‹ Le règne animal (volume 2)Chapitre 34 sur 105 · L'HOMME · texte numérisé non relu

L'HOMME

son estomac est simple , son canal intestinal de longueur médiocre , ses gros* intestins bien marqués, son cœcum court et gros, augmenté d'un appendice grêle , son foie divisé seulement en deux, lobes et un lobule , son épiploon pend au-devant des intestins jusque dans le bassin.

Pour compléter l'idée abrégée de la structure anatomique de l'homme , nécessaire pour cette introduction , nous ajouterons qu'il a trente-deux vertèbres , dont sept cervicales , douze dorsales , cinq lombaires , cinq sacrées , et trois coccygiennes. De ses côtes, sept paires s'unissent au sternum par des alonges cartilagineuses, et se nomment vraies côtes ; les cinq paires suivantes sont nommées fausses côtes. Son crâne à l'.àge adulte a huit os ; savoir, un occipito-basilaire , deux temporaux , deux pariétaux , un frontal, un ethmoïde et un sphénoïdal. Les os de sa face sont au nombre de quatorze ; deux maxillaires, deux jugaux, dont chacun joint le temporal au maxillaire du même côté, par une espèce d'anse nommée ai'cade zygomatique ; deux nasaux , deux palatins en arrière du palais , un vomer entre les narines , deux cornets du nez dans les narines , deux lacrymaux aux côtés internes des orbites , et l'os unique de la mâchoire inférieure. Chaque mâchoire a seize dents , quatre incisives tranchantes au milieu , deux canines pointues aux coins , et dix molaires à couronnes tuberculeuses, cinq de chaque côté : ce sont en tout trente-deux dents. Son omoplate a au bout de son épine ou arête saillante une tubérosité, dite acromion, â laquelle s'attache la clavicule et , au-dessus de son articulation , une pointe nommée bec coracoïde , pour l'attache de quelques muscles. Le radius tourne complètement sur le cubitus â cause de la manière dont il s'articule avec l'humérus. Le carpe a huit os, quatre par chaque rangée; le tarse en a sept ; ceux du reste de la main et du pied se comptent aisément d'après le nombre des doigts.

L'homme, au moyen de son industrie, jouissant d'une nourriture uniforme , est en tout temps disposé aux plaisirs de l'amour sans y être jamais entraîné avec fureur; son organe mâle n'est point soutenu par un axe osseux; le prépuce ne le retient pas attaché à l'abdomen, mais il pend au-devant du pubis : des veines grosses et multipliées , qui reportent aisément dans la masse de la circulation le sang des testicules , paraissent contribuer â cette modération de désirs.

La matrice de la femme est une cavité simple et ovale ; ses mamelles , au nombre de deux seulement , sont situées sur la poitrine , et répondent à la facilité qu'elle a de soutenir son enfant sur ses bras.

Déreloppement physique et moral de Vhonime.

La portée ordinaire dans l'espèce humaine n'est que d'un petit; sur cinq cents accouchements , il n'y en a qu'un de deux enfants ; il est beaucou}» plus rare encore d'en avoir de plus nombreux. La durée de la gestation est de neuf mois. Un fœtus d'un mois a ordinairement un pouce de haut ; à deux mois , il a deux pouces et un quart ; à trois mois , cinq pouces ; à cinq mois , six ou sept pouces ; â sept mois , onze pouces ; â huit mois , quatorze pouces ; à neuf mois , dix-huit pouces. Ceux qui naissent â moins de sept mois ne vivent point pour la plupart. Les dents de lait commencent à paraitre quelques mois après la naissance , en commençant par celles du milieu. A deux ans. il y en a vingt qui tombent successivement vers la

septième année , pour être remplacées par d'autres. Des douze arriéremolaires , qui ne doivent pas tomber, il y en a quatre qui paraissent à quatre ans et demi , quatre à neuf ans ; les quatre dernières ne paraissent quelquefois qu'à la vingtième année.

Le fœtus croît davantage à mesure qu'il approche de la naissance. L'enfant, au contraire , croît toujours de moins en moins. Il a à sa naissance plus du quart de sa hauteur ; il en atteint moitié à deux ans et demi ; les trois quarts à neuf ou dix ans. Ce n'est guère qu'à dix-huit ans qu'il cesse de croître. L'homme passe rarement six pieds , et il ne reste guère audessous de cinq. La femme a ordinairement quelques pouces de moins.

La puberté se manifeste par des signes extérieurs , de dix à douze ans dans les filles, de douze à seize dans les garçons. Elle commence plus tôt dans les pays chauds. L'un et l'autre sexe produisent rarement avant l'époque de cette manifestation.

