‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 25 sur 184 · AUTORITÉ FERME · texte numérisé non relu

AUTORITÉ FERME

venir à réprimer et concilier à juger, « il applique son cœur à » pacifier » K « Ardent pour tout devoir... recherchant le droit », il distribue équitablement les charges, lorsqu'il « suppute les rede- » vances » des chefs et des villes. Il est l'ennemi de la fraude et punit selon la loi du talion : « il rend justice aux plaintes du » pauvre ; il est sévère pour le frauduleux... ; il donne raison à la » parole du véridique; il fait retomber le mal sur celui qui fait » tort au malheureux ».

Un bon juge ne connaît ni défaillance, ni compromission : « il » fait appliquer les lois sans prendre de milieu entre l'amour du » juste et la haine du mal » '-. Il sait quelle est l'importance de sa charge « base de la société » ^ et il ne voudrait pas compromettre ou laisser diminuer entre ses mains l'autorité de la loi, en s'écartant de la justice par caprice, par indulgence excessive ou par violence irraisonnée. C'est une calamité quun vizir trop doux : on lui a cité l'exemple proverbial du vizir Khiti. Nous ne distinguons plus bien ce qu'avait fait celui-ci, sinon que par sa clémence excessive « il rendait malheureux les gens de son entou- » rage », sans doute parce que, par sa pusillanimité, il encourageait le coupable à continuer et à multipher ses victimes^. Sans doute, il ne faut pas se livrer à des écarts intempestifs; mais la fermeté et la sévérité dans la répression s'allient à la justice et tiennent le mal en respect. Les Instructions au vizir le disent nettement :

« Ne te mets pas en colère contre un homme qui a tort s. Fâche-toi contre ce qui » mérite colère. Fais-toi craindre pour qu'on te craigne ; car un (vrai) magistrat, c'est le » magistrat que l'on craint. Certes on respecte la justice quand le magistrat rend (bien) » la justice. Oui, si quelqu'un se fait craindre un million de fois, il y a quelque chose » en lui qui en impose dans la considération des gens. Ils ne disent pas de lui : « Ce » n'est qu'un homme (ordinaire). »... Quant au caractère du violent, le Seigneur préfère le » timide au violent ^. »

' Louvre C 26, 1. 11 et 14-16. Cf. Rekhraarâ : « Il apparaît en pacificateur. » (Virey, M. M. C, V, p. 171.

2 Statue de Zaho, fils d'Ouahabrà (Mariette, M. D., 103 x ; Daressy, R. Tr., XV, 153).

3 Instructions au vizir, 1. o, supra, ch. xi, p. 467).

* Ibid., 1. 12-14 (ViREY, M.M.C., p. 43-44; Newberry, Rekhmarà, pi. x, p. 34; Gaudixer, R. Tr., XXVI, p. 8-9).

5 Cf. supra, p. 471, n. 3.

« Instructions, 1. 18-19 et 23 [lac. cit.; Gardiner, p. 12 et 15).

La science du juge et sa perspicacité sont des garanties de bonne justice :

« C'est un sage, nourri de connaissances, jugeant exactement ce qui est le vrai... » n'ignorant rien de la vérité, plein de sagacité, il connaît les paroles de l'intérieur : ce » qui n'est pas sorti des lèvres, ce que l'honnme dit en face de son cœur, i-ien ne lui est » caché 1. »

Il n'omet d'ailleurs aucune source de renseignements : descentes de justice, enquêtes, rapports, interrogatoires des témoins ou des accusés ; il agit ou fait agir pour découvrir la vérité et la justice. Il pèse, rapproche, combine tous les éléments de sa conviction et motive ses arrêts-.

Son impartialité donne espoir et confiance en lui. On sait qu'il ne se laisse pas influencer par la crainte, l'amitié ou les présents. On sait qu'il se montre accessible à tous et n'exige point de baqchicli. 11 sait que « ce que Dieu abhorre c'est la partialité » et qu'un juge « doit regarder celui qu'il connaît comme celui qu'il » ne connaît pas, celui qui l'approche comme celui qui est loin » ^. Ainsi donc, il « ne fait pas de distinction entre l'inconnu et ses » familiers » *. Il « dispense la justice sans faire attention ni » prendre goût aux dons, démarches ou offrandes » ^. Il accueille toute plainte légitime : il est « le dévoilé de face au plaignant » ® ; il « applique son cœur à écouter les requêtes » ^ Dès la pointe du matin, il se lève pour entendre avec zèle tout le jour les requêtes ^ et il n'y a « point d'inattention chez lui au sujet des

1 Antef, Louvre C 26, 1. 13-15.

2 « Quand un demandeur a tort, tu n'admettras pas ses paroles. Si un demandeur te » requiert..., (tu compareras) ce qu'il dit à ce qu'il a été dit, Si tu le condamnes, tu lui » feras entendre pourquoi tu le condanmes. Certes, on dit : « Un suppliant aime qui » admet ses prétentions, eu égard aux choses entendues ». Le diseur de mensonges sera » confronté avec ses documents... Applique ton cœur aux territoires (de ton ressort) en » maintenant l'ordre. Si tu voyages au moment d'une enquête, alors envoie enquêter » des chefs de districts ou des quarteniers. S'il arrive que quelqu'un qui a fait une » enquête soit devant toi, alors interroge-le. » Instructions au vish' (Newderry, Life of Rekhmara, pi. x, 1. 16-17, 20,23-24 ; Spiegelberg, R. Tr., XXYI, 10-11 et 16).

3 Instructions au vizir (1. 15, loc. cit.), * Antef, Louvre G 26, 1. 16.

^> Tomb. de Rckhmarâ, parois a-b et k-c (Virev, M.M.C, V, pi. ni, p. 13 et 107; New- BERUY, Rekhinarà, pi. iv).

fi Tombeau 3 de Siout, Inscr. de Téfabi (Mariette, M. D., pi. 69, 1. 3 ; p. 22; de Rougé, /. H. 2'JO; GiuFFiTH, Siut, pi. 11).

7 Antef, 1. 16.

8 Rekhmara, paroi h-i (Virey, p. 13 et 165).

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