‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 162 sur 433 · JUSTICE ROYALE ET JUSTICE DIVINE · texte numérisé non relu

JUSTICE ROYALE ET JUSTICE DIVINE

la plupart sont les leurs!. Ces femmes subissent interrogatoire et bastonnade ?. Si le criminel meurt avant les débats, le fils répond pour le père; il a beau alléguer son âge : n’était-il pas encore un enfant lors du délit? Nessouamon avoue le fait sans se rappeler les circonstances; la bastonnade lui ravive les souvenirs. Cette solidarité de la famille se poursuit même dans le châtiment, comme on le voit par les exceptions stipulées par Ramsès II et Khitisar en faveur des transfuges rendus : « qu'on ne détruise pas » Sa maison, ni sa femme, ni ses enfants; qu’on ne tue pas sa » mère »*. Nous voulons aujourd'hui que la punition d’une faute soit individuelle comme la faute même. Les Égyptiens ne partageaient pas cette manière de voir” : les parents, liés au coupable, leur semblaient liés à la faute; la mort naturelle du criminel, en soustrayant celui-ci au châtiment, laissait subsister pour ses enfants une hérédité de faute qui exigeait réparation.

Quoi que l’on doive penser de la juridiction, de la procédure et des pénalités, et quelle qu’en fût l’origine, les Égyptiens faisaient remonter au roi le mérite de la justice rendue. C’est au roi, source de tous les pouvoirs judiciaires, au nom de qui se rendent tous les arrêts, que vainqueurs des litiges, plaignants satisfaits, innocents mis hors de cause, adressent l'hommage de leur reconnaissance; et dans les arrêts du roi ils reconnaissent l’action d’une providence divine. Leurs adversaires étaient les ennemis de Rä et les dieux même se sont déclarés.

C’est ce qu'exprimait, dans la bibliographie gravée sur son sarcophage, Ounnofris, fils de Neftis, tout épicurien qu’il se mon-

1 Pap. Mayor A, vo (SrreGcezserG, p. 11; Revizcour, Actions, p. 157; Caparr, p. 28.

2 Pap. Vassali, Harris 499, Mayor À (Revizcour, Actions, passim ; SPIEGELBERG, p. 5 ; CaparT, p. 28. Cf. supra, p. 296, n. 5, et 306, n. 7).

8 Pap. Mayor A, ro 1 (SPIRGELBERG, p. à ; ReviLLour, p. 133; Capanr, p. 28; cf. supra, p. 296, n.5}.

4 Traité de Ramsès IL, |. 33-34 (Supra, p. 315, n. 3).

5 La Bible soutient les deux théories : £Zæod., XX, 5; Deut., V, 9; contra: Deut., XXIV, 16; Jerem, XXXI, 29-30 ; ÆEgechiel, XNIIT, 2-4, 20.

trât par ailleurs. Accusé de malversations sans doute, il fut acquitté

» Ils connurent ma droiture les prophètes et les grands de l'Égypte : Je n'ai point » pris les biens des dieux et des déesses; j'ai fait le bien. J'ai rejeté l'accusation sur ses » auteurs qui l'avaient jetée contre moi devant le tribunal. Ils (les juges) me virent et » me délivrèrent d'eux tous. Ils (les accusateurs) tombèrent sous les coups du Roi de » son temps; son uræus se déchaîna contre eux. Pour moi je sortis en #”d-krôou, au » palais du Roi par l’ordre des dieux !. »

Ounnofris triomphe : il a retorqué l'accusation contre ses adversaires, et repris sa place de basilicogrammate. L’accusation pouvait n'être pas grave, si l’on en juge par l'importance du tribunal. € la porte du juge » tribunal peut-être composé d’un seul juge. Ounnofris n’en relève pas moins son triomphe en s'adressant aux juges divins :

« Salut à vous, dieux de la double justice, nobles bienfaisants seigneurs de la demeure » de délibération d'Osiris, résidence vénérable des esprits d’On, etc. » (Suit une longue énumération de dieux.)

Il augure bien de son jugement céleste d’après son acquittement sur la terre, et il remercie les dieux qui ont jugé par la bouche du roi ou de ses représentants. De mème le vieux moraliste Ani promettait à l'innocent calomnié le triomphe final grâce à la Providence :

« Celui qui à été opprimé par le menteur accuse à son tour; ensuite le dieu discerne

» la vérité, et le trépas vient l'enlever (le menteur). » 2

Entre la religion, l’ordre social et la morale individuelle, l’'Egyptien ne voyait pas de conflits, mais compénétration réciproque et dérivation naturelle.

1 Sarcophage d'Ounnofris (Mariette, #. D., pl. 59, col. 5-6). 2 An, Maximes: Pap. de Boulaq IV, xx, 11-12 (Cnapas, $ 35, Zgyptologie, II, 21-22; AMÉLINEAU, $ 38, Morale, p. 138).

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