‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 74 sur 184 · FAMILLE. PATRIMOINE · texte numérisé non relu

FAMILLE. PATRIMOINE

» merez vos portes ; vous emmènerez vos femmes et vos enfants » \ Après la mort, on leur donne une sépulture et ils ont droit, comme d'autres, à l'immortalité-. Panéba a volé des pierres par ci, des papyrus par là pour construire et meubler sa dernière demeure. De plus humbles ont aussi leurs tombes ; parmi les victimes de Panéba, figure Nakhtmîn, simple ouvrier, dont il vola le lit funèbre^. Les enfants héritent des biens que laissent les parents ; les cohéritiers se livrent même à des disputes comme le montre l'exemple de Panéba et de ses frères^.

Les ouvriers de la nécropole ne forment pas une exception. Même les laboureurs au service* d'un temple comptent encore pour des hommes. Quand Amonhotpou-Houi donne au temple de Kak des esclaves des deux sexes (honou et honitoii), il prévoit le cas où un de ses successeurs, un général, « amènerait » des hommes {remdoii), parmi eux, pourvoyant par là au service )) du temple » °.

Dans la peinture môme de la misère des travailleurs de tout métier, on découvre des indices qui les mettent au-dessus des esclaves de Sparte ou de Rome. Avant que les employés fourmillent à Thèbes dans le quartier des tombeaux, l'auteur de la Satire des métiers, Khroudi (ou Khiti) le fils de Douaouf, a vu des ouvriers à la ville et aux champs et décrit leurs misères sans sympathie. Chez lui-même et chez ses imitateurs, on constate que les ouvriers de la nécropole ne sont pas des privilégiés.

Pour d'autres aussi, la famille existe avec ses joies, avec ses devoirs même qui ne sont pas sans charmes. Le chef de culture a souci de nourrir sa femme et ses enfants, tant que la misère ne

1 Pap. de Turin, pi. 48,1. 17 sqq. (Ghabas, Mél., IV, p. 57.

* Le baron, grand juge Ptahhotpou, sous l'ancien empire, porte parmi ses titres celui de « chef de la nécropole royale des serfs » : miy asiti meratiou (Mariette, Mastabas, G 7, p. 125).

3 Pap. Sait (Ghabas, Mél.. III, p. 177-185; Erman, jEç., p. 185.

■* Si du moins nous assimilons aux ouvriers Panéba, chef d'ouvriers (àù n astiou), qui tua un de ses neveux et évita la répression en donnant au gouverneur 5 esclaves de son père, et si nous adoptons l'interprétation de Ghabas pour cette phrase obscure : « Il me fit jurer sur la chambi'e de mon père et de ma mère en disant : je n'y suis pas » entré ». Pap. Sait 124, r», p. 1, 1. 3; v», p. 1, 1. 13 (Ghab.\s, Mél., III, 192 et 196).

5 St. 138 du British Muséum (Birch, ap. Ghabas, Mél., II, p. 330).

disloque pas sa famille ^ Pour le laboureur négligent, le châtiment et la douleur suprême, c'est de se voir ravir femme et enfants -. Le boulanger^ enfourne avec son fils. Le maçon, après la distribution des vivres, revient à la maison ; il y trouve ses enfants : à vrai dire, c'est pour les battre, effet de la misère comme de l'ivresse*. Même quand on emmène aux carrières l'ouvrier, on ne le prive pas de sa famille. Une inscription de Gébéléin évalue le nombre des ouvriers envoyés par ordre de Nesbitat, sans compter « Ten- » fant sur le sein de sa mère » ; donc femmes et enfants pouvaient les suivre ou les rejoindre ^ Même l'esclave que Ton vend ne cesse pas d'avoir sa généalogie. Dans un contrat de vente, sous forme de quittance du vendeur, celui-ci appelle le vendu : « le jeune » homme Psen..., fds de Thotmès, dont la mère est Sétéïrban » '^. D'autres, comme eux, possèdent leur maison, taudis sans luxe, je le veux bien, où pénètrent les bêtes ^ ; mais on s'y attache quand même. On y rentre une fois la besogne finie ; on trouve doux de s'y reposer et de prendre le frais à l'ombre de quelques arbres s'il s'y joint un petit verger. Le batelier, le cultivateur, Tarmurier, le courrier, le maçon ont hâte d'y revenir et regrettent de la quitter :

