‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 217 sur 433 · CONDITION ET OBLIGATIONS DES GRANDS · texte numérisé non relu

CONDITION ET OBLIGATIONS DES GRANDS

part, la reconnaissance des bénéficiaires montrent que le roi pourrait déroger à l’usage.

Nommés, investis par le roi, tenant de lui sinon tout ce qu’ils sont, du moins la confirmation de leurs droits et de leur grandeur, tous les grands et les chefs les plus puissants sentent et avouent leur responsabilité vis-à-vis du roi. Ils lui doivent compte de leur conduite, de leur administration, de l’accomplissement de toutes leurs obligations envers le roi et envers leurs subordonnés.

Ils connaissent et remplissent leurs devoirs vis-à-vis du souverain. La théorie souffre, il est vrai, des exceptions de fait dans ces époques de troubles civils et de décadence de la monarchie, où le roi ne fait plus sentir à tous dans toutes les parties du pays son autorité suprême, où cette autorité est contestée, où plusieurs prétendants font valoir des droits divers avec des forces égales et déchirent l'autorité qu'ils convoitent. C’est une loi pour toute féodalité de tendre à se fortifier et à se perpétuer, de vouloir attacher aux familles ce qui n’était donné qu'aux personnes à titre précaire, de considérer l'investiture comme une formalité qui reconnaisse le droit et ne le crée pas. Mais la règle subsiste en dépit des infractions. Le pouvoir central, s’il redevient fort, revendique tous les droits suzerains et met fin aux empiètements. L'idéal ne périt pas et console les peuples et les moralistes.

Leur intérêt personnel est pour les grands le principe initial de leur conduite. En tant que grands propriétaires et gouverneurs de nomes, ils ont, à bien administrer la portion de pays qui dépend d'eux. les mêmes avantages que le roi pour le royaume entier. De plus, la crainte ou l'amour du maitre les stimulent. Le désir de mériter et d'obtenir les éloges du roi et ses faveurs, inspiré par l'intérêt personnel, conduit à chercher hors de soi la règle de la vie. L'intérêt du roi devient le but à viser, comme en d’autres cas celui des dieux. Enfin, puisque le roi, par intérêt et par émulation avec les dieux, se montre bienfaisant envers ses peuples et se propose de faire le bonheur du monde, les grands, eux aussi,

plus ou moins indirectement, sont amenés à servir l'intérêt général.

Envers le roi, les chefs de nomes ou d’autres subdivisions administratives, qu'ils tinssent leur dignité du principe héréditaire ou purement du bon plaisir royal, devaient satisfaire à un certain nombre d'obligations ?.

Vassaux et fonctionnaires doivent se mettre à la disposition du roi à toute réquisition. [Il à sur eux une sorte de droit de suite. Honneur et plaisir, c’est aussi un devoir que d'accompagner le roi et le suivre en toutes ses démarches”. On doit, en sa cour, lui faire une escorte et une garde d'honneur : en ses délibérations, l’assister de sages conseils; en ses lits de justice, lui servir d’assesseurs; en ses expéditions guerrières, lui fournir des troupes et faire campagne avec lui.

Astreints sont-ils encore à tous les devoirs de leur charge dans l’intérieur de leurs circonscriptions. Ces devoirs correspondent à leurs divers litres et aux divers pouvoirs réunis entre leurs mains.

$ 1”. — Devoirs curiaux.

Le devoir le plus élevé des grands qui approchent de plus près le roi et forment sa cour consiste à l’éclairer et l'aider de conseils, autant que sa divinité le requiert.

Dans ses sages préceptes, le roi Amonemhäâït recommande à son fils et à ses successeurs de ne se fier d’une manière absolue à personne. Îl a lui-même observé la versalilité et la légèreté des gens de cour; il à failli en être victime. Au début de son règne, il eut à lutter pour établir sa dynastie ; il fut vainqueur et s’endormait déjà dans une sécurité trompeuse quand une conspiration le réveilla brusquement. Comme dans le complot qu'étouffa plus tard Ramsès IL, le harem royal, peuplé de princesses de la précédente dynastie, se déclara contre le nouveau roi : Amonemhäiït fut momentanément chassé du palais, mais il se ressaisit après la

1 Masrero, À. Tr., 1, 179-181 ; Et. Eg., 1, 15-19. 2 Supra, ch. vu, p. 333-335, et ch. x, p. 427-431.

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