CHAPITRE II
On peut, au point de vue de la statistique budgétaire, distinguer en Algérie quatre grandes périodes :
Dans celle du début, qui s’étend de 1830 à 1845, les sommes destinées à faire face aux dépenses de la colonie sont presque exclusivement fournies par le budget de la métropole. Les recettes propres à l'Algérie sont très peu importantes et c’est à peine si éMes s'élèvent de 1,500,000 francs en 1835 à /,700,000 fr. en 1845. Une contribution extraordinaire de querre de 49,017,340 fr. avait bien été prélevée en 1830 sur le Trésor d'Alger, mais il n’y a pas à s'occuper 101 de ressources d’un rendement aussi irréqulier.
Dans la seconde période, qui va de 1845 à 1884 environ, les ressources se développent grâce aux progrès de la colonisation et atteignent 35,000,000 fr. en 1885. Il est vrai que les dépenses civiles s’accroissent aussi, à partir surtout de 1871, où elles augmentent d’un mouvement presque régulier et à raison de 1,300,000 à 1,400,000 fr. par an. Cependant, la part prélevée par l'Algérie sur les ressources de la métropole devient de moins en moins considérable.
Le Bulletin de statistique et législation comparée, publié par le ministère des finances, évalue ainsi à la date du
1 Janvier 1887 (t. XXII, p. 414) les sacrifices consentis par la métropole, en faveur de l'Algérie, depuis la conquête :
La comparaison du total de l’ensemble des dépenses . . . . . . . 4,868,109,881 fr. avec le total général des recettes. . 1,207,310,697
fait ressortir un excédent de dé-
POUR 7. 20,000. 0d:104010 mais si lon compare seulement les
dépenses des services civils?. . . . 1,188,842,570 avec les recettes ordinaires. . . . 1,065,612,206 l'excédent de dépenses se réduit à. 123,230,304 fr.
L'importance des sacrifices est, dans l’un et l’autre cas, considérable, aussi n’y a-t-1l pas lieu de s’étonner si, de 1884 à 1892, les crédits affectés à l’Algérie pour ses services civils (non compris sa part dans notre Dette et dans les avances pour garanties d’intérêts aux compagnies de chemuns de fer) n’ont reçu aucun développement. C’est que manifestement les Chambres sont alors résolues à ne plus accroître les sacrifices de la France en faveur de sa colonie. Il est vrai que pendant cette troisième période les recettes n’ont pas augmenté sensiblement.
Il en est autrement à partir de 1892, et, suivant le programme formulé par M. Burdeau, dans son remarquable rapport sur le budget de 1892, Algérie n’obtient de nouveaux crédits qu’en s'imposant des charges nouvelles sensiblement équivalentes. Il en est ainsi du moins pen-
1. Dans ce chiffre, les dépenses militaires (du seul ministère de la guerre) figurent pour 3,354,698,078 fr. |
2. Non compris la part (impossible à évaluer) de l'Algérie dans les dépenses de la Dette.
dant les premières années, car bientôt le programme Burdeau est oublié; et si, de 1892 à 1900, l'écart entre les dépenses et les recettes est sensiblement le même, c’est que la prospérité générale de l'Algérie a permis à ces dernières d'augmenter pendant cette dernière période d'environ 1,500,000 fr. par an.
Le budget de 1892 a réalisé une réforme qu'il est utile de sigualer pour la clarté des tableaux qu’on trouvera plus loin. En même temps qu’il groupait en un état unique les recettes de l'Algérie et en réunissait en un seul tableau toutes les dépenses, il incorporait dans le total de ces dernières les avances aux compagnies de chemins de fer algériens pour garanties d'intérêts. Le chiffre des dépenses s’en trouve singulièrement accru.
A partir de 1892, les seules dépenses civiles de Algérie ne figurant pas dans ses états budgétaires sont, avec les dépenses de la Dette :
Les dépenses pour pensions civiles ;
Les dépenses de la gendarmerie ;
L’annuité à la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée ;
Et lannuité à la Compagnie algérienne.
C'est de ce chiffre global qu'il faudrait grossir les dépenses figurant à notre troisième graphique pour connaître l’importance exacte des sacrifices annuellement consentis par la France en faveur de sa colonie. On sait la difficulté qu'il y a à apprécier justement les dépenses de la Dette et celles des pensions civiles.