‹ Le règne animal distribué d'après son organisationChapitre 44 sur 92 · LE PREMIER ORDRE DES INSECTES · texte numérisé non relu

LE PREMIER ORDRE DES INSECTES

LES MYRIAPODES. (Mirosara. Fab.)

Nommés vulgairement Mille-Preds, sont les seuls animaux de cette classe qui aient plus de six pieds dans leur état parfait, et dont l'abdomen ne soit pas distinct du tronc. Leur corps, dépourvu d'ailes, est composé d’une suite, ordinairement considérable, d’anneaux, le plus souvent égaux , et portant chacun, généralement, une ou deux paires de pieds, terminés par un seul crochet.

Les myriapodes ressemblent à de petits serpers, ou à des néreïdes, ayant des pieds trèsrapprochés les uns des autres, dans toute la loñgueur de leur corps. Leur tête présente, 10, deux antennes courtes et composées au moins de septarticles ; 20. deux yeux, qui sont une réunion d’yeux lisses, quelquefois ,comme dans les scutigères, très-nombreux et presque à facettes, mais dont les lentilles sont néanmoins proporuonnellement plus grandes, plus

rondes et plus distinctes que celles des yeux. composésdesinsectes ailés(1); 30. deux mandibules dentées , propres à broyer ou à inciser les matières alimentaires, divisées, transversalement, par unesuture, oucomme emmanchées, et unesorte de lèvre sans palpes, divisée et formée de pièces soudées, que M. Savigny considère commeles analogues des quatre machoires supérieures des crustacés, mais réunies. Les deux ou quatre pieds antérieurs se joignent à leur base, s'appliquent ou se couchent sur la lèvre, et concourent, presque exclusivement , à la manducation, tantôt sans changer de forme, tantôt convertis les uns en deux palpes , les autres en une lèvre, àvec deux crochets articulés et mobiles. Ces parties semblent répondre aux pieds-mâchoires des crustacés.

Les stigmates sont souvent très-petits, imperceptibles même dans quelques-uns, et leur nombre surpasse ordinairement celui des stigmates des autres insectes qui en ont le plus, c’est-à-dire dix-huit.

Les myriapodes vivent et croissent plus long-temps que les autres animaux de cette classe, et donnent, à ce que je présume, plu-

. (:) Is sont quelquefois peu sensibles,

sieurs générations. Ils naissent avec six pieds, ou n’ont pas du moins, dans les premiers instans de leur vie, tous ceux qu'ils offriront dans leur état adulte. Les autres pieds, ainsi que les anneaux auxquels ils sont attachés, et dont le nombre varie selon l'espèce, se développent avec l’âge, sorte de métamorphose qui leur est propre; car les autres insectes n'acquièrent plus de nouveaux segmens , et les pieds à crochets, dont le nombre est invariablement de six, ou existent dans Ja larve, ou se montrent tous à la fois dans l’état de nymphe. Ainsi, les myriapodes font réellement, un passage des insectes aux crustacés; leurs formes extérieures les rapprochent de ceux-c1, et leur organisation intérieure, seule base essentielle de nos coupes classiques, les associe à ceux-là. C’est aiusi encore que les arachnides trachéennes ressemblent à l’extérieur aux arachnides pulmonaires, et sont néanmoins plus près des insectes sous les rapports d'anatomie interne. Les myriapodes font leur habitation dans la terre, sous les différens corps placés à sa surface, sous les écorces des arbres, etc. Beaucoup aiment l'obscurité.

Des animaux fossiles et singuliers , dont on n'a pas encore découvert les analogues, et

dont plusieurs, à raison de la constitution minéralogique du terrain où on les a observés, paroissent appartenir à des races totalement anéanties dans les antiques révolutions du globe, les #rzlobites, remplissent peut-être encore mieux le vide qui sépare les myriapodes des crustacés. Ces animaux, que l’on avait confondus jusqu’à ce jour sous la dénomination générale d’ertomolithe paradoxal, doivent, suivant les recherches de M. Brongniard, former quatre à cinq genres, dont les uns paraissent avoisiner les limules, et les autres se rapprocher des gloméris, premier genre de la famille qui va suivre.

La première famille des Myrrapones,

celle des CarrocnatTxes (CmirocnarTua. Lat.), ou les Zules de Linnæus.

À les antennes un peu renflées vers leur extrémité , ou de la même grosseur dans leur étendue, et de sept articles; la bouche composée de deux mandibales et d’une lèvre, divisée et couronnée par quelques appendices, en forme de tubercules, à son bord supérieur. Les deux ou quatre premiers pieds

sont réunis à leur base, rapprochésde lalèvre, mais semblables, d’ailleurs, aux autres.

