Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte
Condition et obligations des grands. — §1. Devoirs guriaux. — § 2. Devoirs militaires. — § 3. Rôle religieux.. — § 4. Travaux, publics. — § 5. Finances. — § 6. Justice et loi.
Les grands, hauts dignitaires de la cour ou puissants seigneurs territoriaux, souvent les deux à la fois, servent d'intermédiaires entre le roi et le peuple, comme le roi entre les dieux et les hommes.
Dans leurs provinces, les barons féodaux, les ropaïlou, ou chefs de clans, ressemblent à des rois au petit pied. Primitivement ils se partageaient la vallée du Nil en maîtres absolus de leur principauté, l'unification de lEgypte par les monarques Thinites les soumit à une suzeraineté qui, sans changer la nature variée de leurs occupations, supprima leur autocratie et leur irresponsabilité ^
Comme les rois, les grands vassaux forment des dynasties ; ils datent leurs actes et leurs monuments de leurs années de principat; ils possèdent d'immenses propriétés; ils gouvernent le peuple, rendent la justice, lèvent les impôts et commandent des troupes. A certaines époques troublées, ils sont aussi puissants que le titulaire de la double couronne ; ils lui tiennent tête ; môme, ils régnent sous son nom; en invoquant certaines alliances
1 Cf. Maspero, Et. Eg., II, p. 15-17.
matrimoniales ou de lointaines hérédités, parfois en s'appuyant sur des empires étrangers, ils parviendront à supplanter leurs maîtres.
A l'époque historique, toutefois, entre les rois et eux y a-t-il de profondes différences. Malgré leur puissance, même les plus grands parmi eux ne participent pas au droit divin de la royauté.
Ils ne sont pas des dieux, pas même de simples divinités locales. Tout au plus osent-ils se donner pour des images de la divinité qu'ils invoquent, images frôles et intermittentes :
« Je suis », dit Zahô, prince de Tanis, « ton image qui apparaît en dieu de sa ville au » mois que tu veux ^ »
Ils sont princes, non par la grâce des dieux et l'élection de Rà ou d'Amon^, mais par la grâce du roi. La naissance n"est pour eux qu'une présomption d'hérédité : il y faut joindre l'investiture royale ^ La qualité de ropa que l'on tient de ses pères, reste un simple titre de noblesse, sans efficacité, si l'on n'y joiut celles de hâ, chef militaire, de hiza-ââ, grand supérieur civil et judiciaire, mir honou noulirou, chef des sacerdoces, ou celle de sat mir nouît, comte nomarque (vizir, gouverneur poliarque), titres qui seuls donnent le pouvoir réel et la juridiction ^ Or c'est le roi seul qui nomme les gouverneurs de nomes ou de villes. Il choisit le plus souvent un fils, petit-fils ou neveu du titulaire précédent; mais l'ardeur avec laquelle les plus puissants souhaitent de transmettre leurs biens et leurs dignités à leurs enfants, et, d'autre
1 statue de Zahô, fils d'Ounot'ris, à g., 1. 3 (Mariette, M. D., pi. 107, ii, à dr.); Daressy (/?. 7*/'.^ XV, 155) lit : « Je suis ton image, sorti de toi, ton grand fils qui fait ton désir w.
- C'est très exceptionnellement, et probablement en vertu d'une ascendance royale, que le susdit Zahô, baron, nomarque et grand prêtre est intitulé « premier fils aînéd'Amon », et que l'on affirme, en dehors des rites osiriens, que « Mât lui a lait l'abUilion, Horiis l'a » consacré, Anmoutel' l'a purifié » (Ibid.^ Makiktte, n a; Daressy, 134).
3 Pour les dignitaires religieux, ci', supra, p. 54, n. 4; pour les grands dignitaires civils, supra, p. 347-331. Même pour des emplois laïques subalternes, les nominations étaient faites par le roi ou en son nom. La statue de Nebnofir à Bruxelles a conservé un décret royal promouvant un chef des mesureurs des greniers de la main-morte d'Amon au rang de chef des mesureurs d'Amon, et désignant son successeur au premier emploi, avec le procès-verbal de leur installation en présence du grand prêtre d'Amon, trésorier royal, de son intendant, scribe royal, et de délégués du collège des prêtres d'Amon, sous Amériôthés III (Gapart et Spiegelberg, Mon. du Mus. de Bruxelles, 1903, p. 24-27).
* Maspeho, Et. E(j., Il, p. 17-18 et 33-34 ; R. Tr., l, 179-181 ; H. Or.