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CHAPITRE PREMIER

Le Syndicalisme fasciste.

En octobre 1922, au moment de la victoire du parti fasciste, l'Italie était en pleine anarchie. Les grèves se succédaient, bouleversant tous les services publics, les usines étaient mises au pillage, toute la vie économique du pays était paralysée.

Dès leur arrivée au pouvoir, les dirigeants fascistes vont s’efforcer de remédier à cet état de choses en organisant et en disciplinant les activités nationales.

L'association syndicale leur apparaît comme la base indispensable à cette réorganisation, mais ce groupement professionnel tel qu’ils le conçoivent diffère totalement de l’ancien syndicat socialiste. Ce dernier avait toujours été un instrument dans la lutte des classes ; dorénavant, la collaboration entre patron et ouvriers devra se réaliser « au nom des intérêts supérieurs de la Nation ».

Ces idées étaient depuis longtemps déjà celles de Mussolini. Quelques mois après la guerre, s’adres-

sant aux ouvriers de la Franco-Grégorini à Dalmine,

il déclarait en effet : « Vous vous êtes mis sur le terrain de classe, mais vous n’avez pas oublié la Nation. Pour les intérêts immédiats de votre catégorie, vous pourriez faire la grève d’ancien style, la grève négative et destructive; mais, en pensant aux intérêts du peuple, vous avez inauguré la grève active qui n’interrompt pas: la production. Vous ne pouvez nier la Nation, depuis que pour elle sont morts 500.000 hommes. La Nation qui a fait ce sacrifice ne peut être niée car elle est une glorieuse, une victorieuse réussite. Vous arriverez à une époque, proche ou lointaine, je l’ignore, à remplir des fonctions essentielles à La société moderne. C’est le travail qui parle en vous, et non le dogme stupide de l’église intolérante, fût-elle rouge. C’est le travail qui, dans les tranchées, consacra son droit à n’être plus fatigue, désespoir, car 1l doit devenir orgueil, création, conquête d’hommes libres dans la patrie libre et grande. »

Ces conceptions sont de nouveau nettement afhrmées en octobre 1924 au Congrès des Corporations fascistes réuni à Milan, où l’ordre du jour suivant fut adopté : € La Confédération, considérant que l’édifice social établi sur la base des syndicats se développe en représentant les intérêts de toutes les catégories professionnelles et de toutes les classes, qui tendent à jeter entre elles un réseau de relations économiques et sociales qui sont de nature à déterminer et à définir leur fonction sociale respective,

affirme que le syndicat est le fait institutionnel

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constitutif de toutes les catégories productives et, comme tel, s’identifie avec les besoins et avec le processus de la production et s’incorpore dans la Nation, synthèse suprême de toutes les valeurs morales et spirituelles de la race.

« La Confédération affirme que lintérêt et le devoir communs à toutes les catégories et à toutes les classes consistent dans le travail et dans la production intense et progressive, proportionnée aux besoins croissants de la Nation, ainsi que dans la lutte contre le parasitisme, le gaspillage des richesses, la spéculation sur les objets de première nécessité. C’est pour ces motifs que le syndicalisme traduit les revendications d’une société où les problèmes de la production et de la culture viennent au premier plan, en subordonnant toutes les forces productives organisées à ce qu’exigent la science et la technique.

« La Confédération admet toutes les formes et tous les systèmes de la production et du travail ; en tant qu'ils représentent le résultat des capacités techniques et administratives et de la prévoyance, quahtés indispensables pour l’heureuse réussite de toute gestion ; en tant qu'ils se donnent carrière dans le champ de la concurrence, sans admettre d’immixtions ni d’ingérences ilhcites de la part des organes de l'Etat.

« La Confédération aflirme que les classes sont nécessaires pour autant que chacune d'elles réponde

à une fonction qui a son rôle dans l’accomplissement

DANE PET pu

hiérarchique de la tâche commune, division du travail qui est indispensable à l’ordonnance nationale du travail et de la production. Et c’est pourquoi la loi dynamique de l’histoire sociale consiste moins dans une lutte irréductible entre les classes, qui aboutirait à nier la fonction propre de la société et à y jeter la confusion, que dans une lutte de capacité, c’est-à-dire dans la lutte menée par des groupes de catégories professionnelles qui acquièrent la capacité de s’acquitter des fonctions de direction, contre des groupes de catégories qui sont en voie de perdre la capacité de remplir ces fonctions de commandement.

« La Confédération affirme en conséquence que le droit historique de toute révolution naît, non pas de la misère, du mécontentement et de l’esprit de faction, mais des mérites propres des groupes qui viennent à se former et à se renouveler au sein de la Société ;

«Par suite, la révolution ne peut être n1 hâtée, ni aidée, mais ne saurait être autre chose que la suprématie qu’acquièrent des capacités plus hautes. Le principe de la lutte de capacité implique la norme d’une lutte fractionnée, à laquelle il peut arriver d’user également du droit de grève où les autres formes connexes d’action spécialisées sont susceptibles de demeurer strictement localisées de manière à atteindre uniquement ceux d’entre les groupes qu'il est légitime d’éliminer dans l'intérêt du travail et de la production nationale. »

SAC LR

Telle était, en matière syndicale, la doctrine du fascisme que ses dirigeants vont imposer peu à peu, après avoir fait disparaître les anciennes associations professionnelles.

Nous étudierons successivement :

La lutte contre l’ancien syndicalisme.

La loi de 1926.

La Charte du travail.

L'organisation syndicale fasciste à la veille des corporations.

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