‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 140 sur 182 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ i. La Faveur royale. — § 2. Faveurs et récompenses. — § 3. La Défaveur du roi.

Les sentiments que les sujets éprouvent et manife.stent à l'égard du roi, les services qu'ils lui rendent, ne procèdent pas d'un principe désintéressé.

Le sujet qui révère et aime le roi comme un dieu, comme un maître et comme un père, désire attirer son attention et sa bienveillance, être connu, distingué, loué et aimé de lui, pour devenir finalement l'objet de ses faveurs. Le roi distribue à bon escient louanges et récompenses : comme son père Rà, « il connaît qui le » connaît, il loue qui le sert, il protège qui le suit » ' : il veut qu'avant de les recevoir on les mérite, qu'après les avoir reçues on continue à s'en rendre digne. Toutes ses faveurs excitent les désirs et entretiennent Témulation. Pour beaucoup de sujets elles sont à la fois le mobile et la sanction de leurs actes. Sans doute, il existe d'autres sanctions divines et humaines ; mais de toutes les sanctions humaines la colère ou la satisfaction du roi se font le plus efficacement sentir. Des sanctions divines elles sont l'image visible, sinon le prototype, comme la justice du roi est le prototype ou limage de la justice divine.

1 Inscr. du collier. Tombeau de Nofirhotpou (Dumichen, H. /., II, oO e; M. M. C, V, p. 498 et pi. V).

I l*^ — La faveur royale.

Se faire remarquer du roi est le préliminaire obligé de toutes ses faveurs ; c'est par là qu'on entre dans la carrière des honneurs et qu'on y monte aux degrés suprêmes. 11 faut non seulement « mériter la première place par ses perfections », mais « faire sortir de pair son nom en accomplissant son devoir » ''. Le candidat aux faveurs a besoin que le roi « sache qu"il a fait de » belles actions » -, autrement dit, quil « le connaisse pour son » mérite » ^. Alors il pourra obtenir les bonnes grâces du souverain et dira : « Sa Majesté me loua, elle m'aima, car elle connut mes » perfections dans son palais^. » Mais il ne réussira que si le roi distingue sa personne, apprend son nom, et se fait renseigner sur ses titres et qualités.

Être connu du roi constitue un honneur pour le moindre de ses serviteurs; c'est un titre de gloire pour les plus élevés de ses sujets. « Lui, il me connaît, ainsi que tous ses suivants », dit du roi Sahourî le médecin Sokhmitniànkh ^. La qualification de « connu du roi » ou « connue du roi » est très fréquente dans les monuments de l'ancien empire. Les plus hauts personnages la prennent, des petits-fils de rois s'en décorent, si bien qu'on y a vu d'abord l'expression même d'un lien de parenté entre le roi et ses « cousins ». De fait, des personnages étrangers au sang royal la reçoivent, comme Amden (Meten), fds d'un très humble sujet ^. Mais il est naturel qu'elle revienne en premier lieu aux membres de la famille du roi ; de là elle passe aux fonctionnaires que leur

^ Skhent n inonkhou-f ast-f, pir raa her art ?ndou : Anioiinizéh (R. Tr., VIII, 36; M. M. C, V, 342, 1. y). Saf-sou her arout khouou : Amoneinhabi (M. M. C, V, 234; PiEHL, yE. Z., 1883, 135).

2 Rekh-n-f ar-f khet khouou : Tonna (Pieiil, /. //., pi. 109, p. 87).

^ Rekh n sou adi her bat-f : Ainoiibescf (Louvre G 65 : Devéhia, B. Ey., IV, 315; V, 65), — Cf. : « II ('onnaît mes qualités en son cœur : aoufrekh nofriou-i her ab-f y> Stèle de Paour, 1. 10 : Dumiciien, //. /., II, 41).

* Stèle biogr. d'Anna, 1.17-18 (Bouiuant, R. Tr., XII, 107; BoirssAc, M. M. C, XVIII; Sethe, Urkunden, IV, 60).

û Sek sou rekh hend chesou rzerf (Mariette, Mastabas, 204).

6 Stèle d' Amden (L. D., II, 3).

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