« A peine arrive-t-il à son verger, arrive-t-il à sa maison, il lui l'aut s'en aller. S'il » part, sa misère lui pèse ; s'il ne s"en va pas, il se réjouit. ^ »

Avec la maison de famille, les ouvriers des champs ou de la ville, comme ceux de la nécropole, détiennent encore un pécule, une petite fortune mobilière. Leurs instruments de travail leur appartiennent. Lorsque des paysans et des artisans sont requis pour creuser les canaux, « ils se réunissent en masse avec » leurs instruments »■'. Les Hébreux employés à l'abriquer la

^ Amonemanit, Lettres à Pentaour : Pap. Sallierl, p. vri,l. 3 ; et Anaslasi II, p. viii, 1. 1-3. - Ibid. : Pap. Sallier I, p. vi, 1. 9; Anastasi Y, \\u, 3. 3 Pap. Anastasi II, loc. cit., supra, p. 383. * Douaouf-si-Khrodi, Satire, % 10 (Pap. Sallier II, pi. vi, 1. 5). •^ St. de Gébéléin, 1. 15, Smendès, xxi« d. (Daressv, R. Tr. X, p. 137). « Pap. déniot. du Louvre, Collection Eisenlohr : An V de Darius (Revillout, R. Eg., III, p. 192).

7 Cf. Maspero, h. Or., I, 326.

8 Douaoiif-si-Khuodi, § 7,14,15 : Pap. Sallier II, v, 5 ; vri, 2, 7 et 8 (Maspero, G. ép., p.Gl).

^ Pap. Anastasi II, p. vui, v (Guievsse, R. Eg., vi, p. 22-23).

PÉCUr.E. HONNKUR PHOFKSS[O.NNRL 009

brique ne manquenl pas de toutes ressources personnelles, puisque, tout en s'estimant victimes de vexations tyranniques, ils arrivent presque à fournir la paille nécessaire pour mêler ù Targile K Si pauvres que soient les petites gens (iie?nhiou), des exacteurs, dont Rarmhabi réprime l'excès de zèle, trouvent moyen de leur faire payer l'impôt de la dîme du grain -. C'est une misère pour Tarmurier, qui colporte à l'étranger sa pacotille, de payer si cher ses ânes et le droit de les parquer; mais cela prouve du moins qu'il jouit d'un certain capitaP, Si mince qu'on le sup[)Ose, le courrier juge utile d'en disposer en faveur de ses enfants, quand il part pour les pays étrangers ' : que ce soit par don ou par legs, il use d'un droit inconnu aux esclaves.

Nous avons vu même que quelques-uns d'entre ces petits possèdent des serviteurs ou des esclaves^.

Ces gens ont leur honneur aussi, presque leur vanité professionnelle. Les scribes, tout de leur haut, méprisent le travail manuel. Qu'importe? les travailleurs se glorifieront de leur habileté professionnelle. Un ciseleur, à peu près contemporain de la Satire des métiers, tient à perpétuer, par sa stèle funéraire, le souvenir de « la perfection de ses bras dans son travail en toutes » matières précieuses, depuis l'argent et l'or, jusqu'à l'ivoire et » l'ébène » ^ Et de fait, sa stèle est un chef-d'œuvre de gravure. Indulgence à cette réclame posthume ! Parmi les tableaux de Rekhmara, un préposé, baguette en main, dit aux déchargeurs d'un navire : « Hàtez-vous, enlevez, montrez-vous dignes de louange! » ' ; et, plus loin, à un groupe de pâtissiers on dit de se presser ; ils répondent en vantant leur ouvrage : « Certes, nous

< Exode, V, 14.

