‹ Le Régime Pharaonique: Dans Ses Rapports Avec L'évolution De La Morale En ÉgypteChapitre 293 sur 433 · INDUSTRIES · texte numérisé non relu

INDUSTRIES

Encore peut-il avoir à se débattre avec la famine : il ne s'en tirerait point sans le secours du roi et des grands, ses protecteurs.

Un domaine royal ou divin comprenait des ateliers, des magasins et des terres. L’Amonium, le grand bénéficiaire des largesses royales, avait, outre les serfs ruraux, des employés du culte, des ouvriers du bâtiment, et occupait aussi des hommes et des femmes au tissage. Au métier comme à la charrue, ce sont des miratiou. Le costume des statues divines et celui des prêtres, d’une part, l'habillement des momies, d’autre part, exigeaient de grandes quantités d’étoffes; au surplus, le roi en réquisitionnait pourlui-même, pour sa famille, sa cour et ses favoris. Les épitaphes, les livres funéraires et les romans nomment plusieurs espèces d’étoffes que l’on trouve sur les autels des dieux. Thotmès III à Karnak énumère cinq espèces d’étoffes fabriquées dans les ateliers de la maison d’Amon!. Les fouilles opérées à Thèbes et dans toute l'Égypte permettent de considérer les tisserands d’Amon comme habiles ; la littérature ne les représente pas comme heureux. Les auteurs de satires semblent opposer la ferme ou l’intendance rurale (ahouït) à l'atelier ou lintendance des manufactures et magasins (aouäit) ; et, si pénible qu’ils dépeignent la vie des champs, ils menacent le paysan d’être enfermé de force à l'atelier. La surveillance y est plus facile ; l’ouvrage s’y fera plus régulièrement ;: mais on y trouve l'existence plus triste :

« Le tisserand, dans l'intérieur de l'atelier ?, — est plus malheureux qu'une fille. — » $es genoux sont à la porte de son cœur ; — il ne goûte pas l'air libre. — Si, pendant » un seul jour, il a fait diminution dans (la quantité) du tissage, — on le traîne comme » le lotus (pour le plonger) dans le marais 8. — C’est en donnant des pains aux gardiens » des portes, — qu'il parvient à voir la lumière (du jour) . »

Si le paysan souffre du vent en pleins champs, le tisserand manque d’air et de lumière. C’est sans doute ce qui aggrave son cas. Par

» réduit) à l’état des misérables (corvéables ? ni ouivou). » (Pap. Anastasi Il, vu, 1-8). Variante : « Ses enfants (sont inscrits) au cadastre ; — si son cheval se sauve, il est à » pied ; — il est emmené à l'atelier (aoudit). » (Lettre à Pentaour : Pap. Sallier [, vn, 3).

1 Annales (L. D., II, 30 8; Brucscn, Rec., 43, 1. 6; CHapas, Et., p. 167; Mél., II, 118).

2 Lorer : « il va travailler en journées » (L'Egypte, p. 22).

3 Jbid. : « il est lié comme on lie, au bord des marais, les tiges des papyrus ».

4 Douaour-si-Karoni, $ 1 (Pap. Sallier IL, vu, 2-4).

ailleurs, en effet, sa besogne est taxée comme celle du laboureur ou celle du briquetier : chacun doit, qui chaque jour, qui chaque an, une quantité déterminée de produits. Si le tisserand travaille accroupi, le tailleur de pierres a les genoux et l’échine brisés. Les coups ne sont le monopole de personne ; le carrier et le laboureur ont des entraves ; le paysan connaît les plongeons forcés.

Ce sont surtout des femmes, quoiqu'en raconte Hérodote, qui tissent la toile. À Béni-Hassan, on les voit à leur métier, sous la surveillance des contremaitres'. A Thèbes, on peut noter la requête du papyrus du Louvre 3230 et aussi la plainte contre Panéba : celui-ci volait des matériaux et faisait travailler des hommes qui ne lui appartenaient pas, ou là où ils ne devaient pas, et «ses femmes lui tissèrent des étoffes »°. Enfin, les patronnes de ce métier sont non des dieux mais les déesses Selkit et Néïth*.

Tous les emplois de la domesticité pouvaient être tenus par des captifs. Sur une stèle qui résume ses victoires, Ramsès III rappelle ce qu'il a fait de ses prisonniers :

« Les Libyens etles Machaouachas..……. il les fait naviguer sur les branches du Nil; il les » a mis dans les garnisons de ses forteresses royales, et en a fait des employés, des » gens pour servir le roi... Les Nègres de Teraoui et d'Arami..., il les a fait parvenir

» aux domaines royaux. On en fait des charretiers, des cochers, des serviteurs pour » couvrir de l'ombrelle à la suite du roi #. »

Non seulement ils éventaient le rot, mais ils le portaient quand il lui en prenait fantaisie. Ramsès IIT rappelle qu'il a « pris ses » porteurs parmi » les peuples de la mer et « forcé les Neuf-Ares » à traîner son char »°. Il imitait Ménéptah qui avait attaché à son char les chefs des vaincus. Mais se faire transporter à dos

1 Tomb. de Khnoumhotpou (CHampoLrioN, Mon., pl. 384bis, £; RosELLINI, Mon. civ., pl. 41, 6; L. D., IT, 126; Masrero, 7. Or., I, 321 fig.).

? Pap. Salt 124, p. 2, 1. 19-20 (CHapas, Mél., III, 184 et pl. 1x).

8 Cf. Edfou, etc.

4 Stèle de Médinet-Habou (L. D., III, 218 c; Cnapas, £t., 290). — Le papyrus Anastasi IV (pl. 15) mentionne également les « Nègres de Kouch, qui ombragent $. M. avec » l'éventail ».

5 Médinet-Habou, an VIIL, 1. 7-9. — Cf. la légende byzantine de Sésostris: Maspenro, Journal des Savants, 1901.

6 Pap. Anastasi IL, pl. v, 1. 3-4 (supra, p. 138, n. 7 et 8).

sem

Page 1