‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 63 sur 184 · DOMESTICITÉ, BOULANGERS · texte numérisé non relu

DOMESTICITÉ, BOULANGERS

d'hommes nïnnovait en rien. Les tombeaux du premier empire thébain et de l'ancien empire montrent des particuliers se promenant en palanquin, soutenus par quatre ou huit et même vingtquatre porteurs ^ Notons que les dieux aussi aimaient à se sentir porter dans leur naos et leur barque sur les épaules de serviteurs de leur temple.

On peut comparer la liste que contient la lettre de Bokniptah à Kaouisar-, à celle du papyrus Hood. L'une se rapporte sans doute au personnel dun temple de Memphis ; lautre énumère les employés infimes de l'administration des cultes. Certains emplois se retrouvent identiquement, d'autres se ressemblent beaucoup. On y remarque un minutieux départ des attributions ; mais l'analyse des scènes funéraires démontre que rien n'empêchait un même individu d'en assumer successivement plusieurs et même un assez bon nombre. Laissant de côté les prêtres, les scribes, les soldats, les agriculteurs et les chefs des divers métiers, nous trouvons un certain nombre de professions au service de la bouche et des ouvriers assez variés. Parmi les fournisseurs de la bouche, la liste de Bokniptah cite : le conducteur de la pharmacie, le boulanger, le confiseur de dattes ^ le cuisinier, les goûteurs devin. Le papyrus Hood distingue : les bouchers du roi et les sacrificateurs, les pannetiers du roi, les cuiseurs de pelotes, les cuiseurs de gâteaux soufflés, les fabricants de biscuits, les cuiseurs de gâteaux pour autel, boulangers, cuiseurs de galettes, fabricants de conserves, confiseurs de dattes^, porteurs de lait, etc. La Satire des métiers avait oublié le boulanger, Amonenapit répara l'oubH :

« Le boulang^er pétrit, — met les pains au feu ; — tandis que sa tête est dans l'intérieur » du four, — son fils le lient par les jambes ; — s'il échappe de la main de son fils, — il » tombe là dans les flammes ». »

Dans l'une et l'autre liste, ces professions ont le pas sur les

1 Chabas, Et., p. 424.

2 Pap. de Leide I, 348, p. ix. 1. 6-9 et x, 1-8 (Chabas, Mél., IV, 130-139).

3 Pap. Hood, 1. 26-33 (Maspero, Et. Eg., II. 10-11 et 56-64).

* Appelés ailleurs « les serviteurs de la maison des douceurs » honou nou âït banritoii (Torab. de Rekhmarà, M. M.C., V, pi. xi, p. 47). ^ Pap. Anastasi II, pi. vin, 1. 3-4.

autres métiers manuels des ouvriers en bois, pîerre et métal, artistes en ouvrages de précision, menuisiers, manieurs de métaux, sculpteurs, tailleurs de pierre, démolisseurs, d'une part, — charpentiers, graveurs, tailleurs de pierre, sculpteurs, forgerons, orfèvres, ciseleurs, fondeurs, d'autre part. Nous avons vu comment les scribes traitent les tailleurs de pierre ; voici pour les métallurgistes :

« J'ai vu le forgeron à ses travaux, — à la gueule du four. — Ses doigts sont comme » des objets en (peau de) crocodile; — il est puant comme un œuf de poisson. — Tout » artisan-, porteur d'instrument en métal, — a-t-il plus de repos que le laboureur? — Ses » champs, à lui, c'est le bois; — son affaire, c'est le métal. — La nuit, quand (l'autre) est 1) (censé) libre, — il travaille en plus de ce que ses bras ont (déjà) fait ; — la nuit il » veille à la lampe *. »

Relevons encore : les puisatiers, les barbiers, les cordonniers, les fabricants de corbeilles, ainsi que les fabricants de couronnes et bouquets, enfin les cordonniers du roi. La Satire en égratigne encore quelques-uns :

o Le barbier rase jusqu'à la nuit. — Lorsqu'il se met à manger, (alors seulement) il se » met sur le coude. — Il va de ruelle en ruelle, pour chercher les pratiques ; — il se » rompt les bras pour remplir son ventre, — comme les abeilles mangent leurs tra- » vaux 2. »

« Le cordonnier est très malheureux : — il geint éternellement ; — sa santé est la » santé d'un poisson qui fraie ; — il ronge le cuir (pour se nourrir). 3 »

Le pauvre homme est en compagnie de deux autres ouvriers de l'habillement encore plus mal traités :

« Le teinturier, ses doigts puent — l'odeur des poissons pourris; — ses deux yeux sont )) battus de fatigue ; — sa main n'arrête pas. — Il passe son temps à tailler des haillons ; » — c'est son horreur que les vêtements. »

« Le blanchisseur, tandis qu'il blanchit sur le quai, — est voisin du crocodile. — Tan- » dis que le père sort les graisses dans l'eau, — sa main n'arrête pas. — Ce n'est pas (en » effet) un métier calme que je mets devant ta face, — ou doux plus que tout autre » métier : — ses provisions sont mêlées à ses vêtements ; — aucun membre n'est pur » en lui ; — il est dans la misère d'une femme. — Tandis qu'il est dans la misère, — je » pleure sur lui, (parce qu'il) passe son temps le battoir en main. — Quand je lui » apporte (des vêtements à laver), — on lui dit : si tu tardes à les rapporter, — on » t'abattra les deux lèvres. * »

1 Douaouf-si-Khrodi, Satire, % ni-iv (Pap. Sallier II, iv, 7-9 et v, 1. — Cf. Maspero, G. Ep.,, 50-51 ; ff.Or.,], 312).

2 /bid., I VI (Pap. Sallier II, v, 1. 3-5 : G. Ep., p. 51 ; H. Or., I, 312).

3 /bld. I xvn (p. vin, 1. 1-2 : G. Ep., p. 62 ; H. Or., I, 313). * /bid., I xvui (p. vni, 1. 2-6 : G. Ep. p. 62-63).

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