‹ Le RégentChapitre 1 sur 196 · DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DE L'AUTEUR

Les deux volumes précédents contiennent l'histoire des rapports du Régent et de l'abbé Dubois avec les Anglais depuis leur origine première en 1 7 1 4, du vivant du grand roi, alors que le duc d'Orléans n'était qu'un des princes de la maison royale, tenu en demi-disgrâce, jusqu'à la déclaration de guerre du Régent à Philippe V, roi d'Espagne, le 9 janvier 1719. Le volume actuel achève cette histoire jusqu'à la fin de la Régence et jusqu'à la mort du duc d'Orléans au mois de décembre 1723. Les documents britanniques, étudiés à leur source et vulgarisés pour la première fois en France, qu'il nous soit permis de le rappeler, éclairent d'une lumière certaine la politique étrangère du gouvernement français à cette époque. On ne l'avait étudiée chez nous que sur des documents français, et encore très super-

vi AVERTISSEMENT.

fîciellement (Lémontey). Dans un dialogue aussi serré entre les deux puissances, tel que celui qui s'établit alors, ne produire que l'un des interlocuteurs, et seulement par intervalles, n'est-ce pas en quelque sorte jouer au propos interrompu? Comment se faire une idée juste des choses et des hommes si l'on n'écoute pas aussi l'autre interlocuteur qui relève et entretient le propos? Les collections d'Angleterre {Record Office, British Muséum, archives privées) nous livrent non seulement la pensée, les actes de George Ier et de ses ministres, mais aussi de très nombreux documents français, spécialement des dépêches de Dubois, les plus importantes, celles où il s'explique, s'épanche, se peint au naturel dans les diverses crises que traverse l'alliance. On y rencontre donc les éléments d'un jugement impartial sur chacune des deux parties.

En même temps, les faits dénaturés par ignorance, par malveillance, par légèreté, paraissent sous leur véritable jour. 11 faut le dire, on s'est plu à les dénaturer, à représenter les Anglais sous les traits d'insolents dominateurs, les Français dans l'humiliaule posture de gens à tout faire, à tout subir. Rien de moins exact. Ainsi, à la guerre de 1719, le colonel W. Stanhope est censé mener le maréchal de Berwick la main haute; mais sa propre correspondance

AVERTISSEMENT. vu

fait voir que le maréchal était le vrai chef de l'armée française et ne dépendait nullement du colonel. On taxe le ministère anglais de perfidie lors du système de Law et de sourdes manœuvres pour le bouleverser et ruiner la France. Ses correspondances et ses actes prouvent qu'il en désira sincèrement le succès. Et les deux traités de Madrid des 27 mars et 13 juin 1721? Totalement défigurés, présentés à l'inverse de la vérité historique, elc, etc. En un mot, la politique extérieure de la Régence a été travestie. Son histoire est réellement à refaire de toute pièce. Nous avons tâché de la restituer sous son véritable aspect.

Non pas que le présent ouvrage émane d'une idée préconçue. Il est simplement le fruit de l'étude des sources premières. Le lecteur, s'il veut bien suivre l'auteur dans les détails où le soin de la vérité l'oblige d'entrer, se convaincra de l'entière sincérité qui l'a guidé; comment, tout en renouvelant cette partie de l'histoire de la Régence, il s'est appliqué à ne jamais forcer les textes et toujours, selon son habitude invariable, à les employer fidèlement dans leur pure intégrité matérielle et morale.

Finissons par un juste tribut de reconnaissance à M. le comte de Stair, dont la haute courtoisie nous ouvrit si libéralement ses archives de famille; et par un tribut d'affectueux souvenir h feu l'excellent Noël

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