avouât le motif, vintàcetteidée resserrer le cœur du régent. Il lui semblait que je pe sais quelle barrière de glace se jetait entre la ; jeune femme et lui, elle quHl était disposé, peut-4tre^ à, aimer plus que sa compagne. Dès-lors ce fu^t sur cette dernière qu'il s'efforça de reporter les émotions que l'une et l'autre lui avaient causées, et la poéûe qu'il s'était complut à &ire sur toutes les deux. Car c'était un amour chaste et vertueux qu'il désirait, et nulle autre pensée ne pouvait entrer dans son âme pudibonde et ingénue. Néanmoins il prouvait une sorte de malaise , et, à son retour au logis, Françoise le trouva soucieux et taciturne.
— Françoise , dit-il à la fin , en affectant une grande indifférence, et, comme s'il se fur agi d'tui grand 'Secret, — car il est dans le cœur de l'homme de mettre du mystère à tout ce qui a du prix pour lui, — Françoise , sauriez-vous, par hasard, comment se nom-
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1 aa LE RÉGBHT I« &Hi.TORIQUB.
me la dame qui loge sM la place^ dans crtte gnande maison fnche de l'élue?
Gotte dame que j'ai rencontrée hier, en allant tous clralrclier dans la prairie? -^ Cert madame Laurent Lecomte.
— Et la dame qui l'aocompagnfidt? ajouta FëÔBL y en feignant phis dfindifférenoe enocnre.
-«-^ Je la connais auBsi; c^est une cousÎDe de monsieur Lecomte : c^est mademoiselk . Lucile Daufémont.