‹ Le règne animal distribué d'après son organisation (volume 3)Chapitre 58 sur 101 · PREMIÈRE CLASSE DES MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CLASSE DES MOLLUSQUES

Leur manteau se réunit sous le corps, et forme un sac qui enveloppe tousles viscères. Ses côtés s'étendent plus où moins en nageoires. La tête sort de l'ouverture du sac; elle est ronde, pourvue de deux grands yeux , et couronnée par des bras ou pieds charnus, coniques, plus ou moins longs, susceptibles de se fléchir en tout sens, et très-visoureux, dont la surface est armée de sucoirs ou ventouses par lesquels ils se fixent avec beaucoup de force aux corps qu ils embrassent. Ces pieds servent à l’animat à saisir, à marcher et à nager. Il nage la tête en arrière, et marche dans toutes les directions , ayant la tête en bas et le corps en haut. Entre les bases des pieds est percée la bouche dans laquelle sont deux fortes machoires de corne, semblables au bec d’un perroquet. Un

3G0 CÉPHALOPODES entonnoir charnu, placé à l'ouverture du sac, devant le col, donne passage aux excrétions.

Les céphalopodes ont deux branchies placées.dans leur sac, une à chaque côté, en forme de feuille de fougère très-compliquée ; la grande veine cave, arrivée entre elles se partage en deux, et donne dans deux ventricules charnus situés chacun à la base de la branchie de son côté, et qui y poussent le sang.

Les deux veines branchiales se rendent dans un troisième ventricule placé vers le fond du sac, et qui porte le sang dans tout le corps par diverses artères.

La respiration se fait par l’eau qui entre dans le sac et qui en sort au travers de l’entonnoir. Il parait qu'elle peut mème pénétrer dans deux cavités du péritome que les veines caves traversent en se rendant aux branchies, et qu’elle peut agir sur le sang veineux par le moyen d'appareils glanduleux attachés à ces veines.

Entre les deux mâchoires est une langue hérissée de pointes cornées; l'œsophage se renfle en jabot, et donne ensuite dans un gézier aussi charnu que celui d’un oiseau, auquel succède un troisième estomac membrancux et en spirale, où le foie, qui est trèsgrand, verse la bile par deux conduits. L'in-

EN GÉNÉRAL. 301 testin est simple et peu prolongé. Le rectum donne dans l’entonnoir.

Ces animaux ont une excrétion particulière, d’un noir très-foncé, qu'ils emploient à teindre l’eau de la mer pour se cacher. Elle est produite par une glande et réservée dans un sac diversement situé selon les espèces.

Leur cerveau renfermé dans une cavité de la tête, donne deux gros ganglions d’où sortent des nerfs optiques innombrables; l'œil est formé de nombreuses membranes, et recouvert par la peau qui devient transparente en passant sur lui, et, forme quelquefois des replis qui tiennent lieu de paupières. L’oreille n'est qu'une petite cavité creusée de chaque côté près du cerveau, sans canaux semi-circulaires et sans conduitextérieur', où est suspendu un sac membraneux qui contient une petite . pierre. |

Les sexes sont séparés. L'ovaire de la femelle est dans le fond du sac; deux oviductus en prennent les œufs et les conduisent au dehors au travers de deux grosses glandes qui les enveloppent d’une matière visqueuse et les rassemblent en espèces de grappes. Le testicule du mäle, placé comme l'ovaire donne dars un canal déférent qui se termine à une verge

charnue située à gauche de l'anus. Une vessie

et une prostate y aboutissent également. Il y.

a lieu de croire que la fécondation se fait par arrosement comme dans le plus grand nombre des poissons. Dans le temps du frai, la vessie

renferme une multitude de petits corps fil-.

formes, qui, au moyen d'un mécanisme spé-

cial, crèvent en s’agitant avec rapidité sitôt qu'ils tombent dans l’eau, et répandent une humeur dont ils sont remplis.

Ces animaux sont voraces et cruels; et comme ils ont de l’agilité et beaucoup de moyens de se Saisir de leur proie, ilsdétruisent beaucoup de poissons.

Leur chair se mange; leur encre s'emploie en peinture; on croit que la bonne encre de Ja Chine en est une espèce.

Les céphalopodes ne comprennent qu'un ordre que l’on divise en genres, d’après la nature de leur coquille.

Ceux qui n’en ont pas d’extérieure-ne faisaient même dans Linnæus qu’un seul genre,

Les SEICHES. ( SEprA. L.)

Que l’on divise aujourd'hui comme il suit :

Les Pourres. (Ocropus. Lam.) Po/ypus des anciens.