Leur corps est généralement crustacé et souvent cylindrique. {ls marchent très-lentement, ou se glissent, pour ainsi dire, sur le plan de position , et se roulent en spirale ou en boule. Leurs pieds sont très-courts. Le premier segment du corps est plus grand , et présente l'apparence d’un corselet. Les trois à quatre suivans, et le septième dansles mâles, ne por-. tent qu'une paire de pieds; il y en a deux aux autres, à l'exception cependant des deux où trois derniers, qui en sont dépourvus. Les organes sexuels du mâle sont situés sous le septième, extérieurs, etterminéspar deux crochets. Ceux de la femelle sont, à ce qu'il w’a paru, sous le troisième. Dans l’accouplement, les deux sexes s'appliquent l’un contre l’autre, par le dessous de leur corps, et sont couchés sur le côté. L’extrémité antérieure du corps du mâle dépasse celui de la femelle.

Ces insectes se nourrissent de substances soit végétales, soit animales, mais mortes ou décomposées. Ils pondent dans la terre un grand nombre d'œufs, d’où naissent des petits, qui, suivant une observation de Degeer, n’ont d'abord que six pieds et sept ou huit anneaux.

MYRIAPODES. i 153 Ils ne forment, dans Linnæus, qu’un genre, Les Iuzes. (Iuzus. L.)

Que nous divisons comme il suit :

Les uns ont le corps crustacé, sans appendices au bout, et les antennes renflées vers leur sommet.

Les Groméris. (GLomerrs. Latr.)

Semblables à des cloportes, ovales , et se roulant en boule.

Leur corps, convexe en dessus et concave en dessous, a , le long de chacun de ses côtés inférieurs , une rangée de petites écailles, analogues aux divisions latérales des trilobites. Il n’est composé que de onze à douze segmens ou tablettes, dont le dernier beaucoup plus grand et en demicercle, La plupart sont terrestres et vivent sous les pierres dans les terrains montueux. Les autres font leur séjour dans la mer (1). ,

Les Îures propres. (Iurus. Linn.)

Qui ont le corps cylindrique et fort long , se roulant en spirale , et sans saillie en forme d’arête ou de bord tranchant sur les côtés des anneaux.

Les plus grandes espèces vivent à terre, particulièrement dans les lieux sablonneux, les bois, et répandent une odeur désagréable. Les plus petites se nourrissent de fruits, de racines ou de feuilles de plantes potagères. On en trouve quelques autres sous les écorces d'arbres, dans la mousse, etc.

L'Jule très-orand (TI. maximus. Lin.) Marcg. Bras. pag.

Propre à l'Amérique Méridionale, a jusqu’à sept pouces de long.

(1) Zulus ovalis, Linn. Gronov. Zooph. pl. xvir, 4, 5, dans l'Océan ;—Oniscus zonatus, Panz. Faun. Insect, Germ. IX, xx ;

—oniscus pustulatus, Fab. Panz. ibid. xxtr.

LJ

L'Iule des sables (I. sabulosus. Linn.) Schæff. Elent. Entom. LxxIII. — 2. fasciatus. De G. Insect. VII, XXXVI» 9» IO. he

Long d'environ seize lignes, d’un brun noirâtre, avec deux lignes roussäâtres le long du dos; cinquante-quatre seemens, dont l'avant-dernier terminé par une pointe forte, velue et cornée au bout. — En Europe.

L'Zule terrestre (I. terrestris. Linn.) Geoff. Insect. IT, KXII

D'un quart plus petit, cendré-bleuâtre, entrecoupé de jaunâtre-clair; quarante-deux à quarante-sept segmens. — Avec le précédent (1).

Les Pozypèmes. ( Porypesmus. Latr.)

Semblables aux ïules par la forme linéaire de leur corps et l'habitude de se rouler en spirale, mais dont les segmens sont comprimés sur les côtés inférieurs, avec une saillie en forme de rebord ou d’arête au-dessus.

On les trouve sous les pierres, et le plus souvent dans les lieux humides (2).

Les espèces qui ont des yeux apparens forment le genre Cnaspedosome de M. Leach (5).

Les autres ont le corps membraneux, très-mou, et terminé par des pinceaux ,de petites écailles. Leurs antennes sont de la même grosseur. Tels sont

(1) Aj. Tulus indus, Linn. Deg. VIT, xzut, 7. Séb. Mus. II, xxiv, 4, 5. — Séb. Mus. I, 2xxxt, 5.— Schræt. Abhandl.I, 1, 7.

(2) Les iules: complanatus, depressus, stigma, tridentatus de Fabricius. Ses scolopendres ? dorsalis , clypeata. d

(3) Les espèces inconnues ayant M. Leagh, paraissent propres à la Grande-Bretagne,

Les PozryxEnes. (Porzyxenus. Latr.);

Qui ne comprennent encore qu’une seule espèce, rangée avec les Scolopendres (Sc. Zagura. L.) par Linnæus, Geof- - froi et Fabricius.

