LE ROI JUSTICIER
des eaux’. Les Arréls d’Harmhabi nous montrent que le roi tenait la main à ce que la perception des impôts ne fût pas de la part des collecteurs le prétexte d'exactions, de pillages, de violences ou de malversations *. Justement réparti, l'impôt devait être justement perçu.
$ 2. — Le justicier : impartialité, cour du roi, recours au roi et requêtes, rôle du roi, tribunaux et procédures, pénalités.
La justice royale * doit tout spécialement réprimer les infractions aux lois et régler les procès qui naissent entre particuliers des conflits de leurs droits ou de leurs prétentions. C’est une des prérogatives par lesquelles s'affirme le plus anciennement la dignité royale. En passant dans l’autre monde, selon le Zivre des Pyramides, le roi s'en empare aussitôt :
« Tu t’établis dans tes domaines d'Horus, tu parcours tes domaines de Sit, tu l'assieds » sur le trône de fer et tu leur rends la justice #. »
Aux derniers siècles de l’histoire nationale de l'Egypte, Polybe rend encore ce témoignage à ses rois, que les audiences où ils rendaient la justice absorbaient la plus grande part de leur temps”.
1 Clément d'Alexandrie, voulant montrer le caractère encyclopédique des livres sacerdotaux, dit précisément que « le prophète chez les Égyptiens surveille même la distri- » bution des impôts » (Stromales, ch. 1v, $ 35). Cela ne signifie point, au reste, que la classe sacerdotale fût exempte d'impôts.
2 Stèle de Karnak (Bourranr, 2. Tr, VI, 41-51; Mürrer, Æ. Z,, 1888, 70-94).
3 Sur la justice en Egypte, cf. : Devérra, Le Pap. judiciaire de Turin (J. As., 1868); Cnasas, Une spoliation des hypogées de Thèbes (Pap. Abbot : 1870, Mél., III, 1-72; Pap. Amhurst, 1873, Mél., 1V, 1-26); Plaintes contre un malfaileur (Pap. Salt, etc. : Mél. III, 173-217); Masrero, Une enquêle judiciaire (Mém. Acad. des Inscr., 1874. Cf. A. O., I, 336-338; Il, 346-347, 479-480, 538-539, 562; Journ. des Saw., sept. 1900); Ermax, Ægypt. Gerichtsverfahren (Æ. Z., 1879, 71-83, 148-154) et Ægypten, 106, 130-133, 189-215); Revizcour, Le fribunal égyptien de Thèbes (R. Eg., WI); L'interrogatoire des témoins et la question des accusés dans les procès criminels éq. (R. Eg., 1897); Actions publiques et privées, 1897; Brucscu, Ægyptologie (p. 301-308); Srrpcezserc, Studien und Materialien zum Rechtswesen des Pharaonenreiches (1892) et Transl. of hierat. pap. Mayor A.-B.; Morer, L'appel au roi, 1892; J. Capanr, Æsquisse du droit pénal égyptien (1900); Newserry, Life of Rekhmard (1900); Lorer-Morer, L'inscr. de Mes (Æ. Z., 1901, 1-39). — Cf. infra, chap. x, $ 6; chap. xxx, 1. :
4 Pyr. Pépi I, 43-44 (2. Tr., NV, 164). — Cf. Pyr. Pépi If, 1. 4450-1151 (À. Tr., XIV, 132; supra, p. 4, n. 4, à corriger). — Ounas « siège sur le grand siège auprès du dieu » et « pèse la parole avec le dieu sans nom » (Pyr., L. 494 et 508 : 2. Tr., IV, 58 ct 60).
b PouyEe, V, 81; XV, 31.
L’arbitraire, le caprice et la fantaisie sont interdits au roi dans son rôle de justicier. Il doit toujours regarder versle même idéal: c’est encore la divinité et particulièrement la divinité solaire ; c'est « son père qui repousse le mal et fait justice des coupables » commettant une action mauvaise » ".
Thot, le dieu législateur, applique aussi les lois et juge les différends du monde surnaturel. Les légendes qui ne le mêlent pas à la lutte comme second, comme ministre ou général d’Horus, le font intervenir comme juge du camp: c’est lui qui décide entre les deux Æehous?. Or, «le roi rend la justice comme Thot deux » fois grand »*. « Sa langue est une balance, ses lèvres sont plus » justes que l’exacte languette de la balance de Thot » *.
Osiris, dans son domaine des Champs Aïlou juge ses sujets. Il assigne à chacun la place qui lui revient, les fonctions qui lui conviennent dans le labourage et la moisson, la part de subsislances à laquelle il à droit. Il récompense les bons serviteurs, ceux qui se sont conformés à ses goûts et à ses volontés, et qui ont respecté les lois et les traditions. De plus en plus exigeant au cours des siècles, pour admettre les hommes dans sa suite, ou pour leur accorder le privilège de sortir au jour ou de monter dans la barque solaire, il réclame une vie pure et des qualités morales. Dans la Grande salle de la Vérité (ou de la Justice), il préside au jugement de l’âme des défunts ; assisté de Shou, d'Horus, d’Anubis, de Thot et de quarante-deux assesseurs aux noms redoutables, il écoute les accusations, s’il s’en produit, et le plaidoyer du défunt ; 1l regarde peser dans la balance le cœur de l’homme qui doit faire équilibre à l’image de la loi, il sanctionne de son autorité la sentence rendue ÿ.
Aïnsi Osiris est-il le prototype du roi justicier, qui, comme lui, aime l'équité, réprime le crime, absout l'innocence, récompense
1 Virey, M.M.C., V, 284.
2 Plus tard ce rôle fut attribué à Gabou (Goopwin, ap. Cnaras, Mél., LIL, p. 283 : Inscr. de Chabaka) et à Amon-Rà « qui juge les adversaires dans la grande salle « (ap rehoui : Pap. Boulaq, pl. vu, 1. 4 : GRépaur, Fymne à Amon-Ra, p. 21).
8 Décret de Memphis, $ 15.
4 Stèle de Kouban.
5 Livre des Pyramides, passim, et Livre des Morts, surtout ch. cxxv.