N'ont que deux petits grains coniques de substance cornée , aux deux côtés de l’épaisseur de leur dos, et leur sac n'ayant

point de nageoires, représente une bourse ovale. Leurs pieds sont au nombre de huit, tous à peu près écaux , trèsgrands à proportion du corps, et réunis à leur base par une membrane. L'animal s’en sert également pour nagèr, pour ramper, et pour saisir sa proie. Leur longueur et leur force en font pour lui des armes redoutables, au moyen desquelles il enlace tous les animaux, et a souvent fait périr des nageurs. Les yeux sont petits à proportion, et la peau se resserre sur eux de manière à les couvrir entièrement quand l'animal le veut. Le réservoir de l’encre est enchässé dans le foie; les glandes des oviductus sont petites.

Les uns

Les Poryres d’Aristote.

Ont leurs ventouses alternant sur deux rangées le long de chaque pied.

L'espèce vulgaire ( Sepia octopodia. L.) à peau A rement grenue, à bras six fois aussi longs que le corps, garnis de cent vingt paires de ventouses, infeste nos côtes en été, et y détruit une quantité immense de crustacés.

Les mers des pays chauds produisent

Le Poulpe granuleux. Lam. (Sepia rugosa. Bosc.) SE. EL IT, 2,72 À corps plus grenu; à bras de peu plus longs que le corps, garnis de quatre-vingt-dix paires de ventouses. Quelques-uns croient que c’est l’espèce qui fournit l'encre de la Chine. |

D'autres k Les ÉLépons d’Aristote.

N'ont qu’une rangée de ventouses le long de chaque pied. La Méditerranée en produit un remarquable par son odeur musquée. ù ( Le Poulpe musqué. Lam.) Mém. de la Soc. d'Hist. Nat. in-4°, pl. 11. Rondelet , 516 (1).

(1) Ajoutez le poulpe cirrheux, Lam, loc. cit, pl. F, Gg. 2.

Les Carnars. ( LociGo. Lam.) (x).

Ont dans le dos , au lieu de coquille, une lame de corne en forme d'épée ou de lancette; leur sac a deux nageoires vers sa pointe ,et outre leurs huit pieds, chargés sans ordre de petits suçoirs portés sur de courts pédicules , leur tête porte encore deux bras beaucoup plus longs,armés de sucoirs seulement vers le bout, qui est élargi. Ils s’en servent: pour se tenir comme à l’ancre. Leur bourse à noir est enchässée dans le foie, et les glandes de leurs oviductus sont irès-crandes. Ils déposent leurs œufs attachés les uns aux autres en ouirlandes étroites et sur deux rangs.

Nous en avons quatre dans nos mers, Le Calmar commun. (Sepia,loligo. TL.) Rondel. 506. Salv. 169. | À nageoires formant ensemble un rhombe au bas du sac.

Le grand Calmar. ( Loliso sagittata. Lam.) Séb. III, 1v.

À nageoires formant ensemble un triangle au bas du sac, à bras plus courts que le corps, chargés de suçoirs, sur près de moitié de leur longueur.

Le petit Calmar. (Sepia media. L.) Rondel. 568.

À nageoires formant ensemble une ellipse au bäs du sac, Qui se termine en pointe aiguë.

Le Sepiole. ( Sepia sepiola. L.) Rondel. 519. À sac court et obtus, à nageoires petiles et circulaires.

Elle ne passe guères trois pouces de longueur , et sa lame de corne est grêle et aiguë comme un stilet.

(1) Calmar, de #heca calamaria (écritoire), parce qu’il y a de: l'encre, ei que sa coquille représente la plume.

Les SEicues. (SEpI14. Lam.)

Ont les deux longs bras des calmars, et une nageoire charnue régnant tout le long de chaque côté de leur sac. Leur coquille est ovale, épaisse, bombée, et composée d’une infinité de lames calcaires très-minces, parallèles, jointes ensemble par des milliers de petites colonnes creuses, qui vont perpendiculairement de l’une à l’autre. Cette structure Ja rendant friable, on l’emploie, sous le nom d’os de seiche, pour polir divers ouvrages, et on la donne aux petits oiseaux pour s’aisuiser le bec. |

Les seiches ont la bourse à l’encre détachée du foie , et située plus profondément dans l’abdomen. Les olandes des oviductus sont énormes. Elles déposent leurs œufs attachés les uns aux autres en grappes rameuses, assez semblables à celles de raisins, et qu’on nomme vulgairement raisins de mer.

L’espèce répandue dans toutes nos mers ( Sepia officinalis. L.), Rondel. 498, Séb. LIT, 117, atteint un pied et plus de longueur. Sa peau est lisse.

La mer des Indes en produit une à peau hérissée de tubercules. ( Sepia tuberculata. Lam.) Soc. d'Hist. Nat.

