II. — LE RÉGIME DU DÉBILE VRAI
Îl est impossible de formuler, pour les débiles vrais, des directives aussi précises que pour le prématuré simple.
Cependant, parmi lles enfants nés de parents malades, un nombre important ne présente aucun caractère de débilité. L'affection maternelle semble, dans ces cas, avoir uniquement provoqué la prématuration. Ces enfants s'élèvent, en fait, aussi facilement que des prématurés simples, avec le même régime. Le reste des enfants appartient au groupe des vrais débiles qui comprend également tous les nouveau-nés atteints de débilité acquise (par traumatisme obstétrical, hémorragie méningée).
Les vrais débiles congénitaux ont l’aspect d’athrepsiques. Leur coefficient de vitalité, suivant l’expression de Barbier, est diminué. Fournier remarque, à propos des hérédo-syphilitiques qui constituent la catégorie la plus importante des vrais débiles, qu'ils sont atteints d’une dystrophie générale liée au développement non seulement insuffisant, mais pathologique de leurs viscères. Le métabolisme basal du débile, inférieur à celui du prématuré simple, est le témoin du mauvais état de son appareil glandulaire.
IFhn'existe aucune règle diététique pour ces nour-
PT
rissons. L'épreuve alimentaire seule permettra de découvrir un régime à la fois toléré et capable d’assurer une croissance plus ou moins satisfaisante. [L est rare, en eflet, qu'un débile digère et assimile la
quantité de nourriture qui assure au prématuré de
même poids un bon développement.
L'intolérance des graisses est la seule qui paraisse commune à tous les débiles. Elle est sans doute Hée pour ume part à la prématuration souvent associée à leur « immaturité » ; mais elle est plus complète et plus durable que chez un prématuré simple qui a seulement une tolérance limitée. Non seulement les débiles ne supportent pas les graisses du lait de vache pendant les premiers mois de leur vie, mais encore beaucoup d'entre eux ont des selles luisantes et grasses Iors d’une alimentation au lait de femme. On est souvent obligé d'écrémer partiellement ou complètement le lait de femme pour qu'il soit digéré. ;
Le lait de vache stérilisé, le lait concentré sucré seront donnés plus tard qu'aux prématurés et l'on devra souvent leur enlever tout ou partie de leur beurre par centrifugation. — A l’âge de 3 mois environ, la tolérance et la digestion des graisses deviennent meilleures. I y a d’ailleurs à ce moment une amébioration de la nutrition qui paraît coïncider avec la disparition des anticorps maternels.
Les hydrates de carbone, et plus précisément les farines, sont contraires aux débiles congénitaux au début de leur existence. Les farines maltées en particulier provoquent des vomissements, des diarrhées liquides et une chute de poids brutale très importante. Le débile, déséquilibré, immédiatement, retrouve avec peine son état antérieur grâce à un ré-
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gime d’eau de riz additionnée de Larosan. L’excès de sucre ne lui est pas toujours favorable. Sur ce point, l’athrepsie des vrais débiles se différencie de l'athrepsie par inanition où l’hypoglycémie augmente la tolérance des hydrates de carbone qui sont le seul aliment accepté.
Au moment du sevrage, les hydrates de carbone, sous forme de farine lactée ou de crème de riz tournesolée ,sont au contraire souvent le régime le meilleur. /
Les albumines du lait de femme, du lait en poudre et du babeurre sont souvent bien acceptées et assimilées. | |
La réaction acide du babeurre (malgré la neutralisation par le carbonate d'ammoniaque) provoque dans certains cas des troubles digestifs avec selles glaireuses et vomissements.
Les sels sont souvent tolérés en grande quantité.
Les débiles congénitaux paraissent, en quelque sorte, manifester les mêmes aptitudes ou intolérances que le prématuré simple, en les exagérant et les combinant d’une manière imprévisible.
Comme aux prématurés, le lait de femme, écrémé ou non, leur est indispensable. L’allaittement mixte au lait de femme et babeurre léger s’est souvent montré favorable ; si le babeurre n’est pas toléré, on peut le remplacer par le lait sec demi-écrémé. Parfois, on obtiendra une croissance meilleure par l'addition à ce régime de sérum de Ringer ou d’un petit complément de farine.
Le sevrage sera fait tard, avec un régime lactofarineux (lait sec et farine lactée ou crème de riz tournesolée), qu'on pourra, dans certains cas, enri-
iGhese
chir par une petite quantité de babeurre gras ou de graisse de lait de femme.
L'addition de vitamines au régime est indispensable. Dans deux cas, nous avons observé les bons effets d’une administration d'extrait thyroïdien.
Cet ensemble d'observations ne prétend pas imposer tel ou tel régime. Plus encore que chez les prématurés, les variations sont grandes d’un enfant à l’autre et chez le niême débile, suivant les moments. — On est souvent obligé d'essayer plusieurs régimes et d'y renoncer successivement en raison d'une intolérance qui survient après une courte période où tous les espoirs étaient permis. En fait de régime, on peut avoir toutes les surprises avec les débiles vrais. :
Certaines particularités distinguent les débiles suivant la cause de leur débilité : Les hérédo-syphilitiques sont des débiles vrais infectés, dans la plupart des cas.
D'une part, le développement « in utero » est troublé ; il s'ensuit une altération histologique des glandes digestives (surtout foie et pancréas) qu'ont étudiée Ribadeau-Dumas et Faroy (34). Les troubles digestifs sont de règle chez eux. Les dyspepsies du lait de femme, fréquentes, sont la conséquence de leur débilité.
