‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 249 sur 433 · PAS DE VIOLENCES · texte numérisé non relu

PAS DE VIOLENCES

de leurs propres passions ou de leurs caprices. Ils doivent bien s’en garder; ni ambition, ni cupidité, ni luxure ne les excuseraient :

« N'opprime pas la veuve ; ne cherche pas à perdre quelqu'un à cause de la fortune « de son père, »

leur dit le moraliste du papyrus de Saint-Pétersbourg.

Sans spécifier les exemples de violence, comme on fera plus tard, le vieux Ptah-hotpou en condamne le principe, subversif de toute sagesse comme de toute civilisation : « Ne mets pas la » crainte parmi les hommes. » Il insiste surtout sur les sanctions : haine ou faveur divines, désastre final ou gouvernement facile et plantureux :

« Ne mets pas la crainte parmi les hommes, ou Dieu te combattra de même 2. Si

» quelqu'un prétend vivre par là, Il lui ôtera le pain de la bouche ; si quelqu'un prétend » se rendre puissant, Il dit « Je saurai retirer à moi (cette puissance) » ; si quelqu'un » prétend battre les autres, Il finira par le réduire à l'impuissance. Qu’on ne mette pas » la crainte parmi les hommes, voilà la volonté de Dieu. Qu'on (leur) procure donc la » vie au sein de la paix, et l’on obtiendra qu'ils donnent volontiers (ce qu’on leur pren- » drait en les effrayant) 5. »

Du brigandage avéré Ptah-hotpou rapproche les vols aux dépens de la culture, condamnables de la part du paysan, exécrables de la part d’un grand. On a remarqué la sévérité des jurys modernes contre les attentats à la propriété; en Égypte, pays agricole, l'opinion flétrit énergiquement ces crimes, et maudit celui qui abuse de son pouvoir pour « prendre autour de lui » comme un crocodile » ?.

De fait, dans leurs autobiographies, les grands, barons ou fonctionnaires, se défendent de s'être crus au-dessus de tous les droits et d’avoir enfreint la légalité ; au contraire, c'est grâce à eux que « le code existait en ce lieu et ils n’ont pas violé les »lois en ce qu'ils ont ordonné »°. Unanimement ils déclarent

bien haut s'être abstenus de tout abus de pouvoir, de toute

1 Pap. de Saint-Pétersbourg 1116, $ 8 (Gorémcnerr, Æ. Z., 1876, 107).

2 Cf. Prau-Horpou (Pap. Prisse, vu, 8-9) : « Si quelqu'un commet des excès? Dieu qui a fait sa supériorité se détourne de lui et il est abattu. ».

3 Pram-Horpou, Préceptes, $ 6 (Pap. Prisse, pl. vi, L. 8-10).

4 Jbid., $ 9 (pl. vu, L. 5-6), cf. supra, p. 471, n. 3.

5 Sobek à El-Kab, xviue d. (L. D., IL, 43 c).

exaction, de tout rapt, de tout arbitraire. Dès la v° dynastie, un « connu du roi », Ourkhouou, proteste que « jamais il » n’a fait souffrir gens quelconques, jamais fait mourir homme » quelconque »‘'.. Vers le même temps, Nozemab n’a « jamais » rien pris à personne par violence » ?. Sous le premier empire thébain de telles déclarations sont fréquentes. Atéfa, chef d'Aamaatour, « n’a enlevé la fille de personne, nt usurpé son » champ »*. Khiti, prince de Siout professe : « n’avoir pas enlevé » l’enfant à (côté de) sa mère, l’humble à (côté de) sa femme, n’a- » voir pas saccagé les biens qu'il aimait ; n'avoir pas envahi sa » maison »‘. Amoni de Béni-Hassan se défend de même :

« Il n’y à pas d'enfant mineur que j'aie mis en deuil ; il n'y a pas de veuve que j'aie » dépouillée ; il n’y à pas de laboureur que j'aie repoussé ; il n’y a pas de berger que » j'aie emprisonné ; il n’y a pas de chef de cinq hommes à qui j'aie pris ses hommes » pour la corvée ; il n’y a pas de misérable en mon temps 5. » Harméhhäâti, prince d'Edfou, a évité à ses administrés des corvées supplémentaires :

« Quand il sort de sa maison pour aller à sa svringe, ses propres matelots le trans- » portent, ses bœufs labourent ses champs, ses ânes transportent ses récoltes 6. »

Plus tard, sous la xvir® dynastie, Thotinofri, Menkhopir, Amonhotpou, écrivent :

« Jamais personne ne m'a dit: « Qu'est-ce donc qu'il a fait là ? Je n’ai point tourmenté, je n’ai pas commis le mal; il n’y a jamais eu de calomnie de mon fait: le mensonge n’est jamais entré en moi depuis ma naissance 7. » — « Je n'ai point chassé l'héritier de son patrimoine ; point fait périr le misérable ; point enlevé ses biens au mineur (?) 8.» — « Je suis un juste... je ne fais point de celui qui vit de sa peine mon corvéable pour les travaux ; lorsque je mande un individu en ma présence, je ne néglige point d'entendre ses paroles ; je ne fais pas faire plus (de corvée qu’on n’en

CCC RC

1 Ourkhouou souten rekh, ve d. (L. D., IT, 43; Serue, Urk., 46-48).

2? Nozemab, Stele du Caire (Marierre, Mast., 417; Serne, Urk., 1, 15).

3 Stèle d'Atcfa, xiue d., Caire, 20,001, Catalogue, I, pl. 1; Daressv, 2. Tr., XIV, p. 24).

# Khiti à Siout, tomb. 4, (L. D., IT, 150 & m; ne Roucé, Z. A., 293; Marrerre, M. D., 69: Grirmira, Siut, pl. 13, 1. 33-34; Masrero, Rev. Crit., 1889, II, 418-419: Brucsou, Dict., 836).

5 Amoni, Béni-Hassan (L. D., IT, 122).

6 Stèle d'Harméhhäâti (Marrærte, M. D., pl. 40, p. 41). — De même Si-Montou-ousir a préparé sa sépulture avec sa barque et ses paysans (Stèle de Florence n° 6,365 : J. Barzcer, 2. Tr., XX VI, 20-22). — Hapizaouf répète à satiété que les rentes qu'il constitue aux prêtres et aux gardiens de la nécropole sont prises sur son patrimoine, non sur le bien du prince (Siout, 1. 20, 33, 35, 45, 53 : B. Eg., 1, 67-74).

7 Stèle de Thotinofri, Turin ne 153 (Maspero, À. Tr., IV, p. 128).

8 Tombeau de Menkhopir : « Je n'ai point sacrifié le travailleur, point enlevé chose à » l'indigent » (Viney, M. M. C.,V, 332).

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