A peine le corps a-t-il atteint le terme de son accroissement en hauteur , qu'il commence à épaissir; la graisse s'accumule dans le tissu cellulaire. Les différents vaisseaux s'obstruent graduellement; les solides se raidissent; et après une vie plus ou moins longue, plus ou moins agitée, plus Qu moins douloureuse , arrivent la vieillesse , la caducité , la décrépitude et la mort. Les hommes qui passent cent ans sont des exceptions rares ; la plupart périssent long-temps avant ce terme , ou de maladies , ou d'accidents , ou même simplement de vieillesse.

L'enfant a besoin des secours de sa mère bien plus long-temps que de son lait , d'où résulte pour lui une éducation intellectuelle en même temps que physique , et entre tous deux un attachement durable. Le nombre à peu près égal des individus des deux sexes , la difficulté de nourrir plus d'une femme quand les richesses ne suppléent pas à la force , montrent que la monogamie est la liaison naturelle à notre espèce , et comme dans toutes celles où ce genre d'union existe , le père prend part à l'éducation du petit. La longueur de cette éducation lui permet d'avoir d'autres enfants dans l'intervalle, d'où résulte la perpétuité naturelle de l'union conjugale, comme de la longue faiblesse des enfants résulte la subordination de famille, et par suite tout l'ordre de la société , attendu que les jeunes gens qui forment les familles nouvelles conservent avec leurs parents les rapports dont ils ont eu si long-temps la douce habitude. Cette disposition à se seconder mutuellement multiplie à l'infini les avantages que donnaient déjà à l'homme isolé son adresse et son intelligence ; elle l'a aidé à dompter ou à repousser les autres animaux , et à se préserver partout des intempéries du climat; c'est ainsi qu'il est parvenu à couvrir la face de la terre.

Du reste l'homme ne parait avoir rien qui ressemble à de l'instinct , aucune industrie constante et produite par des images innées ; toutes ses connaissances sont le résultat de ses sensations, de ses observations, ou de celles de ses devanciers. Transmises par la parole, fécondées par la méditation, appliquées à ses besoins et à ses jouissances, elles lui ont donné tous ses arts. La parole et l'écriture , en conservant les connaissances acquises , sont pour l'espèce la source d'un perfectionnement indéfini. C'est ainsi qu'elle s'est fait des idées, et qu'elle a tiré parti de la nature entière. Il y a cependant des degrés très différents dans le développement de l'homme.

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Les premières hordes, réduites à vivre de chasse, de pêche ou de fruits sauvages , obligées de donner tout leur temps à la recherche de leur subsistance, ne pouvant beaucoup multiplier, parce qu'elles auraient détruit le gibier , faisaient peu de progrès ; leurs arts se bornaient à construire des huttes et des canots; à se couvrir de peaux, et à se fabriquer des flèches et des filets; elles n'observaient guère que les astres, qui les guidaient dans leurs courses, et quelques objets naturels dont les propriétés leur rendaient des services; elles ne s'associèrent que le chien, parce qu'il avait un penchant naturel pour le même genre de vie. Lorsque l'on fut parvenu à dompter des animaux herbivores , on trouva dans la possession de nombreux troupeaux, une subsistance toujours assurée, et quelque loisir que l'on employa à étendre les connaissances; on mit quelque industrie dans la fabrication des demeures et des vêtements ; on connut la propriété et par conséquent les échanges, la richesse et l'inégalité des conditions , sources d'une émulation noble et de passions viles ; mais une vie errante pour trouver de nouveaux pâturages , et suivre le cours des saisons , retint encore dans des bornes assez étroites.

L'homme n'est parvenu réellement à multiplier son espèce à un haut degré , et à porter très loin ses connaissances et ses arts , que depuis l'invention de l'agriculture et la division du sol en propriétés héréditaires. Au moyen de l'agriculture , le travail manuel d'une partie seulement des membres de la société nourrit tous les autres , et leur permet de se livrer aux occupations moins nécessaires , en même temps que l'espoir d'acquérir par l'industrie une existence douce pour soi et pour sa postérité , a donné à l'émulation un nouveau mobile. La découverte des valeurs représentatives a porté cette émulation au plus haut degré, en facilitant les échanges, en rendant les fortunes à la fois plus indépendantes et susceptibles de plus d'accroissement ; mais , par une suite nécessaire , elle a porté aussi au plus haut degré les vices de la mollesse et les fureurs de l'ambition.