D'autre part, les hérédo-syphilitiques sont en proie à une infection plus ou moins grave qui frappe tous les viscères.
Ces deux raisons expliquent toute la difficulté que rencontre la recherche d’un bon régime alimen-
(34) Ribadeau-Dumas et Faroy : De l’athrepsie hérédo-syphilitique.
taire et l’aide parfois nette qu’appôrte un traitement anti-syphilitique qui supprime ou atténug le facteur infection. Tous les débiles syphilitiques sont soumis à un traitement par les frictions mercurielles que complète une série d'injections de sulfarsénol quand l'infection syphilitique est très apparente, D'ailleurs la débilité est moindre quand la mère a suivi pendant la gestation un traitement antisyphilitique,
Un fait encore est spécial aux hérédo-syphilitiques et en relation avec la facilité qu'ont les spirochètes à franchir la barrière placentaire pendant la gestation :
À syphilis évolutive et certaine de la mère, enfant très débile, gravement infecté ; à syphilis douteuse ou cachée dans ses manifestations, enfant non seulement moins débile, mais parfois sain en apparence et s’élevant comme un prématuré simple. Chez ces derniers, la syphilis peut rester longtemps occulte et se révéler, au 3° ou 4° mois, par des signes cliniques (neurologiques ou digestifs). Ge réveil de l'infection syphilitique a souvent été précédé d’une dysthrepsie ou d'une dénutrition qui auraient surpris chez cet enfant qui se comportait comme un prématuré simple si l’on n'avait connu son hérédité syphilitique,. |
D'ailleurs, même chez les enfants syphilitiques qui sont élevés facilement avec un régime de prématuré simple, la croissance est moins régulière st il n'est pas rare d'observer de petits troubles digestifs, des intolérances passagères. |
L'enfant de mère tuberculeuse se comporte d'une manière toute différente. Aucun rapport n'existe entre la gravité de l'infection tuberculeuse de la mère et le degré de débilité de l'enfant. Certains “enfants nés de mères mortes, en couches, de tuber-
LR ANR
culose pulmonaire, ne présentent aucun symiptôm e de débilité ou d'infection tnberculeuse, et s'élèvent comme un prématuré simple.
L'inverse peut se voir, mais paraît moins fréquent. | La transmission du virus tuberculeux de la mére à l'enfant est bien différente de l'invasion de l’organisme fœtal ;par le spirochète de Schaudinn. Il existe quelques rares cas où l’on a prouvé le passage transplacentaire des ‘bacilles de Koch acido-résistants. — Beaucoup plus fréquente est l'infection fœtale par l'ultra-virus tuberculeux. Ce fait a été mis en évidence par les recherches récentes de Couvelaire, Calmette, Valtis et Lacomme.
Mais la relation de cause à effet n’est pas encore établie entre cette présence de l’ultra-virus dans le
système lymphatique du nouveau-né et le syndrome
de dénutrition, progressive et mortelle ou passagère et curable, observé chez un certain nombre ‘d’enfants nés de mères tuberculeuses, par le Professeur Couvelaire et Lacomme (35).
Ces manifestations sont, pour Chabrun (36), la
preuve de l'infection tubérculeuse occulte.
Contre le syndrome de dénutrition progressive, athrepsie à marche rapide, tous les régimes sont
impuissants et la mort inévitable, sans hyperther-
mie, avec un minimum de troubles digestifs.
La dénutrition temporaire curable, qui se manifeste, dans les premiers jours de la vie ou plus
(35) Couvelaire et Lacomme : L'état actuel de nos connaissances sur l’hérédité de la tuberculose, La Médecine, Février 1951. #
(36) Chabrun : De l'infection et de l’immunité humorale chez l’enfant en bas âge. Thèse de Paris, 1927:
— 68 — ST lard, par une chute de poids prolongée, répond à une dysthrepsie passagère, mais qui peut se prolonger.
Les nourrissons qui en sont atteints sont analovues aux prématurés simples légèrement infectés. Leur croissance n’est que momentanément troublée. — Un certain nombre d'enfants nés de mères tuberculeuses, sont de vrais débiles et doivent être considérés comme tels quant à leur régime.
Enfin, beaucoup d'enfants naissent avec un aspect normal au moment de la naissance. Ils se comportent, au point de vue de leur évolution et de [’alimentation à leur donner comme des prématurés simples. Leur croissance pondérale a une particularité : elle demande, pour partir, proportionnellement au poids, moins de calories par kilog. que chez un autre prématuré. C’est ainsi que l'enfant Ra... René (obs. 42) a présenté une bonne croissance régulière avec 114 calories par kilogramme, alors qu'il pesait 1675 gr. et qu'il était âgé de 27 jours. Le régime qu'il recevait se composait de 7 repas de 30 cc. de lait de femme mélangés à 20 cc. de babeurre léger.
Les affections maternelles aiguës ou chroniques, autres que la tuberculose ou la syphilis, les intoxications, ont avec la débilité des enfants une absence de relation semblable à celle décrite à propos des enfants nés de mères tuberculeuses. C’est dire que la débilité de l'enfant est sans rapport avec l’état de la mère et que certains enfants doivent être considérés comme de vrais débiles et d’autres comme des prématurés simples.