Saint-Simon, l. XIV, p
lantes qualités il laissait loin derrière lui la coterie appesantie et les maximes retardées de la vieille cour. Il venait de contribuer très efficacement à une révolution dans la politique européenne, révolution surprenante et réellement utile à la France.
Devrons-nous examiner ici la fameuse accusation de vénalité? N'est-il pas de toute évidence qu'elle ne sait où se prendre? qu'à la Haye, comme à Hanovre, le ministre français, quel qu'il fût, n'était pas à vendre? C'est lui qui recherche l'alliance. Volontiers peut-être il l'achèterait. Mais de se faire payer par les Anglais pour obtenir d'eux d'agréer sa recherche, dans quelle diplomatie cela se serait-il jamais vu? Une entière méconnaissance des faits et une malveillance systématique ont pu seules donner naissance et crédit à cette légende insoutenable *.
Il y aurait une autre revendication à exercer contre lui.
Sa campagne extraordinaire de Hanovre et de Hollande, il ne l'accomplit pas par lui-même uniquement. Quelqu'un se trouva qui prépara les voies, et sans le concours de qui le terrain se serait dérobé, avant que l'abbé y posât le pied : cet auxiliaire, c'est notre ambassadeur en Hollande, le marquis de Châteauneuf. Nous l'avons suivi; nous avons remis en lumière par quels efforts aussi intelligents qu'énergiques, il déjoua les colères des wliigs hanovriens contre la France; comment il constitua un parti français dans Amsterdam, la vraie capitale de la République, parti assez fort pour tenir en échec Heinsius et tout le reste de l'État,
1. Sévelinges, t. II, p. 393, reproduit ce fragment d'une lettre de Dubois : « 11 se trouvera aussi des gens, qui nous accuseront de nous être laissés séduire par Georges I", empressé d'enlever à son concurrent une protection aussi puissante que celle de la France. Cette supposition, je l'avoue, aurait quelqu'ombre de fondement, si ce n'était pas nous qui avions fait les premières ouvertures; démarches, il faut le dire, auxquelles il n'a d'abord été répondu qu'avec une extrême froideur. »
George P' et ses ministres; comment il éloigna le renouvellement du pacte solidaire entre TAngleterre, la Hollande et TAutriche; et par quel art, en préservant la France d'un antagonisme qui, sous le couvert de la paix, aurait maintenu contre elle Thostilité, il la mit en situation d'épier et de saisir une conjoncture favorable. Les négociations si laborieuses et si utiles de M. de Châteauneuf se sont perdues dans le coup de théâtre de Hanovre. L'abbé, divinité jalouse, ignorant d'ailleurs les motifs déterminants de George I", a tout dévoré et n'a pas laissé de place à d'autres mérites que les siens. Mais il appartient à rhistoire, qui ne refusera pas toujours justice au ministre principal, de faire justice aussi à son auxiliaire méconnu, de tirer M. de Châteauneuf d'un ingrat oubli et de le ranger avec honneur parmi les bons serviteurs de la patrie.
L'impression de ce volume se terminait, lorsque, mis en éveil par quelques indices, nous eûmes de nouveau recours aux lumières et à Tamitié de M. W.-Noel Sainsbury. Son expérience consommée et sa profonde connaissance des richesses du Public Record Office le guidèrent vers deux collections, les Regencies et les Domestic Varions, dont rimportance aurait échappé à tout autre. Il en tira une quantité considérable de pièces relatives à la négociation de Talliance entre le Régent et George I", toutes inédites, et dont un bon nombre présentent un vif intérêt, soit qu'elles comblent certaines lacunes, soit qu'elles éclairent plus complètement certains moments délicats des négociations.
Comme il n'était plus temps d'incorporer la substance de ces documents à notre récit, nous en faisons l'objet d'un second Appendice, en reproduisant les uns intégralement, les autres par extraits. A l'exception d'un très petit nombre en français, la grande majorité est en anglais. Nous les traduisons avec le souci de la plus entière exactitude.
Les lettres écrites d'Angleterre sont toujours datées du vieux style. Nous continuons d'ajouter entre parenthèses
la date nouveau style. C'est à celle-ci qu'il faut regarder pour avoir la suite chronologique de ces correspondances. Nous avons dit dans ta Préface que les Anglais, quand ils écrivent du continent, suivent toujours le nouveau style.