2 St. d'Harmhabi (Brugsch, ^Eg. p. 298-299).

* Douaouf-si-Khrodi, % 14 (Pap. Sallier II, pi. vit, I. 4-()).

•i /bid. % la (pi. vil, 1. 7).

•■ Ci'. Donation d'IIor [suprn, p. .^9S, n. 2); le valfU, et la .servante du pay.san [supi'a, p. iiSO, n. 4) ; les serviteurs des mariniers (supra, p. 56a, n. 6).

fi Iritisen sous un Montouhotpou : Stèle du Louvre G 44, 1. 14-15 (Wiedeman.n, /?. Tr.. VI, p. 127).

7 « M sla-ten, chop-tou-n-lfii. pir-te» m hnsit » T. de Rekhraarâ (Virey, M.M.C. V, pi. XI, p. 47-48)

610 LES PKTITS

faisons besogne louable ! » *, Dans les scènes agricoles de l'ancien empire, les moissonneurs s'interpellent joyeusement :

« Qui a le cœur ferme et les mains solides ? »

crie un compagnon ou un contremaître -. Ils se mesurent des yeux el se défient :

« Qui est-ce qui dira en saison (c'est-à-dire ayant le premier fini son ouvrage}, ce qui » convient ? m — ou encore : « Qui est le gars qui dira en saison : « C'est moi qui vous » dis à toi et aux camarades, tous tant qu'ils sont, que et; sont des l'eramclettes ? »

Le scribe ne reconnaît de cœur qu'aux scribes : mais le moissonneur s'écrie :

« Celui qui se conduit en gars bouillant de cœur, c'est moi. •5 »

C'est de la saine émulation entre gens qui ne rougissent pas de leur ouvrage. Les scribes se font enterrer avec leur palette, leur encrier et leurs pinceaux^*. Les artisans ne sont pas en reste : ils emportent dans la tombe leurs outils et instruments professionnels ; boyaux, marteaux et ciseaux ne quittent pas leur momie pour léternité^. Ils se garderaient bien de conserver ainsi précieusement des insignes infamants. Et pourquoi rougiraient-ils donc de leur travail et de leur condition ? Est-ce que leurs maîtres ne se glorifient pas des peintures d'hypogées où ces artisans sont représentés, parfois avec leurs noms, en train de vaquer à tous leurs métiers manuels ? Est-ce que le roi ne daigne pas, à l'occasion, s'intéresser à leur ouvrage ? Ne conserve-t-on pas, par exemple, à Memphis une stèle qui rappelle à tout jamais les visites quotidiennes faites, pendant un an de suite, aux ateliers où tailleurs de pierre et sculpteurs dégrossissaient un beau bloc pour en tirer une statue royale? stèle qui relate aussi les éloges officiels et le discours où le roi exprimait sa satisfaction, ses compliments aux ar-

1 « Màk ar-na hos « : Tombeau de Rekhmarà (Ibidem).

2 Tombeau de Nofiriritnif (Mariette, Mastabas, p. 325; Maspero, Et. Ég., 11,84).

3 Tombeau de Ti (Biuigsch, ^g. Grœberwelt, pi. v, n»* 165, 166, 168 ; Dûmichen, Résultats I, pi, 18. — Maspeko, Et. Éf]., II, 82-83 ; //. Or., I, 342).

i Erwerbungen der K. Museea (M. Z., 1890, 60-61).

'■> Trouvaille de Passalacqua à Gournah {Catalogue raisonné, p. 197-203).

ÉLOGES, AiMOL'R, SOI.XS 611

listes, ses récompenses et ses remerciements à tous les travailleurs :

» Sa Majesté récompensa ce chef de travaux par beaucoup d'argent et d'or, et les » ouvriers vaillants, qui y avaient travaillé, par des éloges de par le roi. Car Sa Majesté » les inspectait chaque jour : aussi travaillaient-ils pour Sa Majesté d'un cœur plein

» d'amour pour Ramsès II Le roi dit lui-môme : <i 0 ouvriers d'élite, vaillants,

» connaissant bien vos mains !.... braves et habiles de vos bras à fabriquer des » monuments!.... 0 bons combattants, qui ne chômez jamais, surveillants des travaux » (jui tous, selon votre rang, exécutez de manière parfaite ce qu'on a dit, et vous » conformez aux plans, quand vous marchez avec vos blocs dans la montagne divine.

