FAMINE A ROME
1" avril, par exemple, le pain manque tout à fait, au point que les fours municipaux distribuent ce jour-là des châtaignes et des figues sèches. Les femmes se portent en foule au bureau des grands édiles, et l'émeute gronde; et les autorités quirinalesques, prises de peur, affichent une note, indiquant un procédé pour faire du bon pain de maïs', abolissant pour six mois le droit sur les farines et établissant des primes pour l'importation-. Elles ouvrent encore, tous les quartodi et nonidi, un marché public pour les grains de toute sorte -^ et « considérant que la liberté du com- « merce porte toujours avec elle l'abondance », elles proclament la libre circulation et la libre vente des grains. La famine n'en continue pas moins ses ravages ; le 19 avril, le pain manque, et c'est sous les malédictions et les outrages que se met en route une petite colonne française qui gagne la Toscane. Les jours suivants, la situation empire, le peuple est surexcité par des provocations stupides. Le 18, le ministre de l'Intérieur interdit aux officiants de dire les deux oremus traditionnels en faveur du Pape et de la paix. Le 14, une cérémonie étrange, et qui rappelle de lointains et d'abominables souvenirs, a remué jusqu'au tréfonds les âmes farouches des vieux Romains. On a promené à travers la ville le cadavre à demi décomposé d'un chef de l'insurrection du Trastevere pour le fusiller ensuite à Monte-Citorio^. Les Trasteverins se contiennent avec peine. Sur la place de Trevi, le 20 avril, une patrouille de cavalerie est insultée et menacée ; le 22, les fours sont pillés, et les édiles, affolés par une émeute de femmes, appellent la troupe à leur aide ; le 23, par ordre supérieur, les fours municipaux restent fermés tout le jour et les rues retentissent des cris de