‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 155 sur 433 · PLAINTES, ARRESTATIONS · texte numérisé non relu

PLAINTES, ARRESTATIONS

une plainte mal fondée, il s’exposait lui-même à des poursuites et à un recours conventionnel : le calomnié faisait retomber l’accusation sur le calomniateur !.

Le magistrat saisi pouvait ordonner immédiatement l'arrestation el lincarcération des accusés”. En tout cas. il faisait un rapport écrit”, et le communiquait à son supérieur hiérarchique. Celui-ci le transmettait au vizir (zat) qui le faisait parvenir au roi. Dans certaines circonstances toutefois, il était permis de sauter quelque degré de la hiérarchie. Mais, ce faisant, on encourait la colère et les vengeances des fonctionnaires laissés de côté, et le commandant de l'occident va jusqu’à prononcer le mot de crime, à propos de la conduite des deux scribes qui ont déposé devant son collègue de la ville *.

Les rapports étant montés jusqu’à lui, le roi nomme des juges. Le tribunal, à son tour, s’il le croit bon, délègue une partie de ses pouvoirs à quelques-uns de ses membres, par exemple pour une enquête. Ceux-ci de leur côté pourront s’adjoindre qui ils jugeront utiles, représentants de la force publique ou experts. C’est le cas dans l’affaire de la nécropole”. Même le tribunal semble avoir eu le droit de se scinder en deux ou plusieurs commissions, au moins pour l'interrogatoire, sinon pour le prononcé de l'arrêt. Les conspirateurs du papyrus de Turin comparaissent en effet les uns devant six des juges, les autres devant quatre autres juges et un cinquième personnage non nommé au discours d'installation ‘.

Pour éclairer leur religion les juges nommés prennent connaissance des dépositions, ainsi que des rapports annexés, et ordonnent toutes les mesures nécessaires. Aucun moyen de découvrir la

1 Sarcophage d'Ounnofris. Cf. infra, p. 319-320.

2 « Voleurs..... amenés en présence du 4er prophète d'Amon..…, pour les faire mettre » parmi les gens gardés dans la geôle (chadäro) du temple d’Amon. » Pap. Amhurst, 1v, 2-3 (CHapas, Mél., IV, 22; ReviccouT, Actions, p. 80).

3 Cf. infra, p. 306, n. 1.

4 Cf. supra, p. 289, note, et 293.

5 Pap. Abbott, p. var. C£. supra, p. 300.

6 À moins qu'il ne faille identifier ce Mertious-Amon au scribe Phrämhabi ou au lieutenant du roi Pen-Renou qui ne figurent dans aucune des deux commissions (Pap. Î de Turin, p. 11, 1. 4-4; iv, 1; v, 6). Devéria suppose que le scribe servit de greflier à la

2% commission, et le ouahmou tint le rôle d’interprête dans les deux.

vérité n’est négligé. Il s’en faut de beaucoup que le prétoire soit silencieux. On interroge les accusés et on lâche d'obtenir leurs aveux. La physionomie d’un inlerrogatoire s'esquisse aux papyrus Mayor A et B, qui reproduisent brièvement les demandes des magistrats et les réponses des accusés !. Le papyrus Amhurst contient le récit fait par les coupables du pillage de l'hypogée royale *.

Le serment est admis en justice à titre de preuve”. L'accusateur‘, les témoins”, et même bon nombre d’accusés®, hommes, femmes”, esclaves, préludent à leurs déclarations par le serment de dire la vérité et y recourent encore pour confirmer leurs dires. Le voleur Pakhar jure qu'il n’est jamais allé que dans les lieux qu'il a montrés”°. Dans les affaires civiles, le serment a force probante à défaut de litres écrits". Le faux serment est rigoureusement réprimé. La peine peut être la mort, comme l'affirme Diodore!! : « Que je sois mis à mort si je mens! » jure l’accusé

1 SrIEGELBERG, Zranslalion, p. 3-6; Revizrour, Actions, p. 152-161; Caparr, ÆZsquisse, p. 24-28. — Voici le titre introductif : « En ce jour, furent questionnés les voleurs du » tombeau de Ramsès IT, le dieu grand, et de celui de Séti I, qui est près du trésor » du roi Ramsès III. Ce sur quoi le chef des Mazaïou Nessouamon à fait rapport, en » indiquant leurs noms : il comparut même avec les voleurs pour prouver qu'ils avaient » porté la main sur les tombes. Quand ils comparurent, les questionnèrent lea » le préposé au trésor..…., l’intendant..…..… et le procureur du roi. » (Pap. Mayor A, re, col. tr). Suit le détail des interrogatoires. On note la sortie dans la rue du susdit chef de la gendarmerie.

2 Pap. Amhurst, pl. 17 (CHapas, Mél. IV, 8-12).

8 SPIEGELBERG, Sludien, p. 71-81; Translation, p. 74; Revizrour, /nterrogalotre, R. Eg., 1897; Caparr, Esquisse, p. 25-26 et 28.

# «Ils (les juges) lui firent supplier le nom du Pharaon (au père divin, demandeur). » Pap. Van de Burgh (Reviccour, Actions, p. 21, n. 2).

5 Par exemple, le contrôleur Pentahat aux Pap. Vassali et Harris 499 (Revizzour, /nterrogatoire; Actions, p. 116 et 133) : « On lui déféra le serment par le roi de ne pas » mentir sous peine de mutilation. ».

6 Papyrus cités, passim. — La formule pouvait varier : « Il fit serment par le roi : » Tout ce que j'ai dit est vérité, sinon qu'on mie réduise en servitude. » (Pap. [Harris 4, ve, col. m1 : Revizcour, Actions, p. 139). — « Par le poids de la colère d’Amon, par le poids » de la colère du prince! Si l’on me trouve (coupable)... il me mutilera et me réduira » en servitude. » (Pap. Harris 499, vo, vr : 2bid., p. 149-150).

7 Par exemple : l'habitante Chet, 2 fois (Pap. Vassali : Revicrour, Actions, p. 133); Saou, Arinofrit, Maoutemouat, Maoutemhib (Pap. Harris 499, ve, col. 11, 1V, v1, vu : 48., p. 147-150); Annouro (Pap. Mayor A, ro, c. in : 40., p. 153).

8 Le bok Païnekhou (Pap, Harris 499. vo, c. im ; 46., p. 147); les honouw Amenabtobé et Paounnakhtouenap (Pap. Mayor B, re, c. 1 et n : 56., p. 155).

9 Pap. Abbott, vu, 6-7 (Cnapas, Mél., III, 80).

10 Sur les contrats d’änkh ou de serment : Revizzour, À. Eg., 1, 94, 401-407, 180-182; II, 15-18, 72-74; IV, 103-146; 23-29.

11 Driopore, 1, 77 et 79. — On lui dit : « Si le témoignage que tu vas rendre aux » hommes n'est pas juste, tu seras tué, car tu auras menti. » (Pap. Vassali, Pakhartapech : RevizLour, Actions, p. 133. Cf. Chet : bëd.).

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