» On a écouté ce que vous dites et on a pris soin de vos intérêts Car vous travaillez

» pour moi d'un cœur plein d'amour Je connais tous vos ouvrages excellents : qui y

» travaille, qu'il se réjouisse! Tout cela a été fait pour que vous prospériez et que

» vous soyez d'un seul cœur à travailler pour moi. i »

Ainsi le roi ne fait point fi de Tamour de ses plus humbles sujets. Même il rend amour pour amour. Petits ou grands, il aime qui l'aime-. S'il est le père et le nourricier de tout son peuple, les petits surtout profitent de ses soins. Ramsès II choie ses sculpteurs ; Séti I" promet à ses travailleurs des mines d'or de les garder « avec une bienveillance affectueuse », de les traiter « comme » les enfants de sa maison, comme les compagnons de son » temple » ^. A leur imitation, un grand-prêtre contemporain se rend témoignage d'avoir été « un bon père pour ses serfs, faisant » prospérer leurs générations » *. Ces termes étaient-ils alors une nouveauté? J'en doute. Ce qu'il y a de sûr, c'est que des préoccupations de même ordre hantaient les esprits bien des siècles plus tôt. Sous la XI® dynastie, un chef de travaux aux carrières se réjouissait d'avoir ramené tous ses hommes sans avoir perdu ni chef, ni soldat, ni carrier^.

La vie d'un ouvrier, ou môme d'un esclave*^, est une vie humaine digue de respect. On ne la sacrifie pas à un caprice, môme royal. Ain.si, lorsque le magicien Didi décapite, puis res-

1 stèle de l'an VIII (cf. supi'a, p. 589, n. 1).

2 et. supra, chap. vni, p. 323-325; ch. x; p. 406-408 et 413.

3 Inscr. du temple de Séti Ps à Radésiéh (L. D., III, 140 c ; Chabas, B. Eg., IX, 55). ■^ Boknikhonsou {supra, ch. xii, p. 478, n. 3).

6 « Les soldats sont redescendus (en Egypte) sans diminution; aucune usure d'homme, » aucune destruction de chel, aucune mort do noble, aucune perte de carrier. » Grafdte d'Haramaraàf sous Montouhotpou lll (L. D., II, 149 e). Cf. Araoni (supra, p. 451-452).

* Cf. DioDORE, I, 77 : « Celui qui avait tué volontairement soit un homme libre, soit un esclave, était puni de mort. »

suscite une oie et un taureau, le roi Khoufou eût voulu quil tentât Texpérience sur un prisonnier déjà condamné ; mais il se heurte à un refus : ce criminel est un homme, un noble bétail de Râ: le tuer serait péché ^

Le souci des petits engendre la reconnaissance. Comme les grands s'enorgueillissent d'être de « bons serviteurs » du roi ou des dieux, « faisant honneur à leur maître » et « aimés de lui », ainsi les subalternes vantent leurs services auprès des grands-. A leur tour, les petits servent avec amour de bons maîtres. A défaut de leurs propres déclarations, nous avons le témoignage formel de deux hommes vivant aux deux âges extrêmes de l'histoire d'Egypte. L'un, sous l'empire memphite, proclamait que « un » homme devient un dieu, quand il est chef d'une tribu » ou « maître de paysans, qui ont confiance en lui » \ L'autre, vivant sous les Saïtes, fait appel aux prières des hommes « aimés de » leurs esclaves » *. Dans l'intervalle, si les sculpteurs de Hamsès II travaillent pour lui avec amour, les vassaux de Téfabi vivaient si heureux, grâce à sa bonne police, qu'ils « versaient exactement la » redevance de leur domaine par amour » ".

