‹ Le Régime Doumanier et le Commerce Extérieur de l'AlgérieChapitre 14 sur 67 · HAN ES · texte numérisé non relu

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monnayés : Gênes et surtout Livourne, des toiles d’Al-

lemagne, des mousselines, des Indes des verres et cristaux. De Türquie et de Smyrne, on porte encore dans le royaume d’Alger des épices, des toiles de Salonique, des velours de Brousse, des mouchoirs ; d'Egypte et

de Tripolitaine, du café et du riz. Enfin les Espagnols

envoient des épices de la Péninsule et des fromages des Baléares.

Si la nomenclature des articles qui alimentaient le commerce d’importation de l’Algérie était étendue, le tonnage des marchandises débarquées n’était pas considérable et la fréquentation des ports, par les navires chrétiens, surtout en dehors des Echelles concédées, ni régulière, ni très active. S’il faut en croire Venture de Paradis, il ne venait à Alger que 5 à 6 bâtiments de Marseille, 2 à 8 bâtiments de Livourne, 2 à 3 bâtiments de Turquie (1). Combien ces chiffres sont modestes au regard des 5 à 6.000 navires qui entrent annuellement moins d’un siècle après la conquête, dans la baie de la magnifique capitale algérienne !

$ 6. — La douane sous le ré$ime turc. — Il nous reste à parler du régime douanier de l’Algérie sous la domination ottomane. L’Administration turque, dont on parle encore de nos jours sans admiration, fut livrée dans la Régence, au caprice des autorités locales, c’està-dire à l’incurie et à l’impéritie. Les tarifs de douane sans dessein économique défini ou raison de défense fiscale, n’avaient d’autre objectif que de rançonner le tommerce extérieur pour satisfaire la cupidité du Dey, et assurer le paiement de la milice. Ce dernier souci était particulièrement pressant : un retard de quelques jours dans la solde de l’odjéak pouvait entraîner le massacre du

(1) Cette énumération est, à notre sens, incomplète. — Nous ne lui accorderons qu’une valeur d’indication.

Pacha. Le trésor de la Régence fut toujours dans un état précaire. Il ne pouvait en étreautrement dans un pays où les richesses naturelles n’étaient pas exploitées, la pro-. duction et le travail agricoles nullement organisés. La richesse d’une nation est et restera toujours le meilleur contrefort d’une fiscalité puissante.

Le régime douanier manquait des qualités essentielles requises, c’est à savoir la stabilité, la modération et l’uniformité. Nous avons vu que dans les Echelles concédées, les Compagnies n’acquittaient de droits de douane proprement dits ni à l’importation ni à l’exportation. Elles étaient astreintes à certaines redevances stipulées dans les traités. Dans les lieux où des droiïts étaient appliqués, la valeur des marchandises, base des perceptions, était généralement sous-évaluée en sorte que l’impôt douanier était loin de procurer au trésor les ressources qu’il eut dû lui fournir.

L'organisation administrative était d’ailleurs facilement perméable à la contrebande et les collusions avec les agents du khaznadÿji, sorte de Ministre des Finances ou plutôt de Trésorier général, très fréquentes.

Davity dan: sa « Description de l’Afrique » nous donne de curieux renseignements sur la perception et la quotité des droits de douane, dans la Régence d’Alger, au XVIIe siècle. « Afin qu’on sache, dit-il, ce que les marchands sont coutumiers de payer à Alger, voici les instructions nécessaires qu’on donne à ceux qui s’y rendent. Soudain qu’un navire est en vue de la terre, il dresse, sur la poupe, un étendard qui le fait reconnaître et salue la ville d’un coup de canon ; puis il en tive un autre aussitôt que l’amin du port (commandant de la Marine) entre dans le navire, auquel on déclare l'argent et les marchandises qu’on apporte. Ensuite ayant livré les voiles on peut entrer dans le port et descendre à terre. Hors la porte, proche de la terre, on trouve un lieu fermé pour tenir les galères et les navires

MOMENT à. REA

et tout auprès de la maison du gabeleur de la Douane pour l’entrepôt des marchandises et les magasins des cires et cuirs.

«Les droits d’entrée tant de l’argent que des marchandises, selon l’estime qu’en font deux marchands du souk sont d’un dixième au pacha, de deux centièmes à l’amin du port, d’un centième pour la contribution du môle et d’un cinquantième au consul. De plus, chaque navire, outre la charge de porter des pierres au Cap Matifou pour bâtir la forteresse du port, est obligé de donner au truchement un caftan ou manteau ou bien 3 pics, chacun de 3 pans qu’on estime ordinairement 35 doubles. Il faut encore payer le lieutenant et les secrétaires du pacha, l’amin pour sa visite au navire, une espèce d’huissier appelé mezouar, l’officier du magasin des cuirs et le gardien du port pour la garde des voiles ou des rames : en tout 172 doubles. Pour les marchandises qui se vendent à la livre, il est dû 5 aspres (1) au pacha et aux portefaix, pour chaque voyage qu'ils font en portant des marchandises, 16 aspres. Pour les cuirs, qui sont de deux ou trois prix, on donne au pacha quatre doubles ou trois ou deux. On lui paye aussi pour la laine qu’on emporte, en outre du droit accoutumé de sortie, deux doubles pour cent ».

On voit que la liste des redevances, taxes et prestations imposées aux importateurs était longue !

Au XVIIIe siècle, toutefois, les droits furent réduits. Les marchandises n’acquittent plus qu’un droit de 5 % ad valorem lorsqu’elles sont importées du Levant ou de la Chrétienté par des Maures ou des Européens, et 12 et demi % lorsqu'elles sont introduites par les Juifs qui étaient fort nombreux à Alger et trafiquaient surtout avec Livourne. Il y avait exemption pour le fer,

(1) L’aspre valait environ quatre deniers,

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