‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 3)Chapitre 82 sur 182 · LE BUTIN · texte numérisé non relu

LE BUTIN

ramassait soigneusement les armes des ennemis ^ et les objets divers qu'ils avaient laissés - ; on amenait devant le roi les prisonniers, les chevaux et les troupeaux trouvés dans la campagne ; on entassait à ses pieds les trophées sanglants, les armes offensives et défensives ^ les métaux précieux ouvragés ou en anneaux ', les coupes, cruches en métal ou en terre peinte, les coffrets, les vêtements, les grains', vins et autres denrées, etc.. Aux prises de guerre venaient se joindre les tributs '^ des princes voisins qui voulaient prévenir la défaite. Les Annales de Thotmès, comme la stèle de la princesse de Bakhtan montrent « les princes de toute » la terre courbés sous le poids des offrandes qu'ils apportaient » aux âmes de Sa Majesté, or, argent, lapis-lazuli, turquoises, tous » les bois odorants de l'Arabie sur leur échine, et marchant en » fde l'un derrière l'autre », et jusqu'au détail de « la fille aînée » du prince en tète du cortège pour saluer Sa Majesté et lui de- » mander la vie » ^ Les Thotmès et les Ramsès s'étendent avec complaisance sur

» 92i. Fer, belles chemises de bataille du roi et du prince 2 ; fer, chemises de bataille de ses » vils soldats 200; arcs 502; cyprès, piquets ornés d'or de la tente de ce vaincu 6. De plus » les soldats de S. M. prirent : [bœufs et vaches x +] 297, chèvres 2.000, moutons 20,500» (/bid., 1. 96-98 : Sethe, 663-664; Maspeug, R. Tr., III, 447).

1 « Leurs armes sont enlevées ». Le roi « les dépouille de leurs armes » (Ramsès III, an V : Champollion, Mon., pi. 223-224 ; Birch, Patère, p. 37 et 32).

2 « Son camp était incendié et réduit en cendres ; tous ses biens servaient de butin aux soldats. » Chant triomphal de Ménépfah, St. d'Israël, 1. 7-8 (Spiegelberg, jE. Z., 1896, XXXIV, 3 et 12 ; Pétrie, Six temples, pi. 13-14, p. 26).

3 Butin de Ménéptah sur les peuples de la mer : « couteaux de bronze des Machaou-

» acha 9.111, [flèches] 120.214, chevaux..., bœuls 1,308, chèvres etc , coupes d'ar-

» gent etc , coutelas 103, cuirasses et dagues de bronze , vases divers 3.174. »

(Chabas, Et., p. 200). — Butin de Ramsès III sur les Machaouacha de Machachar : « cou- » telas de 5 coudées 213, coutelas de 3 coudées 124, arcs 603, chars 93, carquois 2,310, » dards 92, chevaux et ânes 183, taureaux 139 et d'autre bétail. » (Dûmichen, H. /., pi. 27; Chabas, Et., p. 244; Daressy, M.-H., p. 78).

* Des palais du roi de Mageddo, dans les villes de Janoua, Onogas et Horongor, on apporta entre autres choses : « Or et argent en anneaux 966 debnou ; statue la tête d'or, » le socle en émail 1 ; petits autels en ivoire, ébène et bois de cèdre, ornés d'or 6 ; ivoire et bois de cèdre orné d'or de toute espèce de pierres précieuses 1 ; statue de ce vaincu

en ivoire orné d'or, 1; etc » {Annales, 1. 98-102 : Sethe, 664-667 ; Maspero, B. Tr., III,

5 « On répartit le sol cultivé en pièces que les ingénieurs de la Maison Royale éva-

» luèrent pour en enlever la moisson S. M. emporta, des pièces de terre de Maggedo,

» froment 208.400 boisseaux, plus ce que les soldats de S. M. coupèrent en maraudant. » {Annales, 1. 102-103 : Sethe, 667 ; M.vspero, B. Tr. III, 149.)

* Voir tombeaux à Thèbes de Houi (L. D., III, 117-118), de Rekhmara, d'Amounizeh {M.M.C., Y).

7 Cf. Stèle de Paris (Maspero, Contes, p. 216) et Aîinales de Thotmès III, I. 103-110 (R. Tr., lîl, 149, 150) tributs du chef d'Assour et des chefs de Rotennou.

ces résultats pratiques de leurs succès. Si dans le récit de leurs exploits il y a souvent du verbiage et des développements poétiques, de telles énumérations dans leur sèche précision ne semblent pas moins prolixes. En principe, la totalité du butin revenait au roi, mais il ne renfermait pas tout dans ses palais et ses magasins; pour stimuler le zèle de ses compagnons d'armes, il partageait avec eux. Les poètes même ont noté cet aspect réaliste de la gloire militaire. Pentaour dit du prince des Khétas qu'il « n'avait laissé ni or, ni argent dans le pays, qu'il l'avait dé- » pouillé de tous ses biens pour les donner aux peuples qui l'ac- » compagnaient à la guerre » et que le poète compare à une nuée de sauterelles ^ Les pharaons n'agissaient pas autrement et ne demeuraient pas en reste de générosité. Un contemporain de Sénouserit III le chante ainsi : « Il est venu, il a prodigué des » biens à ses féaux, de ce que son sabre nous a rapporté. » A plus forte raison, de simples aventuriers attachent une importance capitale au partage du butin. Ahmès le marin raconte qu'après les sièges d'Avaris et de Charouana le roi lui fit cadeau des prisonniers hommes et femmes dont il s'était emparée Amonemhabi reçut pareilles libéralités de Thotmès Ilï dans ses campagnes d'Asie*: le roi garda la plupart des prisonniers, les ânes, les bassins d'or ou de fer ; mais il donna Tor des récompenses, le lion d'or, des bracelets, des colliers, des anneaux d'or et d'argent, des casques, un esclave « et toutes sortes de bonnes » choses ».

La cupidité animait les combattants. Mais la même cause produit des effets contraires. L'intérêt fraya les voies à l'humanité. Ce fut lui qui substitua l'esclavage à la tuerie ; rois et particuliers, s'approvisionnant à la guerre d'utiles esclaves, épargnaient les vaincus pour s'en servir. Ce fut Tintérôt aussi qui substitua la rançon à regorgement des chefs, et le tribut au massacre ou à l'asservissement des populations. La rançon apparaît pour lapre-

1 Poème de Pentaour, 1. 45-16 (de Rougé, R. Tr., I, 44).

2 Eloge de Sénouserit III: Pap. Pétrie, I (Maspeuo, B. Eg., VIII, 400).

** L. D., II, 12 u; Sethe, Urk., IV, K; de Rougé, Mém. sur Vinsc. d' Ahmès, p. 171. * Inscr., 1. 10, 12, 15, 21, 32 (Chab.as, Mél., IV, 284 sq.).

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