CONFÉRENCES DE PARIS
voir plus clairement que jamais que la seule force qui le soutient, la seule qui retient Bonaparte, ce sont les catholiques français. Le comte Gristoforo Pierrachi, parti le 30 juin de Rome, arrivait à Paris le 22 juillet, assisté du secrétaire de légation Evangelisti et du dominicain Gundi. Présenté le 26 à Delacroix par le marquis del Campo, ambassadeur d'Espagne, il avait, avec notre ministre, sa première conférence le 12 août; le Directoire exigeait que le Pape révoquât, désavouât et annulât tous les brefs adressés par lui aux fidèles de France depuis la Révolution, et comme le comte Pierrachi voulait en référer à sa cour, le Directoire décidait de transporter les négociations en Italie et de les confier à ses commissaires Salicetti et Garrau ; le 23 août, la légation pontificale se retirait à Lucerne. Le Directoire, si autoritaire pourtant, ne rompait donc pas avec le Pape, encore que tout un parti antichrétien, dirigé par La Réveillère-Lepeaux, n'eût d'autre rêve que de briser la puissance de l'Eglise, et que le Pape, dominé par la coterie autrichienne, ne négligeât rien pour braver la France.
Depuis le traité du 23 juin, on avait appris à Rome que l'Autriche ne renonçait pas à la lutte, que Beaulieu allait être remplacé par le feldmaréchal Wûrmser, qui avait fait ses preuves sur le Rhin et qui arrivait avec des troupes fraîches. A ces nouvelles, les Romains n'avaient pu contenir leur joie ; d'un moment à l'autre, ils attendaient la nouvelle que les Autrichiens avaient débouché en Lombardie et forcé les Français à la retraite, L'etï'ervescence populaire était grande ; des miracles survenaient qui surexcitaient la foule; des
licence effrénée et par l'horrible régicide de Louis XVI, le meilleur et le plus honnête de ses monarques... Aucun peu|>le, dit son profond historien de Thou, n'est plus avide, ni moins capable de liberté que le peujile français, en général. Léger dans sa conduite, inconstant dans ses affections, changeant aisément d'avis d'un moment à l'autre, il hait le présent, et au gré de ses passions imjiétueuses il attend trop ou trop peu de l'avenir. » Cf. Faipoult, ministre de France à Gênes, à Talleyrand (24 thermidor an IV). « Le Pape est l'homme le moins traître du pays, mais le Sacré-Collège marmotte constamment ses malédictions: jamais il ne nous pardonnera notre philosophie. Le Pape change, et l'esprit des cardinaux romains ne change pas (Aff. étrang. Mém. et Doc, Italie, Xll, 69).
L ATTENTE DE WÛRMSER 43
missionnaires, au milieu des places publiques, assemblaient le peuple trois et quatre fois par jour et l'exhortaient à la pénitence. Etait-ce bien pour « préparer « la venue des commissaires franc^ais^ », chargés avec Miot de faire exécuter l'armistice-, n'était-ce pas plutôt une manœuvre du parti autrichien pour réchauffer l'enthousiasme du peuple et l'exciter à la guerre ? Toujours est-il que les Madones, qui par milliers veillent au coin des rues ou dans les chapelles des églises, versaient des larmes^ et remuaient les yeux, à Ancône et à Tolentino, à Spolète ^ et à Rome. « Les « gens couraient dehors pour voir ces prodiges ; « quelques-uns soutenaient qu'ils les voyaient, et « d'autres que non ; de là résultait la confusion des « confusions. Les prédicateurs, de leur voix, échauf- « faient les têtes de plus en plus. » Ces miracles' n'annonçaient-ils pas un autre miracle, le plus grand, le plus désiré, le plus nécessaire : la défaite des Français impies. Et le miracle attendu se produisit : on apprit, un jour, que Wûrmser avait débouché sur les derrières de Bonaparte, que Mantoue était débloqué et les légations évacuées. L'enthousiasme fut habilement exploité par la coterie allemande d'Albani ; quoique Ferrare, par le traité du 23 juin, fût expressément