Peel TD for

Linnæus réunissait dans son genre

Des NaurTices. (NauTizus. EL.)

Tous les céphalopodes connus pour vivre dans les mers , et portant une coquille chambrée , c’est-àdire divisée par des cloisons en plusieurs cavités ;des observations ultérieures les ont fait diviser comme 11 suit : | .

Les SpIRULES. (SpIRuLA. Lam. )

Ont le corps des seiches, et une coquille intérieure qui 2 toute différente qu’elle est pour la figure, n’en diffère pas beaucoup pour la formation. Qu'on se représente que ies lames successives, au lieu de rester parallèles et rappro-

chées , sont concaves vers le corps, plus distantes, éroissant peu en largeur, et fesant un angle entre elles. On aura un cône très-allongé, roulé sur lui-même en spirale, dans un seul pian, et divisé transversalement en chambres. Telle : est la coquille de la spirule , qui a de plus ces caractères, que les tours de spire ne se touchent point, et qu’une seule . colonne creuse, occupant le milieu de chaque chambre, continue son tuyau avec ceux des autres colonnes, jusqu’à l'extrémité de la coquille. C’est ce qu’on nomme le syplon.

On ne connaît qu'une espèce, dite vulgairement, à cause de sa forme, cornet de postillon; (Nautilus spirula. XL. ) Et: 55012:

Les N'AUTILES proprement dits.

Ont une coquille qui diffère des spirules, en ce que les James croissent très-rapidement , et que les derniers tours de spire, non-seulement touchent, mais enveloppent les précédens.

L’espèce la plus commune ( Nautilus pompilius. L. List. 551), est très-sgrande, d’un beau nacre en dedans, couverte en dehors d’une croûte blanche, variée de bandes ou de flammes fauves. Suivant Rumphe, son animal serait en partie logé dans la dernière cellule; aurait le sac, les yeux, le bec de perroquet, et l'entonnoir des autres céphalopodes ; mais sa bouche serait entourée de plusieurs cercles de nombreux petits tentacules , sans suçoirs. Un ligament partant du dos parcourrait tout le syphonet l'y fixerait (1). Il est probable aussi que l’épiderme se ae sur l'extérieur de la coquille ; ; mais on peut croire qu’il est mince sur Îles parties vivement colorées.

On en voit des individus ( MNauë. pompilius. £. Gr ) List. 552. AmmontEe. Montf. 74, dont le dernier tour n’enveloppe et ne cache pas les autres, mais où tous les tours, quoique se touchant, sont à découvert, ce qui les rapproche

(1) La figure qu’en donne Rumphius est indéchiffrable.

des ammonites ; néanmoins, ils ressemblent teilement aux autres individus pour tout le reste, qu’on à peine à croire qu’ils n’en soient pas une variété.

Les fossiles nous offrent des nautiles de taille grande ou médiocre, et de formes plus variées que ceux que produit la mer actuelle (1). |

Mais l’on en trouve surtout un nombre étonnant d'espèces extrèmement petites , soit dans la mer, parmi le sable, les fucus , etc., soit fossiles, dans les couches sableuses ou pierreuses de certains pays ; il n’est guères douteux que ce ne soient aussi des pièces intérieures d'animaux de la | famille des céphalopodes; mais il est singulier que personne n’ait encore observé vivans les animaux des espèces que l’on | trouve dans la mer, à l’état de fraicheur.

Ces petits nautiles microscopiques varient étonnamment | pour la forme générale , le nombre des syphons, etc. (2). | Les uns ont, comme le nautile ordinaire, le dernier tour | embrassant les précédens. (LEs LENTICULINES. Lam.) | Tantôt leur syphon est unique et au milieu des cloisons (3).

Tantôt il est vers le bord antérieur (4).

+ (1j Grandes espèces à un seul syphon:l’aNGuruTE, Monif. I, 6 ;— V’'AGANIDE , id. 30 ;—le BELEROPHE, id. 5o ;—l’OCÉANIE, id. 58 ;—le CANTROPE , 14. 46.

A deux syphons: le BISIPHITE , id. 54.

(2) On peut consuller sur cette matière extrêmement curieuse la

Lestacéographie de Soldani; les testacea microscopica de Fichtel et Moll ; et le 1°7, volume de la conchyologie systématique de Monfort, où presque toutes les espèces et même des variétés sont érigées en | genres.

(3) L’AxTENoRE, Monif.70.

