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Tous les épisodes du poème sont combinés pour faire ressortir l'abandon critique où le roi se trouve, et le mérite qu'il eût à se dégager et à vaincre tout seul. Ramsès dispose de peu de monde ; eu chargeant il s’avance encore loin des siens ; tout à coup, il s'aperçoit de son isolement :
« Aucun prince n’est avec moi ! aucun général, aucun officier des archers ou des chars. » Mes soldats m'ont abandonné, mes cavaliers ont fui devant eux et pas un n'est resté » pour combattre avec moi |! à. »
Alors il s'adresse à Amon, lui rappelle les actes de sa piété filiale, et l’invoque contre les multitudes de peuples inconnus qui
1 Bulletin de la bataille de Kodech, à Ibsamboul, au Ramesséum, à Louqgsor (CHAMPOLLION, Mon... 27-29; L. D., LL, 153, 187; Brucsen, Rec., 53; ne Roucé, Le poème, 1856; CaBas, R.'Arch., 1859, XV (— B. Eg., X, 1-62); Gureysse, À. Tr., VIII, 126-132).
2 Poème de Pentaour, 1. 21-24.
3 Jbid., 1. 24-95.
le cernent, seul de sa personne. D'Hermonthis, Amon l'entend el accourt : il aime sa vaillance ; il a trouvé un cœur courageux el il est satisfait. Soutenu par lui, Ramsès massacre les ennemis :.
« Pareil à Montou, de la droite je lance mes flèches, de la gauche je les bouleverse. Je » suis comme Baal en son heure devant eux. Les deux mille cinq cents chars qui m'en- » vironnent sont brisés en morceaux devant mes cavales. Pas un d’entre eux ne trouve » sa main pour combattre : le cœur manque dans leur poitrine et la peur énerve leurs » membres. Ils ne savent plus lancer leurs traits et ne trouvent plus de force pour tenir » leurs lances. Je les précipite dans les eaux, comme y tombe le crocodile ; ïls sont » couchés sur leur face, l’un sur l’autre, et je le tue au milieu d’eux. Je ne veux pas » qu'un seul regarde derrière lui, ni qu'un autre se retourne : celui qui tombe ne se » relèvera pas {, »
C’esten vain que le chef des Khétas rassemble tous ses guerriers : Ramsès « seul, tout seul repousse des centaines de mille » et ül encourage ses soldats. Entouré par les assaillants, il ne perd à aucun moment sa confiance hardie et calme ; il rassure son écuyer Manna qui le supplie de s'arrêter ; et six fois encore pénètre parmi les ennemis. Puis il rejoint ses soldats, gourmande leur pusillanimité qui répond si mal à ses bienfaits et contraste étrangement avec ses propres exploits. Enfin, sur le soir, le gros de l’armée arrive au camp :
« Ils trouvèrent la région où j'avais passé parmi les ennemis, couverte de cadavres » couchés dans leur sang : tous les braves guerriers de Khéta, les fils et les frères de leur » prince. Quand le jour éclaira le champ de Kodech, on ne pouvait trouver une place » pour marcher, tant ils étaient nombreux 1. » Alors ses soldats le glorifient ; mais, lui, il leur reproche encore de l'avoir laissé seul contre des millions, avec quelques témoins de ses grands coups. Le lendemain, nouvelle bataille, nouvelle victoire. Les Khétas enfin envoient un messager implorer la paix ; le roi l’accorde et revient triompher en Egypte « sur le double « trône de son père Atoum, tous les peuples renversés sous ses « sandales » *?,
Histoire, poésie et théologie s'accordent donc pour glorifier des héros authentiques.
1 Poème de Pentaour, 1. 35-38.