LES CÉDULES
payement aux questeurs départementaux devaient être annulées en présence de celui qui les apportait, et brûlées ensuite le 30 du mois courant. La monnaie de cuivre était également réduite : les pièces de 4 et de 2 bajoques perdaient le quart de leur valeur^. De fait, dès le 30 mars, on brûlait solennellement au Gampo di Fiori toutes les cédules au-dessus de 35 écus qui se trouvaient au Mont ou à la Banque-; et cependant la confiance ne reparaissait pas-^ ; Torriglioni avait beau tenir la main à ce que les cédules maintenues en circulation eussent etTectivement cours forcé ^, leur valeur ne paraissait solide à personne : et les spéculateurs entretenaient soigneusement le mal.
Les banques étaient fermées, et c'était à Monte Gitorio que se tenait la bourse du change; sous des parapluies de toile, d'un blanc sali, entre toutes ces vieilles maisons qui font à la place un cadre si pittoresquement irrégulier, Romains et Juifs, affairés et fiévreux, coudoyaient grenadiers, fusiliers et dragons. Geux-ci apportaient parfois quelque bribe du précieux métal, qu'ils vendaient sans peine aucune ; ils achetaient souvent des bagues, des montres surtout et autres galanteries de ce genre ; cependant que les agioteurs spéculaient sur les papiers. Et ce trafic donnait à la vieille place une agitation merveilleuse : parfois, comme le 5 avril, l'animation croissait tout d'un coup : c'était les agents qui arrêtaient quelque usurier trop audacieux^. Mais, bien que le ministre de la police menaçât souvent d'agir avec la môme rigueur, — la notitication du 4 fiorile l'atteste^, — les affaires allaient leur train : « La place « de Monte Gitorio était devenue une foire publique de
i. A partir du 20 gerniile, puis dès le 6 avril (Collezionc, I, 275).