DÉFECTION DE LAMBERT
Eude, qui venait de se signaler dans la campagne d'Aquitaine'. Les évêques sacrifiés en avaient appelle à Rome. Léon IV fit entendre des protestations, mais en vain2. Nominoé refusa même de recevoir la dernière que lui adressa le pontife, quoiqu'elle fût conçue en termes très modérés3. C'est que, avant d'aborder Nominoé, le légat était entré en rapport avec les évêques francs, ce qui excita la défiance du Breton4.
Sur ces entrefaites, par suite d'un revirement dont la cause demeure impénétrable, le marquis Lambert, « méditant la tyrannie », fit défection et rejoignit Nominoé. Il avait entraîné dans la révolte, son frère Garnier. Celui-ci joua de malheur : fait prisonnier par Joubert, comte du Maine, il fut amené au roi pendant que celui-ci tenait le plaid général de Yerberie (juin)5.
Devant la gravité de la situation, Charles se résolut aussitôt à une
note 3). La Borderie (t. II, p. 50, note 4, et p. 59-60 et 63) a bâti un roman sur « le duché ou marche d'entre Seine-et-Loire » confié à Lambert. Il s'autorise d'an passage de Réginon (sous l'année 860) : « Lambertus qui ducatum tenebat inter Ligerim et Sequanam». Mais Réginon, écrivant en 906, commet un anachronisme ou interprète à sa guise un texte où il lisait la qualification de duc (ou marquis) appliqué à Lambert. En réalité, sous Charles le Chauve, il n'a pas existé de duché ou marche d'entre Seine et Loire.
1. Eude apparaît comme comte d'Anjou dans un diplôme du 3 juillet 851 par lequel le roi ratifie l'échange d'une pièce de terre dans l'enceinte d'Angers, conclu entre ce personnage et l'évêque Doon (R. Merlet, Guerres d'indépendance, p. 26; Cartulaire noir de la cathédrale d'Angers, éd. Ch. Urseau, 1908, p. 23, n° 9). L'installation d'Eude à Angers coïncide évidemment avec la date à laquelle Lambert quitte ce comté pour recouvrer celui de Nantes, la a marche ».
2. Yoy. plus loin la lettre synodale des évêques francs à Nominoé et la lettre de Nicolas 1er à Salomon (dans la Chronique de Nantes, p. 59).