II. — L,a Ligne Ettcharistique
La Confrérie du Très Saint Sacrement ainsi formée, et ayant groupé, comme nous venons de le voir, un grand nombre d'ouvriers et de petits bourgeois, ne représente pas, aux yeux des politiciens cléricaux, une troupe d'offensive, susceptible d'élargir, autour de la paroisse, le champ d'influence du catholicisme.
Les retraitants des ligues sont des recrues sûres, il est vrai, mais ne suffisent pas aux besoins d'attaque de l'Eglise ; tous ne sont pas aptes à l'apostolat.
Un des soucis primordiaux du curé doit être la formation de ces apôtres. Il importe qu'autour de la paroisse se meuve une élite de propagandistes, actifs, intrigants, en quête de nouveaux adeptes et prêts à pénétrer même au sein des œuvres des mécréants pour y lutter pour le Parti clérical. Cette élite sera l'état-major de la paroisse.
M. Jean Kerkhof ', vicaire à Sainte-Marie, à Liège, va nous dire, dans une étude très savante présentée au dernier Congrès de JNIalines, comment on recrute ces militants, appelés à l'honneur de faire partie de la Sainte Ligue et à devenir des apôtres laïcs : « A qui, écrit M. le vicaire Kerkhof, va incomber le choix de l'apôtre la'ic ? Avant tout, c'est la mission du prêtre, divinement constitué prêcheur d'hommes et, à plus forte raison, prêcheur d'apôtres. La Providence a mis à sa disposition tant de moyens ! De par son ministère, il doit être en contact avec ses paroissiens : à la faveur des grâces d'état, de son esprit d'observation et d'expérience souvent une simple conversation lui révélera tine âme richement douée. La confession, qui lui permettra de lire dans les cœurs, lui sera d'un grand secours. Par-dessus tout et à coup sûr, c'est par la prière, la prière ardente et répétée, qu'il obtiendra du
' Les retraites de /a paroisse de Sainte-Marie de Lie'se. Contrés de Mrtlines de liiOïi.
21(1 Le Ri^imv clvricol en Brl^ic/uc.
père de famille renvoi pour la moisson des ouvriers que son zcle attend : la promesse divine est là qui en répond et l 'exemple du Maître t|iii nous enseigne. »
C'est donc: le ])rêtrc paroissial qui est chargé de trouver ^es ouvriers dont on utilisera l'influence, et pour lequel le patron sera sollicité à être généreux de congés, pour élargir l'action de la propagande calli(ilic|uc.
Le futur apôtre est trouvé, comment va-t-on le former en vue du rôle qu'il aura à remplir?
Actuellement, notre ouvrier n'est que candidat - retraitant ; il fera d'abord un stage dans la Ligue des retraitants paroissiaux.
Reçu enfin à la retraite, comment va-t-on confirmer sa vocation à l'apostolat et faire naître en lui le désir de le remplir ?
Nous laissons encore la parole à M. le \'icaire :
« Là, dans ce cénacle préparé ]3our les opérations mystérieuses de la grâce, loin de la dissipation, des attaches et des occupations cjui paralysent, par l'effet de la parole de Dieu, de la méditation personnelle, de la prière commune, de la réception fervente des sacrements et de l'entraînement du bon exemple, Jésus prend possession de toute l'âme, l'imprègne de son esprit et en ranime toutes les énergies. Mais là, pour notre retraitant d'élite, s'opérera une transformation bien plus féconde : en lui va îC éveiller l'esprit d'apostolat. Car, suivant l'avis de leur Saint Fondateur, les RR. Pf^ . Jésuites font tendre vers ce but tous les efforts de leur zèle éclairé ; ils donnent la retraite à la Saint-Ignace. Or, les « Exercices » seraient tronqués et sans leur portée intentionnelle, si la considération des grandes vérités n'était suivie de l'appel du Christ-Roi à l'apostolat. Et, en fait, nulle retraite ne se termine sans que des hommes de cœur, réformés et transformés, ne concluent spontanément : L'an prochain nous reviendrons et nous ramènerons des camarades . »
Cette flamme d'apostolat, que la retraite \icnt d'allumer dans l'âme du zélateur, il s'agit désormais de l'alimenter el de l'intensifier. Ce sera le rôle de la Ligue.
li va de soi que le noviciat auquel est soumis le retraitant est gratuit. Les ressources sont fournies par des donateurs, les congrégations et des comités de dames faisant des quêtes à domicile.
Mais le moyen le \)\\xs ingénieux assurément imaginé en vue de trouver les ressources nécessaires à la formation des j)ropagandistes et à la propagande elle-même, est celui auciucl recourent les Dames de l'Association de l'Adoration perpétuelle, qui louent aux particuliers, qu'elles visitent à domicile, des drapeaux et des oriflammes pour ornementer les maisons lors du passage d'une procession. Voici le tarif de l'œuvre établie rue Van Maerlant :
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oriflammes de 4 mètres, o fr. 75 ; id. de 3 m., i^' choix, o fr. 50 ; id. de 3 m., 2^ choix, o fr. 30 ; id. de 3 m., 3'^ choi.x, o fr. 15 ; garnitures de fenêtres, o fr. 30 ; garnitures de balcons, i fr. 25, I fr. et o fr. 50. Les intéressés peuvent se rendre compte de la valeur des marchandises avant de s'en servir, les oriflammes et drapeaux étant présentés à domicile.