D'ailleurs, la preuve la plus frappante de la dignité reconnue aux humbles, n'est-ce pas la part accordée aux serviteurs dans le culte funéraire ? On dira que les porteurs d'offrandes et de redevances des propriétés ne sont que des figurants. Oui, en général. Mais on ne peut taxer de figurants les serviteurs, chernsou ou autres, qui se mêlent à la famille pour offrir le repas funéraire*^, ou dont le nom figure parmi ceux des dédicateurs^ ou ceux qui,

1 Khoufou et les magiciens : Pap. Westcar (Maspero, Contes, p. 73; 3« éd. p. 34),

- Tel e,st le primat du kiosque (khorp sihi) Khnoumhotpou « faisant le plaisir de » son maître » [ar hosst neb-f : cf. supra, p. 420-421), le noutir sahou Déda (Hypogée de Contra-Syène : De Morgan, Catalog. Mon. I, 199, 200; Sethe, Urk., I, 141).

3 An oua sa skheperou nouter, aou neb ouhitou nehes chems-f: Ptah-hotpou, | 9. (Pap. Prisse, vu, 6-7).

♦ Mert-ten honou-ten : Zabanebdidounamou (supra, p. 478, n. 2).

5 Inscr. de Téfabi, 1. 11-12 (Mariette, M. D., pi. 69 ; Grifkith, Siut, pi. 11; Maspero, Rev. Crit., 1889, II, 417; H. Or., I, 339).

6 Par exemple, le chernsou Siapmatennou, sur la stèle d'Abou : Abydos, Turin n» 107 {R. Tr., III, 117); ou le chernsou Ani sur celle d'Ankhousa : Turin n» 93 [R. Tr., III, 120).

7 Par exemple, sur des stèles de Marseille : Abydos, xui» d. {R. Tr., XIII, 117) n» 27 : st. de Ransonbi, 2 chernsou, 4 arnou et une amit; n» 28 : st. de Sobekhotpou, un tenancier, un chernsou, un jardinier et 3 nourrices.

PART AU CULTE. LIMITE DU THAVAiL Ivl3

à l'instar du « fils aimant », chef du culte, portent le titre de « serviteur aimant' ». Inversement ces serviteurs participent aussi comme bénéficiaires aux liturgies fondées pour le chef de familles-. Enfin, un chapitre rare mais ancien du Livre des Morts souhaite la réunion de la famille dans les enfers : avec les parents et aïeux, les enfants et les collatéraux, les amis et alliés on veut revoir ses serfs et ses serviteurs ^

Nul ne dispose des ouvriers selon son pur arbitraire. Sans doute, ils sont soumis à des propriétaires ruraux, à des chefs do corvée, à des contremaîtres, à des directeurs plus ou moins hauts gradés. Mais nul n'a le droit d'abuser de leurs forces ; nul n'a le droit de dépasser les limites de la tâche réglementaire^; sauf le service du roi et hormis les corvées légales, nul n'a le droit de les soumettee à un travail étranger à leur métier ^ On ne connaissait point, il est vrai, de loi du repos hebdomadaire ou décadaire : aucun jour du mois ne paraît chômé pour cette raison dans les notes de présences de surveillants ^ alors qu'au compte de certains ouvriers ils ne marquent aucune absence. Cependant des chômages sont constatés pour diverses raisons de santé, de famille, d'affaires particulières, voire môme de bon plaisir". Enfin il semble qu'on célébrait extraordinairement certains jours de fêtes par un chômage officiel .

On a donc des devoirs envers les artisans et non sans sanction.

1 Cf. : si rner-f et chemsou-f mer-f. Par exemple, Khnoum, fils de Sitanlef, après la famille d'Amoni : Stèle de Turin, n» 10, Abydos, xiP d. (R. Tr., III, 123).