Dans tous les degrés de développement de la société, la propension naturelle à tout réduire à des idées générales , et à chercher des causes à tous les phénomènes, a produit des hommes méditatifs, qui ont ajouté des idées nouvelles à la masse de celles que l'on possédait; et tant que les lumières n'ont pas été communes , ils ont presque tous cherché à se faire de leur supériorité un moyen de domination , en exagérant leur mérite aux yeux des autres , et en déguisant la faiblesse de leurs connaissances par la propagation d'idées superstitieuses.

Un mal plus irrémédiable est l'abus de la force : aujourd'hui que l'homme seul peut nuire à l'homme , il est aussi la seule espèce qui soit continuelment en guerre avec elle-même. Les sauvages se disputent leurs forêts, les nomades leurs pâturages; ils font aussi souvent qu'ils le peuvent des irruptions chez les agriculteurs , pour s'emparer sans peine des résultats de longs travaux. Les peuples civilisés eux-mêmes, loin d'être satisfaits de leurs jouissances , combattent pour les prérogatives de l'orgueil ou pour le monopole du commerce. De là la nécessité des gouvernements pour diriger les guerres nationales , et pour réprimer ou réduire à des formes réglées les querelles particulières.

Des circonstances plus ou moins favorables ont retenu l'état social à certains degrés , ou ont avancé son développement.

Les climats glacés du nord des deux continents , les impénétrables forêts

de l'Aménque, ne sont encore habités que parties sauvages chasseurs ou pêcheurs.

Les immenses plaines sablonneuses ou salées du centre de l'Asie et de l'Afrique sont couvertes de peuples pasteurs et de troupeaux innombrables ; ces hordes à demi-civilisées se rassemblent chaque fois qu'un chef enthousiaste les appelle , et fondent sur les pays cultivés qui les entourent, pour s'y établir et s'y amollir , jusqu'à ce que d'autres pasteurs viennent les y subjuguer : c'est la véritable cause du despotisme qui a écrasé , dans tous les temps, l'industrie née dans les beaux climats de la Perse , de l'Inde et de la Chine.

Des climats doux, des sols naturellement arrosés , et riches en végétaux, sont les berceaux naturels de l'agriculture et de la civilisation ; et quand leur position les met à l'abri des irru[)tions des Barbares , tous les genres de lumières s'y excitent mutuellement : telles furent, les premières en Europe , la Grèce et l'Italie ; telle est aujourd'hui presque toute cette heureuse partie du monde.

Il y a cependant aussi des causes intrinsèques qui paraissent arrêter les progrès de certaines races, même au milieu des circonstances les plus favorables.

Variétés de l'espèce humaine.

Quoique l'espèce humaine paraisse unique, puisque tous les individus peuvent se mêler indistinctement, et produire des individus féconds , on y remarque de certaines conformations héréditaires , qui constituent ce qu'on nomme des races.

Trois d'entre elles paraissent éminemment distinctes : la blanche , ou caucasique ; la jaune , ou mongolique ; la nègre, ou éthiopique.

La caucasique , à laquelle nous appartenons , se distingue par la beauté de l'ovale que forme sa tête ; et c'est elle qui a donné naissance aux peuples les plus civilisés, à ceux qui ont le plus généralement dominé les autres : elle varie par le teint et par la couleur des cheveux.

La mongolique se reconnaît à ses pommettes saillantes, à son visage plat, à ses yeux étroits et obliques , à ses cheveux droits et noirs , à sa barbe grêle, à son teint olivâtre. Elle a formé de grands empires à la Chine et au Japon, et elle a quelquefois étendu ses conquêtes cn-deça du grand désert ; mais sa civilisation est toujours restée stationnaire.

La race nègre est confinée au midi de l'Atlas : son teint est noir, ses cheveux crépus , son crâne comprimé , et son nez écrasé ; son museau saillant et ses grosses lèvres, la rapprochent sensiblement des singes : les peuplades qui la composent sont toujours restées barbares.

On a appelé caucasique la race dont nous descendons , parce que les traditions et la filiation des peuples semblent la faire remonter jusqu'à ce groupe de montagnes, situé entre la mer Caspienne et la mer Noire, d'où elle s'est répandue comme en rayonnant. Les peuples du Caucase même , les Circassiens et les Géorgiens, passent encore aujourd'hui pour les plus beaux de la terre. On peut distinguer les principales branches de cette race par l'analogie des langues. Le rameau araméen ou de Syrie, s'est dirigé au midi ; il a produit les Assyriens , les Chaldéens , les Arabes toujours indomptés, et qui, après Mahomet, ont pensé devenir maîtres du monde; les Phéniciens, les Juifs, les Abyssins , colonies des Arabes: il

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