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Dans les ateliers centraux, les salaires sont, pour les apprentis de I à 3 francs et pour les ouvriers de 3 à 5 francs en moyenne.
Ils varient quelque peu suivant qu'il s'agit des locomotives, des voitures de voyageurs ou des wagons. Si, en général, ils sont un peu supérieurs à ceux des autres services du même département, c'est qu'on ne peut perdre de vue que les ouvriers occupés (dans ces ateliers, des mécaniciens, ajusteurs, tourneurs, riveurs, marteleurs, menuisiers, forgerons, peintres, garnisseurs, imprimeurs, graveurs, etc., sont en général des ouvriers d'élite, ayant la <:onnaissance parfaite de leur métier.
On se demande ce c|ue ces salaires de famine, au inoment où
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tous les vivres viennent de renchérir, peuvent cacher de misère et de souffrances. Quelles privations ce pauvre ouvrier, père de famille, ne doit-il pas s'imposer, à lui et à des enfants qui lui sont chers ! Quelles doivent être ses préoccupations, ses angoisses, lorsqu'il envisage que même cette rémunération lamentablement insuffisante peut lui faire défaut par le chômage involontaire ? Que peut-il rester d'espérance, sinon de foi dans le bonheur, à un père qui, livré à cette détresse, voit chaque jour qui le rapproche de la vieillesse se dresser devant lui le tableau de douleurs auxquelles seront livrés une femme et des enfants qu'il aime, alors qu'il sera incapable de faire l'effort de chaque jour qui doit les sauver de la faim ?
Un économiste anglais, M. Rowntree ^ a recherché quelle était l'économie d'un ménage appelé à vivre dans ces conditions. 11 a dressé notamment, à cette fin, le budget d'un journalier habitant Bruges et travaillant à Zeebrugge ".
Du II octobre au 7 novembre 1908, soit donc pendant quatre semaines, ce journalier a gagné 74 fr. 05. Les dépenses de son ménage se sont élevées à 88 fr. 50, soit un déficit de 11 fr. 55.
Le détail des dépenses effectuées par ce ménage pendant les quatre semaines se chiffre ainsi : nourriture et boisson, 6r fr. 19 ; loyer, 8 fr. 50 ; billets de chemin de fer — cet ouvrier, travaillant à une certaine distance de son domicile, est abonné à la semaine — 5 fr. 80 ; habillements et repassage, i fr. 50 ; charbon, huile, etc., 9 fr. 58 ; savon, etc., i fr. 93 ; — total, 88 fr. 50.
Voici comment se nourrit sa famille : le matin, pain, beurre et café au lait ; de même à 4 heures et le soir ; le dimanche, au repas principal du midi, soupe aux épinards, pain et pour i fr. de viande de bœuf.
Lundi, pommes de terre avec sauce ; mardi et mercredi, idem ; jeudi, pommes de terre avec sauce et harengs ; vendredi, pommes de terre et plies ; samedi, pommes de terre avec sauce.
Sur une série de familles observées dans cette catégorie, l'auteur dit que toutes, à l'exception de deux, sont insuffisamment nourries. Il ajoute :
« En moyenne, les familles appartenant à cette classe n'obtiennent de leur alimentation que les quatre cinquièmes de ce qui leur est nécessaire.
' Rowntree. CoTimenf diminuer la misère ? Girard et Brière, éditeurs, rue Soufflot, 16, Paris.
- Lire à ce sujet le beau discours prononcé à la Chambre, le 8 décembre 1010, par M. Louis Bertraxd.
» Le problème d'une telle insuffisance dans l'alimentation de la classe ouvrière économe est si grave qu'il est important d'en rechercher la cause. Est-elle due à un choix préjudicieux des aliments, à leur prix élevé ? Ou bien devons-nous admettre que, malgré le prix modéré et le choix bien compris, les salaires sont trop bas pour permettre l'achat d'une nourriture suffisante ? »
L'auteur conclut en disant que « les chiffres prouvent que les revenus de ces familles ne leur permettent pas de se procurer l'alimentation capable de les maintenir dans des conditions physiques satisfaisantes ».
Les recherches entreprises par M. W axweiler, l'éminent directeur de l'Institut de sociologie Solvay S en collaboration avec M. le D' Slosse, le savant professeur de chimie physiologique de l'Université libre de Bruxelles, sont venues démontrer avec évidence cette insuffisance notoire de l'alimentation des ouvriers en Belgique.
L'enquête, faite suivant un plan fort judicieux, portait sur 1,065 ouvriers belges, exerçant les professions les plus di\erses. M. le professeur Slosse s'y est efforcé plus particulièrement de dégager les conditions d'alimentation des ouvriers ; M. Waxvveiler a mis en lumière la portée de l'analyse sociologique de celles-ci. Les conclusions de ces recherches respectives se sont complétées d'une façon parfaite et donnent une idée exacte du problème de l'alimentation, tel qu'il se présente en Belgique, au point de vue social.
