‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 29 sur 184 · POLICE · texte numérisé non relu

POLICE

dans les fêtes d'Adonis à Alexandrie '. C'est ce que faisait le commandant Khâhap :

« il \eillait sur Memphis, en protégeait les habitants, étendait la main sur ses soldats » (pour les protéger ou plutôt pour les commander), selon les ordres du Seigneur des » deux régions. C'était un serviteur parfait au service des temples de Memphis dans » les panégyries et les fêtes célébrées en leur temps »,

et en cette qualité il p-résida aux cérémonies de l'ensevelissement de plusieurs taureaux Mnévis-,

D'ailleurs les voleurs n'opèrent pas seulement au milieu de la foule, ils profitent aussi de Taffluence aux cérémonies publiques pour dévaliser les maisons dont les maîtres sont sortis pour s'esbaudir. Tels les ouvriers de Nakhtemmaout ont mis au pillage les biens d'un voisin pendant qu'il était chez son père, le jour de la fête du roi Aménôthès ; ils ont visité sa maison, son grenier, son débarcadère, son magasin ; ils ont pris ses pains, ses gâteaux, ses provisions de grains, répandu son huile et bu sa bière ^ Il faut rechercher, arrêter, punir les voleurs.

Mais les gens de la police et leur commandant même opèrent sous une direction supérieure à qui remontent la responsabilité et Ihonneur de Tordre public. Zahô, gouverneur du nome Tanitique, note que « les fonctionnaires sont soucieux de sa venue » : c'est qu'il veut que tout marche bien ; s'il empêche le percepteur d'exiger trop, il incite aussi ou réprime la police : « il surveille les » gardiens qui protègent toute chose » *.

Au baron dans sa principauté héréditaire, au gouverneur dans son nome ou sa cité, revient la direction de la police. Elle n'importe pas moins que la gestion financière à la prospérité générale. Si chaque nuit les paysans tremblent de ne point retrouver leurs bestiaux au pâturage, ou leurs moissons dans les champs, ils n'auront point de cœur à la besogne : c'en est fait de l'agriculture ! Sans sécurité sur les routes, point de commerce possible !

1 THÉocRrrE, Syracus., XV, 48.

2 Stèle de Khà'hap, Mus. Berlin (Stern, ^. Z., 1884, 102-104 ; Brugsch, ^Egypt., p. 243. ■^ Ostracon 5,637 du Bi'itish Muséum (Inscr., pi. xv ; Chab.\s, MéL, III, 212-214;

Spiegelberg, Rec. de Belgique, janvier 1897, p. 83). * Statue de Zahô, fils d'Ounnofri (Mariette, M. D., 107, n b; Daressy, R. Tr., XV, 135).

Mais l'organisation militaire, sur laquelle le nomarque ou le baron ontla haute main, peut être utilisée pour la police : ils ne manquent pas de s'en servir. Antef dans la Thébaïde « fait retomber le vol » sur qui vole les pauvres paysans » *. Téfabi, prince de Siout, se vante d'avoir assuré une sécurité parfaite :

« La nuit venue, quiconque couchait sur les routes me donnait adoration, parce qu'il » était comme un homme dans sa propre maison, car la crainte des soldats le protège ; » les bestiaux étaient aux champs (?) et le voleur était comme l'abomination de Dieu et » il n'opprimait plus le vassal, si bien que celui-ci ne se plaignit jamais mais apportait »> bon apport convenable (redevance exacte) de son domame pour Siout. Aussi j'agrandis » Siout 2. »

L'extension et la richesse de sa province, le bonheur de ses vassaux, leur reconnaissance et leur attachement, voilà les résultats immédiats de cette pohtique et ses premières récompenses. La sagesse de Pétharpekroud, chef des nautonniers et administrateur du domaine sacré d'Abydos, sous les Saïtes ou les Ptolémées, profite à ses concitoyens ; dans une période de troubles dont on ne peut déterminer la date, il sut rétabhr la paix, en usant de clémence et de bons conseils plus que de sévices :

« Des combats ayant eu lieu... parmi les populations d'Abydos, je n"ai lait mettre à » mort personne ; j'ai été intelligent au temps de ma puissance ; j'ai eu ma faiblesse » présente dans mon cœur au temps de ma force. J'ai conçu les projets des hommes

» sages J'ai aimé l'union: le trouble s'est dissipé à mon désir... Ce soulèvement a

» pris fin, car ce Dieu aime la concorde et déteste le trouble. Dites donc de moi : « Tu » as fait le bien à Abydos 3. »

Quand la douceur peut obtenir les mêmes résultats que l'usage de la force, elle vaut mieux et en prime les bienfaits.

Surtout, pour demeurer toujours louable, la force ne doit pas dégénérer en violence. De bienfaisants, ses effets deviendraient déplorables : la terreur ruine la société entre les hommes. Or souvent les grands, chargés de défendre les intérêts communs, sont tentés d'abuser de leur puissance pour la mettre au service

' Slèle d' Antef, Louvre G 26, 1. 17.

' Tombeau de Téfabi, prince de Siout, xp dyn. : Maspeuo {apud Mariette, M. D., pi. Lxix, p. 22) fait remarquer que ces phrases ne se voient pas ailleurs, ï Stèle du Louvre G 232 (de Uougé, Catal., p. 169-170; Pierhet, Rec, II, 21).

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