Mais si ces oeuvres coûtent quelque peine à leurs initiateurs, elles donnent des résultats appréciables, incontestablement. Outre qu'elles préparent la formation des propagandistes, dont l'éducation sociale sera complétée dans des réunions spéciales des patronages, maisons d'ouvriers, cercles d'études :
< Nulle œuvre, écrit encore le Rév. P. Vermersch, ne semble mieux faite que la retraite pour enrôler des ouvriers dans le corps d'élite des apôtres du bien. Les annales des retraites enregistrent, à côté de belles victoires sur les passions et les mauvaises habitudes, des conversions de socialistes, des dévouements sublimes, une propagande active pour le bien.
Et le nombre lui-même des retraitants n'est vraiment pas à dédaigner. On estime que depuis sa fondation l'Œuvre nationale des retraites fermées a reçu plus de 100,000 retraitants !
L'éducation sociale des militants, comportant la connaissance des lois qui règlent l'économie des œuvres, la technique que doit connaître tout propagandiste fait l'objet de route la sollicitude du curé -directeur du secrétariat paroissial. Des réunions ont lieu chaque mois, comme nous avons vu, en dehors de l'Eglise, dans un patronage ou une maison d'ouvriers ; d'autres fois, comme nous verrons plus loin, dans des écoles spéciales de propagandistes, pour l'étude de toutes ces questions intéressantes.
<v La Ligue eucharistique, écrit encore M. Louis famart '. deviendra ainsi une pépinière d'hommes d'œuvre. Grâce à cette ligue le curé, qui aura à cœur le bien moral et matériel de ses paroissiens et qui voudra fonder les institutions répondant à leurs besoins, trouvera comme collaborateurs des hommes trempés, capables, convaincus, de vrais apôtres, enfin, qui rendront les œuvres chrétiennes en pratique et non seulement dans leur titre ou dans leur règlement.
« Il serait superflu, d'autre part, de faire ressortir quelle vitalité intense, au point de vue religieux, politique et social, ne manquera pas d'infuser à nos œuvres catholiques une Confrérie du Très Saint Sacrement, actionnée par une Ligue Eucharistique ainsi formée.
' L'apostolat laïque an sein de la paroisse. Rapport présenté au Congrès de Matines 1909.
» Il y a plus. S'il existe dans la paroisse, comme cela arrive dans bien des localités, des oeuvres neutres, les membres de la Ligue Eucharistique doivent entrer dans ces oeuvres, chacun selon ses aptitudes. »
Ainsi la mission des agents politiques paroissiaux est bien définie. Ils s'efforceront de trouver des recrues pour les écoles, les patronages, les ligues de retraitants, mutualités, surtout Jes syndicats, les jeunes gardes, etc. A cette fin, ils feront des visites à domicile et chacun d'eux aura son champ d'action limité, s'occupera des ménages habitant aux environs de sa demeure. Dans les réunions mensuelles, on confiera à chacun une mission déterminée à remplir, dont ils auront à justifier l'exécution à la réunion suivante : puis ils seront chargés du placement des journaux gratuitement dans certains établissements publics réputés hostiles aux catholiques, et d'accorder des abonnements à prix réduit aux ouvriers et petits bourgeois habitant dans le ressort de la paroisse.
La propagande par la ]jaroisse sera persévérante, régulière et méthodique ; elle sera aussi, comme on voit, adaptée aux nécessités nouvelles de la politique, avec laquelle elle se confond intimement : // y a actuellement près de 600 confréries du Trrs Sniuf Sacrement dans le pays.
Voyons maintenant comment sont organisés les groupements fédéraux .
III. — Les Fcttérations runtoiiuh'.s des Li(/iii',s et Confrérie.^ Avant-projet de statuts
§ I. But.
Art ï". — Titre. — Il est fondé, entre les Ligues et Confréries du
Canton de sous la présidence de M. le Doyen, une :\''dération
cantonale.
Sont donc admises dans la Fédération, non seulement le» Confréries, ou les Associations religieuses déjà érigées canoniquement, mais encore celles qui ne sont qu'à l'état de Ligues préparatoires avec un minimum de six membres, ouvriers, artisans ou cultivateurs, pour la plupart, avec ou sans président provisoire.
Art. II. — But. — La Fédération a pour but principal d'établir entre les Associations religieuses d'un même Canton des rapports suivis, afin de mettre en commun, pour le profit de chacune d'elles, l'expérience acquise par ceux qui les ont fondées, maintenues et développées.
Elle se propose not.imment :
I" De donner par le groupement, aux Associations religieuses existantes, toute l'influence qu'elles sont appelées à exercer dans le Canton ;
2" De promouvoir, dans les Paroisses où il n'en n'e.xiste pas encore, des Associiitions religieuses d'hommes ;
3" De préparer aux œuvres sociales, telles que Secrétariats, Syndicats, etc.; à créer dans la région, le levain ffénéreu.v dont elles ont
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besoin, sans intervenir directement ni dans la création, ni dans l'adniinist ration des dites œuvres.
Art. m. — La Fédération, tout en veillant à maintenir intactes. au sein de chaque Ligue, Confrérie, ou Association, les grandes lignes qui leur sont essentielles, et doivent former leur fond commun, s'interdit donc toute autre immixtion dans l'organisation intérieure des Associations affiliées, lesquelles conservent leur vie propre et leur organisation spéciale.
N. B. — Rappelons ici les grandes lignes essentielles aux diverses Ligues préparatoires ou Associations affiliées à la Fédération :
1. L"ne réunion de prières, chaque mois, de 20 à 25 minutes, d'ordinaire le premier dimanche après la grand 'messe.