‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 231 sur 579 · RUPTURE ENTRE SAINT-CYR ET LES COMMISSAIRES CIVILS · texte numérisé non relu

RUPTURE ENTRE SAINT-CYR ET LES COMMISSAIRES CIVILS

toute part, c'est le découragement le plus profond et le mieux fondé, et il semble bien tard pour poser au Directoire le dileme que résumme toutes ces angoisses : (( Faut-il considérer la République romaine unique- « ment au point de vue fiscal, ou faut-il s'occuper de « la faire vivre'? »

Ce sont les commissaires civils qui parlent ainsi, dans la lettre qu'ils adressent au gouvernement, à la date du 1"' juin: ils sentent la mort toute proche. Deux circonstances l'ont retardée jusqu'à ce jour : la présence des troupes françaises, la concorde des hommes chargée de diriger l'état. Les troupes ne forment plus une armée de Rome'; elles ne sont désormais qu'une division de l'armée d'Italie, forte de 11.173 hommes 3. Les hommes qui gouvernent la République se répartissent en trois groupes : les magistrats romains, les agents civils du Directoire, les chefs militaires. Malgré les terribles difficultés avec lesquelles ils se sont trouvés aux prises, c'est leur concorde persistante qui leur a permis de ne pas sombrer dans la tempête; c'est leur concorde, ou plutôt leur subordination effective au général en chef. De par l'article 369, il est le maître des consuls'*; de par le succès qui a couronné son intervention dans la révolte de l'armée, de par les circonstances qui requièrent souvent les soldats pour dompter les révoltes, il est supérieur aux commissaires.

Mais voici que, passée l'insurrection du Trasimène, les rapports se tendent entre Saint-Cyr •' et ses colla-

1. Les Coiiimissaires au Directoire, 1" juin I7!)8 (Sciout, III, 332).

2. Berthier à Haller, 21 mars (Dépôt, B. M., 92). Berthier aux Consuls, 24 mars (Archivio, 39).

3. Rapport d'Aubernon sur l'armée d'Italie, avril 1798 (Dépôt). La division de Cività-Vecchia, non comprise dans ce total, était forte de 6.270 hommes. L'effectif des trou])es, le IC juillet, était de 13.<i20 hommes, dont 5.728 sous le commandement de Casabianca (.Saint-Cyr, I, 83, note 1).

4. Le 5 {,'erminal, Dallemagné écrivait aux Consuls : « En vertu de l'article 3G9 de la constitution romaine qui accorde au général des troupes françaises le droit de faire des lois lorsqu'il le croira nécessaire, je vous en adresse ci-joint une relative aux cédules et à la vente des biens nationaux; je vous invite de la faire [Miblier sur-le-champ et de prendre les mesures les plus urgentes pour en assurer l'exécution " [Arcliivio, 39).

h. Le 10 germile. Marchand avait remplacé Vial comme commandant de la place de Rome (Vial aux Consuls, Archivio, 39).

borateurs ; c'est précisément l'heure où Monge part pour TEgypte, Monge dont l'esprit conciliant a tant de fois maintenu la concorde à Rome, Saint-Cyr se brouille avec les consuls en faisant avorter la Constitution civile que l'abbé délia Valle prétend donner à la République 1; le 30 mai, il réclame pour son armée les 60 000 écus qu'a produits la réquisition des argenteries de table et s'emporte même jusqu'à la menace-; le 1"' juin, il fixe des limites à leur autorité par une loi très expresse, en même temps qu'il fait fermer le cercle Constitutionnel et qu'il prohibe le port des panaches, galons et autres insignes réservés aux militaires. Mais les consuls savent intéresser à leur cause les commissaires civils, choqués des allures dictatoriales du général ; le 30 mai, ils s'attaquent à cette armée dont les intérêts sont si brutalement défendus ; par un arrêté en date de ce jour, ils déclarent qu'aucune contribution, ni réquisition, ni amende ne peut être imposée par les agents ou militaires français, « quels que soient leurs « titres ou grades », en dehors des cas déterminés par les traités et conventions ^ ; et ils complètent cette mesure par une loi qu'ils promulguent le 1" juin; elle supprime la commission des logements et confie aux grands édiles les soins qui lui incombaient^.

C'est la riposte à la loi de Saint-Cyr. Entre le général d'une part, les consuls et les commissaires de l'autre, entre le pouvoir militaire et les autorités civiles, la guerre est désormais déclarée. Leur concorde a bien réussi à faire vivre la République romaine depuis la fête de la Fédération jusqu'à ce jour; que va-t-elle devenir, cette union disparue?

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