‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 6 sur 182 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

la réalité, ce que l'on crut faire ou ce qu'on voulut faire, surtout ce qu'on voulut que les peuples crussent qu'on eût fait. Faut-il les rejeter comme peu véridiqucs? Au contraire je les estime d'autant plus instructifs que les intentions s'y superposent davantage aux faits ; et je les regarde presque comme plus utiles à l'histoire des idées que la notion exacte mais sèche des faits. De même quant aux épitaphes des particuliers. Leurs louanges nous trompent-elles ? Non, certes ! Mais les tenons-nous pour superflues ? Non point : elles nous renseignent sur l'àme égyptienne. La lumière de gloire y surabonde, tandis que la vie souvent a besoin d'ombre. Mais les ombres au tableau doivent faire ressortir le sujet, non pas, indiscrètes, tout couvrir. Un peu d'optimisme et de sympathie messiérait-il donc tant, en parlant des ancêtres de notre civilisation ? Allons plus loin. Si nous sommes si fiers de nous-mêmes, de nos pensers et de nos vertus, les imaginons-nous épanouis comme des fleurs sans germes sur les crimes et les vices du passé, sans que jamais ni remords ni aspirations vertueuses, ni même illusions de braves gens trop tôt satisfaits de soi, aient frayé la voie aux progrès de l'avenir? En dédaignant ces germes d'avenir, on faillirait à la méthode scientifique aussi bien qu'en prenant l'Egypte pour le Paradis terrestre. Cependant pourquoi envisager l'histoire de la morale égyptienne sous cet angle étroit et bizarre de ses rapports avec le gouvernement? Serait-ce que la cité, présentant, comme le voulait Aristote, les mêmes aspects que Tâme humaine, morale, politique et sociologie puissent sans inconvénient échanger leurs objets ? Quelque aisée qu'on trouve cette méthode d'exposition, l'analogie cesse assez vite et donnerait des résultats fort peu sûrs si l'on n'étayait le raisonnement sur des observations directes. Serait-ce qu'à force d'entendre répéter que la question sociale est d'abord une question morale, on en vienne à tout confondre et à soutenir inversement que la question morale n'est qu'une question sociale? En vérité, on peut voir en Egypte les deux problèmes se pénétrer ; mais aucune expérience ne permet d'abolir toute distinction. Il y a toutefois intérêt à savoir si l'on constate identité parfaite ou

PLAN DE l'ouvrage VII

au moins similitudo constante entre les principes de la morale individuelle et privée et ceux de la morale sociale. Si les uns et les autres se retrouvent également au fond de la nalure humaine, ceux-ci n'ont-ils pas été formulés du moins avant ceux-là ? Mais cette similitude et cette antériorité proviennent-elles simplement d'un jeu du hasard ? ou bien s'expliquent-elles par un lien de causalité, comme entre des principes généraux et une application particuHère ? Ces questions appellent une réponse ou au moins une discussion.

Quel plan suivrons-nous ?

Le pharaon est le cœur de l'être collectif de l'Egypte. Si l'on rejette toute métaphore empruntée au monde organique et si l'on refuse toute réalité au corps social, disons du moins que le pharaon est le centre de toute vie sociale, économique, religieuse et morale. C'est donc par lui que doit commencer notre étude.

Or on ne saurait comprendre le rôle du pharaon, si l'on n'examine d'abord la nature qui lui était attribuée. Dès la plus haute antiquité, le pharaon apparaît comme un dieu. Quelles que soient nos idées et nos hypothèses sur les origines de la religion et des cultes égyptiens, nous constatons à travers tous les âges cette assimilation du roi aux dieux. Que la croyance aux dieux soit sortie du culte des morts, de l'animisme naturaliste, de réflexions sur la fécondité de la terre, du spectacle des phénomènes célestes ou de toute autre cause, il est certain que le spectacle de la royauté a influé sur le développement des idées religieuses. C'est à son image que l'on a conçu les dieux comme des seigneurs et des souverains, maîtres d'un autre monde qu'ils gouvernent, y assignant des terres à leurs féaux, exigeant des redevances, jugeant à leurs tribunaux, finalement châtiant les crimes et récompensant le dévouement et les vertus. A leur tour, les conceptions religieuses ont réagi sur les conceptions pohtiques et sociales. Notre objet n'était pas de débrouiller le chaos des idées reHgieuses, où

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