‹ Le règne animal (volume 2)Chapitre 10 sur 105 · METHODES · texte numérisé non relu

METHODES

Pour que chaque être puisse toujours se reconnaîlre clans ce catalogue, il faut qu'il porte son caractère avec lui : on ne peut donc prendre les caractères dans des propriétés ou dans des habitudes dont l'exercice soit momentané, mais ils doivent être tirés de la conformation.

Presque aucun être n'a de caractère simple, ou ne peut être reconnu par un seul des traits de sa conformation : il faut presque toujours la réunion de plusieurs de ces traits pour distinguer un être des êtres voisins, qui en ont bien aussi quelquesuns, mais qui ne les ont pas tous, ou les ont combinés avec d'autres qui manquent au premier être^ et plus les êtres que Ton a à distinguer sont nombreux, plus il faut accumuler de traits ; en sorte que , pour distinguer de tous les autres un être pris isolément, il faut faire entrer dans son caractère sa description complète.

C'est pour éviter cet inconvénient que les divisions et subdi- Tisions ont été inventées. L'on compare ensemble seulement un certain nombre d'êtres voisins , et leurs caractères n'ont besoin que d'exprimer leurs différences, qui , par la supposition même , ne sont que la moindre partie de leur conformation. Une telle réunion s'appelle un genre.

On retomberait dans le même inconvénient pour distinguer les genres entre eux , si l'on ne répétait ro{)ération en réunissant les genres voisins , pour former un ordre; les ordres voisins , pour former vme classe y etc On peut encore établir

des subdivisions intermédiaires.

Cet échafaudage de divisions, dont les supérieures contiennent les inférieures, est ce qu'on appelle une méthode. C'est , à quelques égards , une sorte de dictionnaire où l'on part des propriétés des choses pour découvrir leurs noms, et qui est l'inverse des dictionnaires ordinaires , où l'on part des noms pour apprendre à connaître les propriétés.

Mais quand la méthode est bonne , elle ne se borne pas à enseigner les noms. Si les subdivisions n ont pas été établies arbitrairement, mais si on les a fait reposer sur les véritables rapports fondamentaux , sur les ressemblances essentielles des êtres , la méthode est le plus sûr moyen de réduire les propriétés de ces êtres à des règles générales, de les exprimer dans les moindres termes et de les graver aisément dans la mémoire.

Pour la rendre telle, on emploie une comparaison assidue des êtres , dirigée par le principe de la subordination des ca-

ractèreS) qui dérive lui-même de celui des conditions d'existence. Les parties d'un être devant toutes avoir une convenance mutuelle , il est tels traits de conformation qui en excluent d'autres; il en est qui, au contraire, en nécessitent; quand on connaît donc tels ou tels traits dans un être, on peut calculer ceux qui coexistent avec ceux-là, ou ceux qui leur sont incompatibles ; les parties, les propriétés ou les traits de conformation qui ont le plus grand nombre de ces rapports d'incompatibilité ou de coexistence avec d'autres, on, en d'autres termes, qui exercent sur l'ensemble de l'être l'influence la plus marquée, sont ce que l'on appelle les caractèî^es imj^oi'tanis , les caractères dominateurs ; les auti'es sont les caractères subordonnés , et il y en a ainsi de différents degrés.

Cette influence de caractères se détermine quelquefois d'une manière rationnelle par la considération de la nature de l'organe; quand cela ne se peut, on emploie la simple observation, et un moyen sûr de reconnaître les caractères importants , lequel dérive de leur nature même , c'est qu'ils sont les plus constants , et que, dans une longue série d'êtres divers, rapprochés d'après leurs degrés de similitude, ces caractères sont les derniers qui varient.

De leur influence et de leur constance résulte également la règle, qu'ils doivent être préférés pour distinguer les grandes divisions ; et qu'à mesure que l'on descend aux subdivisions inférieures , on peut descendre aussi aux caractères subordonnés et variables.

11 ne peut y avoir qu'une méthode parfaite , qui est la méthode naturelle : on nomme ainsi un arrangement dans lequel les êtres du même genre seraient plus voisins entre eux que de ceux de tous les autres genres ; les genres du même ordre , plus que de ceux de tous les autres ordres , et ainsi de suite. Cette méthode est l'idéal auquel l'histoire naturelle doit tendre ; car il est évident que si l'on y parvenait, l'on aurait l'expression exacte et complète de la nature entière. En effet, chaque être est déterminé par ses ressemblances et ses différences avec d'autres, et tous ces rapports seraient parfaitement rendus par l'arrangement que nous venons d'indiquer.

En un mot, la méthode naturelle serait toute la science, et chaque pas qu'on lui fait faire approche la science de son liut.

La vie étant de toutes les propriétés des êtres la plus importante , et de tous les caractères le plus élevé , il n'y a rien

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