2 Sous les noms de helchere, ari, bok, ils sont compris avec la famille dans les contrats des choachytes : Pap. démet, du Louvre^ n" 3268 (Revillout, R. Eg., II, pi. 36 et 40 n.)

3 Sous les noms de miratiou, bokou et ar-khetou : sarcophages de Sépa et Nofra, Bercbéh, XII" d. {Catal. génér., n"^ 28 083 et 28 087;Lacau, R. Tr., XXIII, 1904, p. 67-73; J. Baillet, Journ. Asiat., 1904, p. 327-329).

* Cf. supra, p. 495, n. 1 et 3.

5 En ce sens restreint me semble devoir s'interpréter l'assertion de Diodore (I, 77) que nul n'a le droit d'exercer deux métiers.

•^ Ostracon du British Muséum (Birch, Insc. hierat., pi. 20-21 : Erman, ^Eg., 181).

7 Cf. 2 ostraca, collection Gaillaud, à la Bibl. N'» (Jomard. Voyage à l'oasis, II" p., pi. 25, n<'4.; Chad.^s, jE. Z., 1867. 37-40 =:= ZJ. Eg., XI, 341-348; Devéhia, B. Eg., V, 237-261); — ostraca du Louvre, n» 694, 3 (Devkria, ibicL, 262-263); n» 7873 (Revillout, R. Eg.,\I, 129).

s Dans Tostracon de Florence 2019 v", il pourrait être question d'un congé (herour : les précédents appellent le chômage ousef), accordé par le roi et le comte (Erman, jE. Z., 1880, 97).

S'ils se croient lésés, ils peuvent réclamer contre de mauvais maîtres ; et même les quitter. Si leurs supérieurs immédiats ne les écoutent pas, ou si c'est d'eux précisément qu'ont à se plaindre ces ouvriers, ils remonteront la hiérarchie et s'adresseront aux supérieurs de leurs supérieurs, ou bien aux tribunaux, où l'on recevra soit leurs plaintes, soit leur témoignage.

La justice accueille les plus humbles travailleurs et même les esclaves : il y a pour eux des tribunaux et des juges. Même dans des affaires qui ne les intéresseraient pas directement, on les écouterait, on tiendrait compte de leur déposition. La dénonciation d"un esclave suffit pour faire ouvrir une enquête et intervenir un jugement. Mariette regardait la stèle du maître ouvrier Nofrihotpou à Abydos comme la copie d'un certificat d'innocence laissé entre ses mains après une telle dénonciation suivie d'acquittement'. La déposition d'un esclave autorisait même le magistrat, avant tout interrogatoire ou confrontation, à soumettre l'accusé à la torture. L'esclave Dégasi fait ainsi envelopper un innocent dans une affaire de pillage aux tombes des pharaons et n'avoue sa calomnie qu'après que l'accusé a subi la bastonnade -.

A plus forte raison, s'ils requièrent pour leur propre compte, les humbles seront écoutés. Les grands ne déclarent-ils pas qu'ils prêtent l'oreille aux petits et aux misérables, les protègent et les vengent ' Ils ne nomment pas spécialement les esclaves, pas plus du reste que les paysans, les ouvriers ou aucun genre de travailleurs; mais, de fait, nous voyons secourus en justice les uns et les autres.

La peur salutaire de justes réclamations limite l'arbitraire des chefs subalternes. Un scribe, distributeur de provisions à des moissonneurs, rend compte de sa mission : il se loue, mais il craint d'avoir été devancé par des plaintes : « Est-ce que Tun d'eux a fait » un rapport à mon maître à propos des pains ou de T huile » ' ? Cette crainte n'est pas imaginaire ; il y a des précédents ; nous-

' Mariette, Catal. d' Abydos, 1880, p. 589.

2 Pap. Mayor A (Spiegelbeiu;, Translation, p. 10; Capaut, Esquisse, j). iiO).

^ l'ENTAouii, Lettre à Amonetnanit : Pap. Sallier I, v, 1. 3-4 (Gihkysse, R. Eff.,Vl, 20-27).

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