‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 145 sur 182 · ENTRÉES ET PRIVILÈGES A LA COUR · texte numérisé non relu

ENTRÉES ET PRIVILÈGES A LA COUR

Egyptien, il ne suffisait point à stimuler tous les dévouements. Plus d'un sujet des pharaons devait le considérer moins comme une fin, que comme un signe précurseur et un gage de récompenses plus solides. La satisfaction du roi se manifestait aussi en effet par des privilèges divers et des avantages tout matériels.

Presque purement honorifiques encore étaient certaines exceptions aux règles minutieuses de l'étiquette, accordées à titre de faveur' . On admet pas le premier venu dans l'entourage royal ^ . Approcher du roi est une marque de confiance, d'autant plus appréciée, enviée et briguée, qu'un poste à la cour permet de mieux mettre en lumière ses services et d'aspirer à de nouvelles récompenses. Sabou-Abeba sous Téti se dit « comblé de » faveurs par Sa Majesté ; car Sa Majesté lui accorda d'entrer » dans l'intérieur » \ Nibouaïou, premier prophète d'Osiris sous Thotmès 111, « jouit des faveurs du roi ; il est appelé dans la » Salle d'or, il se place au milieu des chefs... dans la de- » meure sacrée » ^ . Y « entrer le premier et en sortir le dernier », comme Haroua ■\ est une distinction enviée. Mais que dire du privilège d « entrer selon son bon plaisir et sortir selon sa fan- » taisie » ^ , ou celui de « pénétrer partout chez le roi ? >-> "' Plus fréquemment on peut pénétrer dans le palais, plus on voit le roi

1 Cf. infra, ch. x, 1 1.

2 Cf. iiifra, ch ix, | 3.

3 inscr. de Sabou-Abeba (De Rougé, Six dynasties, p. 112). — Cf. « Le baron... son « intime [am hrou, celui avec qui on passe le jour)... entrant chez Sa Majesté dans ses » appartements. » Statue de Mérah, Ep. Ptol. {R. Tr., XV, 15Ô).

* Stèle de Nibouaïou (Mauiette, Abydos, II, u3 a; Bikcii, ^■E. Z., 1876, .^i. — Cf. Devéria, Bibl. E(j. IV, 313). Cf. Hataaï [M. Z., 1877, 118). — Amonhotpou-Houi « prospère en ses » allées et venues pour entendre les paroles de la demeure secrète » et « approche les » membres divins du roi vivant d'où sortent des effluves de protection » (Statue : Mariette, Karnak, pi. 36, 1. Set 16).

s Stat. d'Haroua, Louvre A 84 (De Rougé, Notice, p. 42; Piehl, J. Asiat., 1881, p. 168;.

6 Aq kher nofer, pir kher hos, ou la variante : ddq kher hdt, pir kher peh « entrer (est loisible) (m avant et sortir en arrière » Statue de Pétamon, baron et sdhoii (Louvre A 92 : PiERRET, I, 27-28), — Cf. Stèle d'Antouf (Louvre G 26 : Piehl, /. Asiat., 1881, 168, n. 1; cf. De Roi'Gé, p. 86 : « Quand il entre, il est acclamé; quand il sort, il est loué »);

— Aq hosou pir merou : Inscr. de Ouah, Tomb. à Thèbes (Mond, Ann. Serv., 1905, 75); — Aq m aofer pir m hotep. Statue de Poubasa, xxv^ d. (Legrain, Ann. 1907, 266-267).

— De même le défunt à la cour d'Osiris : « Qu'il entre avec ardeur et sorte heureuse- » ment; qu'il ne soit pas repoussé ni écarté; qu'il entre à son plaisir et sorte à son gré. » [L. d. M., I, 14-15); ce sont mêmes expressions.

7 lu isahi) m ast-f neb : Ouahabrî-nofri (Mariette, M. D., pi. 3i a^ , p. 9): Samtafnekht (Ibid, 34g3 ).

librement, plus aussi on peut se croire avancé dans ses bonnes grâces. Aussi un flabellifère, général et ingénieur, remercie-t-il le roi de la permission daller et de venir « dans le palais royal, d'y » entrer et d'en sortir sous les faveurs du dieu bon, en la con- » dition d'un féal bienheureux » ' . D'ordinaire on n'entre en la présence du roi qu'à pas comptés - . Ahanakhti au contraire est un

« ami unique, qui entre à grands pas qui trouve un accès

« rapide dans la salle secrète », et y « voit la danse en ses « or- » donnances diverses » ^ D'habitude on est astreint à une série de cérémonies et de marques de respect. On se déchausse. Mais Ouni, le ministre de Pépi, garde ses sandales dans le palais et môme en présence du roi '' . Ptah-chopsès goûta d'une autre faveur : « Sa Majesté lui accorda de toucher ses genoux et le dis- » pensa de se prosterner jusqu'à terre » ^ . Quoique prince du sang, apparenté à la fanulle royale, il y était donc tenu, sans cette honorable dérogation. Hors du palais, il ne quitte pas le roi, l'accompagne dans ses déplacements, et avec lui « entre dans « la barque dans toutes les panégyries » ^ . Un privilège analogue gonfle de fierté Amounizéh, « l'Ami qui touche les membres » du dieu » " . Quand à Amonbésef, il se dit « l'élu de la fa- » veur royale», car tant par ses titres d ami (smer) et de courtisan (choni) que par ses fonctions de grand chambellan {moiiramkhent). ptérophore, archiviste, il « habite une résidence au » palais royal », il « est auprès de son maître », il « conduit à lui » et « s'approche de lui chaque jour », il «s'attache à tous ses » pas » **. Si Thotinofri, en se vantant d'être « uni au dieu », veut signifier toute l'étendue de sa fidélité et de sa vertu ^ , d'autres

1 Tombeau anonyme de d'Hagi-Quandil {R. Tr. XV, 41; XIX, 133).

* « Je n'ai pas pressé mes pas lorsque j'ai suivi l'escalier auguste » Stèle de Nakhtkhem (Louvre G 55 ; Pierret, Rec. II, 90; Viehl, /. H., pi, 91, p. 12).

s Tomb. d'Abanakhti à Berchrh, mur nord (R. Tr. XIII, 188, n. 1, et 189). Amonbésef « ordonne les l'êtes » {infra, n. 8).

* Stèle d'Ouni (Dk Rougé, Six dynasties, p. 128).

(> Tomb. de l'tahchopsùs (Mariette, Mast., p. 451 a et b; De Rougé, Sixdyn., 68). 6 Ibid. Cf. Statue de Zod-khonsou-auf-ùnkh {R. Tr. XVI, 58-59) : « Je ne me suis pas séparé de Sa Majesté dans son palais ; je ne m'écarte pas de mon père en sa barque. » ' Smer teken nouter hà {M.M.C., V, 355).

8 Stèle d'Amonbésef (Louvre G 63 : Devéui.v, B. Eg., V., 63-65; Piekret, Rec, II, 44).

9 Stèle de Thotinofri. Turin, n» 153, xviu" d. (R. Tr., IV, 128).

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