RAVAGES ET MASSACRES
ces époques lointaines aucune trace de droit des gens. Fairele plus de mal possible aux ennemis, en se ménageant le plus de profit : on ne se propose pas d'autre but.
$ 4er, — Méfaits de la guerre : ravages, massacres, captifs, cadavres, butin.
La guerre, racontée par les monuments égyptiens, n’est pas tendre : c’est la dévastation complète. Toute la population disparat, massacrée, emmenée captive ou fugitive à travers les déserts. L'idéal dans la prise d'une ville, c’est d’y transformer toutes les demeures en tombeaux'. Toutes les richesses des vaincus sont pillées ou détruites. Le pays même est rendu improductif et inhabitable par le fer et le feu. La relation d’une campagne ne contient guère que le tableau d’une razzia complète.
Telle est celle des guerres de Pépi EF:
« Cette armée alla en paix : elle entra comme il lui plut au pays des Hiroushaïtou. » Cette armée alla en paix : elle écrasa le pays des Hiroushaïtou. Cette armée alla en » paix : elle fit brèche dans toutes leurs enceintes fortifiées. Cette armée alla en paix : » elle coupa leurs figuiers et leurs vignes. Cette armée alla en paix : elle incendia [tous » leurs blés]. Cette armée alla en paix : elle massacra leurs soldats par myriades. Cette » armée alla en paix : elle [emmenaleurs hommes, leurs femmes etleursenfants] en grand » nombre comme prisonniers vivants, ce dont Sa Sainteté se réjouit plus que de toute » autre chose. [Sa Sainteté m’envoya écraser ses ennemis et j'allai] cinq fois frapper la » terre des Hirouchaïtou pour aller abattre leur rébellion avec cette armée ; et j'agis de » telle sorte que le roi fut satisfait de cela plus que de toute autre chose... Voici que celte » armée se mit en chemin ; elle les battit tous, et délruisit ceux d’entre eux qui s'étaient » assemblés 2. »
Dix siècles plus tard, Sénouserit IT rend compte de ses campagnes contre les nègres ; il n’a pas changé de système :
« Je me suis emparé de leurs femmes ; j'ai saisi leur population sortie vers leurs » puits ; j'ai frappé leurs troupeaux ; j'ai dévasté leurs récoltes en y mettant le feu *. »
1 Ramesséum (L. D., III, 166; À. Tr., VIII, 742).
2 Stèle d'Ounas (ne RouGé, Mon. six dyn., pl. vu-van, 1. 22-32; MarierTe, Abydos, I, 44-45; Setue, Urkunden, I, 103-105; Maspero, /7. À., p. 83).
3 Inse. de Semnéh (L. D., II, 136 u, 1. 14-16; Cnaras, Æt., p. 133). — Insc. de Tell-Basta Navize, Bubastis, pl. 24 À et p. 9-10). Cf. Maspro (A. Or., I, 493-494) qui compare Îes campagnes d’Ismaïl-pacha en 1822, d’après CarzLaur, Voyage à Méroë, ch. 37-42.
Le narrateur des aventures de Sinouhit fait parler son héros à
peu près dans les mêmes termes :
« Tout pays vers lequel je sortais, quand j'avais fait mon irruption, on tremblait sur » les pâturages au bord de ses puits ; je prenais ses bestiaux, j'emmenais ses vassaux » et j'enlevais leurs esclaves, je tuais sa population ; il était à la merci de mon glaive, » de mon arc, de mes marches, de mes plans bien conçus et glorieux pour le cœur de » mon prince {. »
Le même Sinouhit louait Sénouserit d’avoir au pays des Timihou « enlevé des prisonniers vivants, ainsi que tous leurs » bestiaux innombrables » et de « ne rien laisser subsister, cœur » fermé à la pitié » quand il faisait la guerre *.
Ainsi, rois d'Égypte ou chefs de tribus entendent la guerre de même. Dévastation, arbres rasés, moissons incendiées, puits comblés, troupeaux enlevés, populations réduites en servitude *: voilà le bilan de toute expédition.
Au temps glorieux du nouvel empire thébain, la guerre semble s’humaniser par quelque endroit. Au lieu de tout saccager et dese retirer, le vainqueur accorde capitulation aux vaincus qu'il assiège ‘ et se contente d'imposer tribut aux princes du pays quise rendent ou se soumettent à la vue des désastres de leurs voisins. Il organise sa conquête et commence en même temps à conclure des traités de paix avec les voisins qu’il n’a pu réduire.
Cependant les expériences militaires ne sont pas encore de simples courses à travers un pays respecté pour joindre l’adversaire et Lui offrir le combat. Les conquérants égyptiens en Asie y promènent le pillage et lincendie. Dans le pays de Zahi, Thotmès II signale son passage en dévastant les récoltes, en saccageant les vergers, en ravissant le bétail et en dévalisant les gre-
1 Masrero, Contes, p. 106.
2 Jbid., p. 97 et 102.
3 Semblables déprédations encore dans le récit des campagnes de l'Ethiopien Horsiatef contre les Madidi : «Je les trappai dans leurs villes, et je fis un grand carnage parmi » eux dans Labi; je pris leurs bœufs, leurs vaches, leurs ânes, leurs moutons, leurs » chèvres, leurs serviteurs. » Stèle d’'Horsiatef, ép. pers., L 72 sqq. (MarrerTrs-Masreno, M. D., 1889, pl. 11-43, p. 3; Scaærer, Urkunden, IT, 126-127; MAspeno, Records of Past, VI, 84-96 — B. Eq., NIL, 236; Guide, p. 64).
Comme Thotmès ITI à Mageddo : Annales de Karnak, an XXII, I. 94-96 (Masrzro, BR. Tr., UT, 146 = B. Eg., NII, 229, 238; Surue, Urkunden, IV, 662-3)