‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 10 sur 184 · BRAVOURE · texte numérisé non relu

BRAVOURE

les faveurs royales. Il est curieux que ce soient précisément des textes fort anciens qui vantent ces qualités. On en lit un dans le conte de Sinouhit. Le prince de Tonou a choisi cet aventurier pour gendre et pour général et n'a pas à s'en repentir :

« Les Sittiou, dit-il, qui s'en allaient au loin pour battre et pour repousser les princes » des pays étrangers, j'ordonnais et ils marchaient... Tout pays où je fis irruption... » était à la merci de mon glaive, de mon arc, de mes marches, de mes plans bien conçus » et glorieux pour le cœur de mon prince. Aussi il m'aima, quand il connut ma » vaillance, me mettant chef de ses enfants quand il vit la vigueur de mes deux bras '.»

Le pharaon d'Egypte n'apprécie pas moins que ce prince étranger ses braves soldats et ses bons généraux, comme le prouve l'exemple du général, gouverneur de ïhèbes, Montounsisou :

« Je suis (un héros) au jarret ferme, au conseil sage, dont les expéditions plaisaient à

» son seigneur Moi je suis un vaillant de cette terre ; quand mes deux bras frappent

» autour de moi, le lâche se sauve à toutes jambes. Sage de bouche, j'ai écarté mes » soldats des pièges de l'ennemi; matin et soir de la ville -, j'ai fourbi mon arc, j'ai guidé » la bataille des deux pays. Je suis brave : mes deux bras exécutent mes actions pour » mon pays; j'ai écrasé l'ennemi renversé; j'ai renversé les adversaires de mon sei- » gneur ! ^ »

La nécessité de l'ordre et de la discipline se faisait sentir à certaines heures, surtout sans doute dans les grandes expéditions asiatiques. On n'en méconnaissait point les elFets, Le même Amonemhabi, qui savait au besoin sortir du rang et se signaler par des coups de sa valeur personnelle, faisait aussi admirer au roi la cohésion de ses troupes :

« Vois, disait-il, le bras de l'Egypte (la force) nombreuse (qui est) sous ta main; nous » faisons absolument une seule bouche, un seul bras, une seule main, tous ; les soldats » (gardant leur rang), sans qu'aucun s'en écarte *. »

Bravoure et disciphne sont des gages de victoire ; unies chez les soldats à la prudence du chef, elles ont au surplus l'avantage d'empêcher les succès d'être trop chèrement achetés. Les Égyptiens vainqueurs ne parlent jamais de leurs pertes, en parallèle avec les hécatombes d'ennemis qu'ils massacrent. Par exception, Amoni, seigneur du nome de Mêhit (la Chèvre), au retour d'une

1 Contes, p. 103-106.

' C'est-à-dire : veillant sans cesse sur Thèbes.

3 Stèle de Montounsisou, Louvre G 1, 1. 8-9 et 12-14 (Maspero, Un (jouverneur, 1873, Mém. du 1" Congî'és, H, o2 sqq. = B. Eg., VII, 137-16.1). * Amonemhabi [M. M. C, V, 221 et 230.

expédition en Nubie, dont il a rapporté tributs et butins abondants, note soigneusement et par trois fois qu'il « n'a pas perdu un seul de » ses hommes » ou qu'il « est revenu en paix avec ses soldats » sains et saufs K »

Enfin, si le roi aime les guerriers artisans de la victoire, il n'en aime pas moins les organisateurs. Ounj est bien venu pour avoir improvisé une armée contre les Asiatiques, veillant aux levées de troupes, à l'équipement des recrues, à leur instruction et à leur transport ".Le baron Sironpouït, d'Assouan, grand pontife et général « comblait le cœur du roi par l'organisation de ses troupes ^ » Le prince de Siout, Khiti « a levé des troupes, et ses soldats » étaient au nombre de mille, l'élite du pays du sud, il a possédé » de beaux vaisseaux... et il a plu au roi*. » Amonhotpou-Houi a reçu les éloges du roi pour avoir organisé la défense de la vallée et des bouches du Nil, contre les incursions des Bédouins et des pirates^.

A Thèbes, le lieutenant du roi® était un véritable ministre de la guerre. Non seulement il commandait toutes les troupes royales en garnison autour de la capitale, qui formaient le gros de l'armée égyptienne ; mais il correspondait avec les gouverneurs de province qui lui fournissaient recrues et subsides ; son autorité s'étendait ainsi à la « terre entière ». Si le ban des milices ne suffisait

1 Tombeau d'Amoni à Béni-Hassan (L. D., 122; Maspero, R. Tr., I, 171-174). — Dans le Conte du Naufragé, le héros perd tous ses compagnons dans la tempête et, comme Ulysse chez les Phéaciens, aborde seul à l'Ile des Doubles; cependant il les retrouve sans doute, on ne sait comment, et les ramène au pays (Contes, p. 135-140).

2 Cf. supra, oh. v, p. 18'J).

'^ Meh hàt soute n ?n tes pekhert menfitou : Tomb. de Sironpouït à Assouan (R. Tr., X, 190).

* Khiti I" à Siout, 1. 9-10 (Mariette, AI. D., pi. 68 d, p. 22; Gkiffith, Siùt, pi. 15).

5 « Une deuxième fois me loua mon seigneur le roi Aménôthès III. Il avait réuni pour » moi toutes gens rassemblés sous mon pouvoir en qualité de royal scribe en chef des » conscrits. J'organisai les classes de mon seigneur; je levai des impôts. J'ai comblé les » rangs des sujets avec les chefs prisonniers que subjugua S. M. sur les champs de » bataille ; je choisis toute leur élite; j'ordonnai....; je mis des troupes à la tête des » chemins pour tenir en respect dans leurs demeures les étrangers qui guettaient » l'Egypte en toute son étendue, par des expéditions contre les Coureurs des sables. » J'ai fait de même devant les embouchures du Nil : ils (des captifs) furent encadrés » par mes gens d'élite et incorporés parmi les chiourmes de la flotte royale. Moi, alors, » je leur montrai leurs voies, en sorte qu'ils obéissent à ma parole; je jouai le rôle de » chef suprême à la tête des vaillants pour battre Nubiens et Asiatiques. » Statue à Karnak, 1. 29-150 (Mauiette, Karnuk, pi. 37; Brugsch, jE. Z., 1870, 97).

*> Tennou (ou donou) ni souten, — tennou ni hon-f (Virey, M. M. C, V, 8).

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