(4) Nautilus vortex, Fichtel et Mol. , festac. microsc. pl. If, d. ï, (pHoNEÈME, Montf. 10); — naut. acellus, b. X. h. i. K.; ELPHIDE, Montf. 14;-—naut. calcar, XI, XII, XII (PHARAME, Montf, 54;

dt ROBULE , ib. 214; PATROCLE, 218 ; CLÉSIPHONTE, 226 ; HÉSIONE , À 230. Le RHINOCURE , Montf, 254. )

D’autres fois il y a plusieurs syphons, T'antôt placés vers Le bord (1), Ou épars (2), Ou rangés sur une ligne longitudinale (3), Ou sur une ligne transversale rapprochée de l’avant-

dernier tour (4).

D'autres fois, au lieu de syphons, l’on observe une fente Tantôt longitudinale (5), | Plus souvent transversale , et rapprochée du dernier

tour (6).

Il arrive aussi (et l’on commence par-là à être conduit vers les coquilles turbinées }, que l’ouverture est placée plus d’un côté que de l’autre, ou même d’uu côté seulement. Alors les deux faces de la spirale ne sont pas égales. (Ce sont les RorTALIEs. Lam.) |

Il y en a même où l’une des deux faces montre ses tours à découvert (7). fe

D’autres de ces nautiles microscopiques , soit vivans, soit fossiles, montrent tous leurs tours à découvert. (Ce sont les Discorges. Lam.)

(1) Naut. costatus, IV, g.h.i. (sPHiNCTÉRULE, Montf. 202.)

(2) Naut. ambiguus, IX , d. e. f. (PELORE , Monif. 22.)

{5) Naut. macellus, a. X, 0. f, g. (cEoPoNE, Monif. 18.)

(4) Naut.faba, XIX, à. b. c. (cHrysone, Montf. 26) ;—naut. crispus , IV, d. e. f. (THÉMÉONE , Montf, 102.)

(5) Naut. calcar, XIE, d. e. f. (LAmPADIE, Montf. 242.)

(6) Naut. strigilatus, V, e. d. e. (ANDROMÈDE, Montf. 38) ;—naut. craticulatus, V,i. k. (cELLULIE, Montf, 206) :—naut. inc'assatus, IV, a. b. c. (KNoNIONE, Montf. 210); —naut. pompiloides, 11, a,b.c. (me- LONIE , Monf, 66. ) à

(7) N.repandus, UL, a. b.e: d. (EPONIDE, Montf. 126) ;—naut. farclus, IX, g.h. i. (PourxÈnE, Montf, 158) ;—-naut. spengleri, IX, i. k: (ri- NOPORE, Montf. 146) ;—naut. asterisans, I, e. h. (rLoriLe, Montf. 154.) Le cisrcine Montf, 192;—le sromiLe, ib. 130:-—l'éo11De, id. 143.

Ïl y en a, dans le nombre, dont les côtés sont inégaux, et qui conduisent aux coquilles turbinées. Elles varient aussi par la bouche (1).

Cette bouche ne varie pas moins dans celles qui sont symétriques (2), et l’on en observe même dont les tours offrent des renflemens (3).

On en trouve de très-grandes espèces parmi les fossiles : quand le syphon est vers le bord, ce sont les PLanuLiITES. Lam. (4).

On doit particulièrement distinguer celles dont la spire, par une variation singulière dans l’accroissement de ses tours, devient elliptique au lieu de ronde. { Les Ezr1rs0- LITES. Montf. 66.) à

Lorsque le syphon est au milieu, ce sont les AMALTÉS. Montf. go.

Mais les plus remarquables sont celles où le dernier tour prend un très-grand volume, en comparaison du reste de la spire. Elles sont toutes très-petites (5).

Elles conduisent aux Liruus , Breyn., où le dernier tour ne se recourbe plus, mais s’allonge pour former, avec l’extrémité en spirale, une espèce de crosse,

(1) Nautilus beccarii, Gm. Planc. conch. min. not. 1, 1; — le charibde , Montf. 106 ;—le cidarolle , id. 110 ;—le cortale, id. 114.

(2) Nautilus acutauricularis , Ficht. et Moll., XVI, g. h. i. (or£aDe, Montf. 94.)

(3) Le jesite, Montf. 102.

(4 Il en existe un grand nombre laissés auparavant parmi les cornes d’'Ammon.

(5) Nuut. auricula, Ficht. et Moll, XX, d. e. f. (cancriDe -Montf, 266); — naut. planatus (PENÉROPLE , Montf. 258.), XVI. a. L.; —naut. crepidulus, XIX , g.h.i. (AsrACOLE , Montf. 262) ;—nauf, cassis, XVIT , e.g. (rinTHumie, Montf. 254) ;—naut. galea, XVIII, d. e.f, ;—le‘scorrims, Montf, 250 ;—Ile PERIPLE , id, 270.

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