‹ Le règne de Charles le Chauve (840-877)Chapitre 175 sur 211 · RETOUR DE FORTUNE · texte numérisé non relu

RETOUR DE FORTUNE

Campagne en Aquitaine contre les Normands. Sacre de Charles à Orléans, fuite de Pépin. Réconciliation de Charles et de Lothaire à Péronne. Synode de Quierzy : condamnation de Gottschalk. Nouvelle campagne en Aquitaine, prise de Toulouse, soumission de la Gothie et de la Gascogne. Schisme de l'église bretonne, nouvelle expédition en Bretagne, mort de Nominoé. Deuxième colloque de Meerssen : la « concorde ».

Au début de l'année 848, Charles se décida à faire preuve d'énergie et à porter secours à ceux de ses sujets d'Aquitaine quele traité de Saint- Benoît laissait sous son autorité directe.

Les pirates Scandinaves n'avaient cessé d'infester l'Aquitaine, plus spécialement la région qui s'étendait de la Loire à la Gironde, celle précisément qui était demeurée au pouvoir de Charles. A peine avait-il levé le siège infructueux de Toulouse que les Normands remontaient la Garonne jusqu'à cette ville, exerçant leurs ravages en tous sens sans rencontrer de résistance fin de 844). Ces pirates appartenaient au même groupe qui s'était emparé de Nantes l'année précédente. Leur repaire était dans l'île de Heri, dite plus tard Noirmoutier. A la fin de 844 ou au début de Tannée 845, ils gagnèrent l'Espagne, puis le Maroc et bataillèrent contre chrétiens et mulsumans, mais sans succès durable1. Aussi, au cours de l'année 845, se décidèrent-ils à regagner

1. Annales Bertiniani, p. 32 : « 844... Nordomanni per Garrondam Tolosam usque proficiscentes, praedas passim irnpune perficiunt. Unde regressi quidam Galliciamque adgressi, partim ballistariorum occursu partim tempestate maris intercept.i dispereunt. Sed et quidam eorum ulterioris Hispaniae partes adorsi,diu acriterquecum Saracenis dimicantes, tandem victi resiliunt î; — Chronique de Nantes, c. vu, éd. R. Merlet, p. 20 : «... et volent.es inde (ab Herio insula) ad regionem suam navigare, ventus aquilo violentia coactos usque ad Galliciam deduxit. Gallicii vero se ab eis in fortitudine magna defendentes, omnes exceptis triginta navibus interfecerunt t. Cf. la Chronique dite de Sébastien de

[845-847] retour des normands en aquitaine 187

l'Aquitaine. Ils débarquèrent entre Bordeaux et Saintes. Le duc des Gascons, d'origine franque, nommé Séguin, fut battu, pris et tué. Saintes tomba aux mains des barbares, qui s'établirent dans la région après avoir brisé toule résistance1. Vers le même moment (novembre) 2, Charles était vaincu par Nominoé et n'échappait à la mort que par miracle'; son frère Lothaire prenait soudain une attitude menaçante4. Les Normands paraissaient pour longtemps assurés de l'impunité. Une crise intérieure de l'état danois les rappela, dans leur pays. Ils firent voile pour la Baltique en juillet 84G après avoir incendié leur camp de Noirmoutier b.

Le répit fut de très courte durée. Vers le début de 847 Nominoé sou-

Salamanque dans Florez, Espana sagrada, t. XIII, p. 487. Sur les historiens arabes, Nowairi, Ibn-Al-Athir, Ibn-Adhari, Al Makkair, etc., voy. Dozy, Recherches sur Vhistoire de V Espagne, 3e éd., t. II, p. 253 et suiv.; Barrau-Dihigo, Contribution à la critique de Conde dans Estudios de erudicion oriental, Homenage d D. Francisco Codera, p. 561.

1. Loup de Ferrières à Ganelon, archevêque de Sens : a. Quidam vero de Aquitania venientes Nortniannos eruptionem his diebus fecisse retulerunt et nostros, id est christianos, pedestro cum eis proelio congressos et miserabiliter, nisi quos fuga eripere potuit, peremptos. In quo bello comprehensum ducem Vasconum Siguinum et peremptum etiam jurando testati sunt. Quae res quam vera sit dominica sententia « onine regnum in seipsum divisum desolabitur » indicat et discordiam amplectentibus qui fructus maneat manifestât ;) (ep. 31, éd. Dùmmler, p. 39). — Chronicon Aquitanicum : « 845 Sigoinus cornes a Northmannis capitur et occiditur et Sanctonas urbs concrematur, thesauris ejus optimis exportatis. » Le Chronicon Engolismense et Adémar de Chabannes reproduisent la même information dans les mêmes termes, sauf qu' Adémar qualifie Séguin de « cornes Burdegalensis et Sanctonicensis » (voy. dans J. Lair, Études critiques..., t. II, p. 113). Ces trois textes dérivent d'annales angoumoisines perdues. — Annales Bertiniani, p. 33 : «845... Dani qui anno praeterito Aquitaniam vastaverant remeantes, Santonas invadunt, confligentes superant quietisque sedibus immorantur. Karolus Britanniam etc. $. — Chronique de Nantes, éd. Merîet, p. 20 : <r Quibus inde [aGallicia] fugatis, ipsimet a zephiro deducti redierunt Burdegalam ; qua devastata, navigaverunt usque Santonas ibique, magnis rapinis captis, ad suam inde patriam valde desideratam remeaverunt satis ditissimis spoliis onerati. d La prise de Bordeaux est clans ce dernier texte placée par anachronisme avant celle de Saintes.

2. La lettre 31 de Loup (cf. note précédente), postérieure au 11 novembre, antérieure au 22 du même mois (voy. Levillain, dans la Bibl. de VÉcole des chartes, 1902, p. 73-75), permet de dater d'octobre ou du début de novembre, la défaite et la mort de Seguin ainsi que la prise de Saintes. Il est vrai que dans l'obituaire de Saint-Germain-des-Prés d'Usuard, terminé avant 869, on trouve l'obit d'un comte Seguin à la date du 13 janvier (voy. Molinier, et Longnon Obituaires de la province de Sens, t. I, p. 248), mais rien n'indique qu'il s'agisse du nôtre.

Page 1