Les conclusions d'ordre physiologique auxquelles aboutit M. le professeur Slosse peuvent se résumer ainsi :
1" La caractéristique la plus frappante du mode d'alimentation de nos ouvriers réside dans la prédominance indiscutable des aliments ternaires (graisses et hydrates de carbone). A cet égard, le pain joue en Belgique un rôle essentiel dans r.ilimentation ouvrière :
2" La ])auvreté de la ration d'albumine est un fait qui s'est reproduit uniformément dans tous les cas observés ;
y Dans un peu plus du tiers des cas, l'apport d'énergie potentielle ne correspond pas à la pratique du travail dur, exigé cependant par l'exercice du métier ; la plupart des ouvriers ne possèdent que la puissance dynamique requise par un travail modéré ;
4" Ce n'est pas la nécessité de la réparation de la iiiachine qui est la déterminante de la ration alimentaire.
' Enquête portant sur 1065 ouvriers belges par M.M. Sldsse ei W.\\\veii.er. Institut (le Sociologie Solvay. 1910. Edit. Misch et Thron. rue Royalo. 3().
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Conclusion générale : L'alimentation ouvrière paraît fautive, mal comprise, mal adaptée au but physiologique auquel elle doit répondre et généralement insuffisante.
Les conclusions d'ordre sociologique fournies d'autre part par les recherches de M. Waxweiler se résument ainsi :
1° L'ouvrier belge ne règle pas son alimentation d'après la nature de la profession qu'il exerce ;
2" L'ouvrier belge ne règle pas son alimentation d'après la valeur nutritive des aliments qu'il peut se procurer pour une somme donnée ;
3° L'ouvrier belge habitant les régions industrielles a une alimentation moins nutritive que l'ouvrier habitant les villes ou les campagnes ;
4° L'ouvrier belge a, en général, une alimentation d'autant plus nutritive qu'il dispose d'un revenu plus élevé ;
5° L'ouvrier belge accorde dans sa ration une pai't d'autant plus grande à la viande qu'il dispose d'un revenu plus élevé ;
6^' Des influences locales existent pour les diverses modalités de il'alimentation, mais elles ne peuvent compenser l'action des tendances générales définies ci-dessus.
De cet ensemble de données se dégagent ces constatations affligeantes que l'ouvrier belge, qui, comme nous l'avons déjà rappelé, jouit des salaires les plus bas pour un nombre d'heures de travail journalier le plus élevé, est aussi très mal nourri. Son manque d'instruction, l'absence de cours d'hygiène spéciale, professionnelle, l'absence de mesures capables de l'initier à tm genre d'alimentation rationnelle, le mettent dans une situation d'infériorité notoire. « Ceux qui, ajoutent les deux auteurs, ont le souci du rang que doit tenir la Belgique dans la compétition imiverselle de notre temps, ne peuvent ignorer la situation que lui créent les conditions précaires de ses masses ouvrières, quant à la satisfaction de la plus fondamentale des nécessités humaines : celle d'une alimentation appropriée aux exigences du milieu. »
Les mesures nombreuses autant que sages prises à cet égard, aux Etats-Unis notamment, par les pouvoirs publics, ont créé pour l'ouvrier américain une situation nettement supérieure au point de vue de son bien-être personnel et de son rendement, dont doit profiter en dernière analyse la collectivité.
M. O. Buysse, dans un ouvrage remarquable intitulé Méthodes américaines d'éducation, a montré comment cette œuvre de relèvement physiologique et de défense économique est préparée dès l'enfance et l'adolescence.
Mais, comme le disent fort bien MM. Siosse et Waxweiler, lorsqu'ils envisagent cette supériorité : « aucune de ces choses essentielles ne sera introduite d'une façon durable dans un pays comme la Belgique, si une alimentation ouvrière appropriée n'en vient constituer le sup])ort naturel ».
Et comment l'envisager sans une législation réellement sociale et efficace, sans provoquer, d'autre part, le relè\ement des salaires ?
Les résultats de l'enquête remarquable de MM. Wa.xweiler et Siosse ont été eux-mêmes confirmés par des recherches organisées en 1907 par la Commission des œuvres scolaires de la Ligue de l'enseignement et tendant à mettre à jour dans quelles conditions les enfants étaient nourris au sein de leurs familles. Ceux-ci furent interrogés, d'une manière tout à fait imprévue pour eux, dans les écoles de dix-huit grandes et petites localités du pays. V'oici comment peuvent être réparties les réponses :
LOCALITES
Confortablement nourris.
Suffisamment nourris.
Insuffisamment Population, nourris.
Jimiet
Mons
Ixelles
Moienbcek-Saint-jean Schaerbeek.
\'erviprs
Beyne-Hcusa\'.
Bois-crHaiiio .
Audcrsheiii ■ . ■ Flémalle-Haute
Soignies
Couvin
Dison
Lessines
Court-Saint-Etifiine .
Thulin
Frameries . . . .
Anvers
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