C’est le Zule à queue en pinceau de Geer. Insect. VIT, XXXVI,1, 2, 3. Cet insecte est très-petit, oblong , avec des aigrettes de petites écailles sur les côtés, et un pinceau blanc à l'extrémité postérieure du corps. Il a douze paires de pieds, placées sur autant dé demi-anneaux.

I] se tient sous les vieilles écorces.

La seconde famille de MyrrAPoDEs,

Les Caicopones ( CurcopopA. Lat.)

Ou les Scolopendres de Linnæus, etc., ont les antennes plus grèles vers leur extrémité, de quatorze articles et au-delà; une bouche composée de deux mandibules, d’une lèvre quadrifide , de deux palpes ou petits pieds réunis à leur base, et d’une seconde lèvre formée par une seconde paire de pieds dilatés, joints à leur naissance, et terminés par un fort crochet, percé sous son extrémité d’un trou, pour la sortie d'une liqueur vénéneuse.

Le corps est déprimé et membraneux.

Chacun de ses anneaux est recouvert d’une plaque coriace ou cartilagineuse , ét ne porte, le plus souvent, qu'une paire de pieds; la

dernière est ordinairement rejetée en arrière, et s'allonge en forme de queue.

Ces animaux courent très-vite, sont carnassiers, fuient la lumière, et se cachent sous les pierres, les vieilles poutres, les écorces des arbres, dans laterre, le fumier, etc. Les habitans des pays chauds les redoutent beaucoup, les espèces qu’on y trouve étant fort grandes, et leur venin pouvant être plus actif. La scolopendre z2ordante est désignée aux Antilles par l’épithète de rnalfaisante. On en connait qui ont une propriété phosphorique.

Les organes sexuels sontintérieurs et situés, à ce qu'il parait, à l'extrémité postérieure du corps, comme dans la plupart des insectes suivaus. Les stigmates sont plus sensibles que dans la famille précédente.

Ils ne forment aussi, dans Linnæus, que le genre

DEs SCOLOPENDRES. (SCOLOPENDRA. L.)

Que nous divisons comme il suit :

Les ScuricÈres. (ScuTIGERA. Lam.— Cermatia. Alio.)

Qui ont le corps recouvert de huit plaques en forme d’écussons , et son dessous divisé en quinze demi-anneaux, portant chacun une paire de pieds terminés par un tarse fort long, grêle et très-articulé ; les dernières paires sont plus allongées ; les yeux sont grands et à facettes.

Elles ont des antennes grèles et assez longues; les deux

palpes saillans et garnis de petites épines. Le corps est plus court que dans les autres genres de la même famille, avec les articles des pieds proportionnellement plus longs.

Les scutigères sont fort agiles et perdent souvent une partie de leurs pieds lorsqu'on les saisit.

L'espèce de notre pays (1) se cache entre les poutres ou les solives des charpentes des maisons.

Les Livuogies. (Lirnogius. Leach.)

Qui ont le corps divisé, tant en dessus qu’en dessous , en un pareil nombre de segmens, portant chacun une paire de pieds, et les plaques supérieures alternativement plus longues et plus courtes, en recouvrement, jusque près de l'extrémité postérieure. Elles ont toutes quinze paires de pieds.

Le Lithobie fourchu. (Scolopendra forficata. Lin. Fabr. De G.) Geoff. Hist. des Insect. II, xx11 , 3.—Panz. Faun. Insect. Germ. L , x111 (2).

LEs ScoLOPENDRES propres. (SCOLOPENDRA. Linn.)

Ayant, comme les lithobies, le dessus et le dessous du corps ésalement divisé, mais dont les plaques supérieures sont égales ou presque égales et découvertes.

Plusieurs espèces n’ont pas d’yeux bien distincts, et forment les senres Crytops et Geophilus de M. Leach. Dans celui-ci les deux pieds postérieurs sont presque égaux aux précédens , tandis qu’ils sont plus longs dans les Géophiles et les Scolopendres. Ces derniers insectes ont quatre yeux sensibles déthaque côté de la tête, et la seconde lèvre den-

(1) La scolopendre à 28 pattesde Geoffroi, qui paraît différer de la s. coleoptratu de Panzer, Faun. Insect. Germ. L,, x11, et de celle de Linnæus. — fulus araneoides, Pall. Spicil. Zool. IX, 1v, 16. — Scolopendra longicornis, Fab, ; de Tranquebar.

(2) L. variegatus, lævilabrum , Leach. Trans, Linp, Soc, XI.

telée à son sommet; ils ont ordinairement quarante-deux pieds. Ce genre renferme les plus grandes espèces. Les Crytops et surtout les Géophiles ont le corps beaucoup plus long et plus étroit, et le nombre de leurs pieds est très-considérable. Quelques especes sont électriques (1).

Page 1