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rait d'opprimer une minorité pour assurer le bonheur de la majorité. Six mois, cependant, après le coup d’État de novembre 1917, il dut rappeler ses adeptes à la réalité.
« Il faut, déclarait-il, apprendre à unir le démocratisme orageux des meetings des masses ouvrières s’épanchant hors des rives comme une inondation de printemps avec une discipline de fer pendant le travail, avec une soumission sans conteste à la volonté du Directoire soviétique ».
Ce régime manque de liberté. Il manque, également, de justice dans la rétribution du travail, car « chaque droit est l'application d’une norme identique à des hommes diflérents. Le « droit égal » est une entorse à l'égalité et une injustice. Sans doute, chacun de ceux fournissant une quantité égale de travail reçoivent une quantité égale du fonds de consommation sociale, mais les individus ne sont pas égaux entre eux, l’un est marié, l’autre pas, l’un est plus fort, l’autre plus faible... La justice et l'égalité ne peuvent donc pas encore régner dans cette première phase du communisme » (1). Si on ne s'occupe plus dans la rétribution de l'utilité du service rendu, on n’applique toujours pas le principe de la rémunération proportionnelle aux besoins.
En résumé, Lénine prêche la lutte de classes, la dictature du prolétariat pour ensuite asservir ce dernier en lui donnant simplement en compensation la satisfaction de voir le travail intellectuel aussi mal rémunéré que le sien. Il vaudrait donc
mieux parler de dictature sur le prolétariat. M. Gide, plus
(1) Lénine, Staat und Revolution.
Guérin. 2
bienveillant, qualifie le régime de « dictature d'une minorité de militants dont beaucoup d’intellectuels pour le prolétariat ».
Pour comprendre l'acceptation de ce régime par le peuple Russe, il faut se rappeler l'ignorance des 8/10°° de la population, l’absence de toute classe moyenne et le caractère mystique du slave.
« Pour peu que l’on pénètre dans sa conscience, on n’y découvre qu’une foi imprécise et confuse, sentmmentale et rêveuse, toujours prête à sombrer dans l’anarchisme des sectes » (1),
« L'anarchie avec tout ce qu'elle comporte de fantaisie, de paresse, d’indétermination est une volupté pour le Russe. Elle lui offre un prétexte à d'innombrables manifestations publiques où il satisfait son goût du spectacle et de l’émotion, son vif instinct de la poésie et de la beauté » (2).
Les théories de l’homme qui déclarait, lorsqu'on opposait à ses chimères quelque objection tirée de la réalité, « tant pis pour la réalité », ne pouvait que plaire dans ces conditions aux Révolutionnaires slaves dont « l'imagination est uniquement destructive et dispersive et dont le rêve est l’imprécision même » (3). Elles ne pouvaient que plaire, également, au paysan russe dont elles flattaient les instincts égalitaires tou en lui permettant de réaliser, sans bourse déliée, son désir de
posséder la terre qu'il exploitait.
(4) Paléologue : La Russie des tzars pendant la grande guerre, Revue de Deux-Mondes.
(2-3) Paléologue, idem.