COMPARAISONS
À plus forte raison, des pharaons plus connus et plus puissants ont-ils ressassé des expressions analogues !.
Métaphores et comparaisons abondent pour louer le roi victorieux * et signifier l'élan et la bravoure de son armée, la terreur et l’écrasement des ennemis. Empruntés à la nature, les images sont souvent heureuses et rappellent certains vers homériques; elles brillent au milieu d’une phraséologie que nous estimons diffuse, mais que goûtaient fort les pharaons et leurs sujets.
Comme leurs maitres, les soldats égyptiens sont : «des vaillants, lançant la flèche, terribles », des taureaux prèts à fondre sur des chèvres”, des éperviers {, des lions rugissants de fureur”, des lions rugissant dans les montagnes. Leurs officiers sont « irrésistibles » comme les dieux Rechep »”.
Les ennemis ressemblent: par leur hostilité honteuse ou leur révolte, à « des levriers qui grondent en eux-mêmes contre leurs » maitres » °,— parleur nombre, à des reptiles ou à des sauterelles!", — par leur épouvante, à des chèvres surprises par un taureau! ou par un Hon ‘*, - par leur désastre, à des oies prises dans un filet, démembrées et mises à fondre , à des poulains mis en pièces par un lion furieux ‘*, à des oiseaux tombés dans le filet, à des moineaux sur qui se jette un vautour ‘, à des oiseaux devant l’épervier
1 « Le monde entier est dans la crainte à la vue du roi Ménéptah Baïenra. » Inscr. de Ménéptah Ier, Karnak, 1. 3 (L. D., IX, 199 a; Dümicuen, 7. Z., pl. 1; MarreTre, Karnak, pl. 52; pe Roucé, Z. A., 179; Lecrain, Ann. Serv., 1903, IV, 2-6 ; Cnapas, E£., p. 191).
2 Cf. supra, 131-136.
3 Ramsès III, an V; 1. 24 (Dümicaen, /. Z., pl. 45 A; Cuapas, p. 229 et 274; Danessy, M.-H., p. 111).
4 Ramsès III, an V, 1. 24.
5 Ramsès III, an V, L. 25.
6 Ramsès JL, an VIIL, L. 21 (Greene, pl. u; Cabas, Æt., p. 250; Daressy, #.-H., p. 95).
7 Ramsès III, an V, I. 25.
8 Ménéptah I à Karnak, I. 21 (op. cit., Cnagas, E1., p. 228).
9 Contes, p. 120.
10 Penraour, Poème, Lougsor, I. 15.
11 Ramsès III, an V, 1. 52. :
12 Râmsès III, mésori an XI (Dümicnen, A. L., pl. 24; Cnapas, p. 241; aliter, Daressy, M. A., p. 85).
435 Ramsès III, an V, L. 34.
14 Ramsès II, Ramesséum (L. D., 166; R. Tr., VIII, 142).
15 Ramsès III, an V, 1. 53 (CHaBas, p. 254).
16 Ptolémée Ier, Stèle du Satrape (MarrerTe, #2. B., pl. 14, p. 3).
qui s’élance de sa cachette au milieu des bois”, ou dans une volière où pénètre l’épervier *, — par leur désarroi, à des rats tombant sous la griffe du roi *, ou fuyant des vautours qui fondent sur eux et ne sachant où se cacher ‘, — par leur faiblesse, à des fétus , à la paille qu’emporte le souffle du ventf, à des roseaux secs destinés au feu’, à des gerbes sous le fléau *, — par le désordre de leur fuite, à un troupeau de bouquetins bondissant”, à des levriers fuyant les deux bras du roi”, ou enfin aux morts d’un cimetière!!. Les prisonniers sont frappés, les bras attachés, pareils à des oies couchées sur une barque, sous les pieds de Sa Majesté.
Toutes les ressources de la rhétorique et de la poésie sont mises à contribution pour amplifier et varier la relation des tueries ; l'hyperbole s’y donne carrière.
Ménéptah [°° a vaincu les Lybiens et les peuples de la mer coalisés :
« Les ennemis furent renversés dans leur sang; 1l n’en resta pas. Les auxiliaires de
» Sa Majesté firent six heures de massacre parmi eux; on les passa au tranchant du glaive à .»
Ici le style est simple et à peu près exact; les comptes joints au récit permettent d'évaluer à 15 ou 20,000 les ennemis tués, à 9,376 (dont 12 femmes) les prisonniers *. Notons cependant que le chef s’est dérobé par la fuite. Cinquante ans plus tard, une
4 Mékhir an XI, 1. 21 (Dümicnen, A. Z., pl. 15; Cxapas, p. 238; Daressv, M.-H., T0, cf. p. 107).
? Ramsès III, mur N., 9% tabl. (DümicHen, Æ.-7, 47 À; Cabas, p. 256); cf. an V, 1. 33-34 : « des oiseaux en cage » (Daressy, p. 412).
3 Mésori an XI, 1. 87 (DümicHen, /7.-7., pl. 20; Cnapas, p. 239).
4 Ménéptah I, an V L. 12-13, (Maspero, Æ. Z., 1883, 65).
5 Ramsès III, an V, L. 25 (CHapas, p. 229).
6 Ramesséum, Ramsès IT (L. D., 116; À. Tr., VIII, 142); Poème de Pentaour, 1. 60.
7 Mésori an XI, 1. 50 (Danessy, p. 84).
8 Médinet-Habou, 2° cour, portique sud (Daressy, p. 107): an V,1. 34 (Daressy, p. 112).
9 Annales de Thotmès III.
10 Conte de Sinouhit (Masrero, p. 103).
1 Ramsès III, an VIIL, 1. 24 (CHagas, p. 251).
1 Ramsès ILE, mékhir an XI, L. 31 (Dümicnen, H. Z., pl. 45; Cuapas, p. 239).
13 Inscr. de Karnak, 1. 33 (Brucsca, Das Ausland, p. 25; L. D., IIL, 199 4; DüMICHEN, H. I., pl. 15; Cuapas, £4., p. 199).
l# La stèle de l’an V donne le chiffre de 9,300; Jes chiffres des morts sont incomplets (Masreno, Æ. Z., 1863, 66-67). }