GASTON DE BÉARN ET EDWARD I
mépris de l'appel, eussent commis des violences sur les terres de Béarn : Edward avait promulgué dans tout le duché défense de recevoir les sujets de Gaston, de conclure des marchés avec eux, de régler leurs créances; les hayles de Soûle et des environs se conduisaient comme si, quant à eux, la guerre n'était pas suspendue '. La pétition présentée par les Frères Mineurs était rédigée en termes si mesurés que la cour ducale dut donner dans une certaine mesure satisfaction au vicomte ; elle restitua à ses vassaux la licence de commercer, la liberté du transit, par respect pour « ri^onneur et les défenses du roi de France », concessions ^ui furent notifiées par un mandement au sénéchal de Gascogne. Mais il faut croire que ce mandement n'eut pas d'e^et; car Gaston de Béarn, au parlement du mois de septembre, dans une séance où Philippe siégeait, dénonça le duc d'Aquitaine comme « traître, juge inique et déloyal, pour l'avoir pris, grant domage fet de ses biens et de ses choses, dont il réquei^t que li rois d'Engieterre en chaïst es peines que il en devroit souffrir par loi de terre ^ ». Il finit par jeter le g'ag-e de bataille aux procureurs de son ennemi, et « pour fere plus g-rand despit, cil de son ostel et de sa compaignie » l'imitèrent.
Philippe III se trouva par là mêlé à un conflit bien plus grave que ceux que son Parlement résolvait à chaque session, aux « jours » du duché d'Aquitaine, et qui, s'il eût été d'un tempérament moins pacifique, aurait pu dégénérer aisément en casus helU. Mais il se contenta de se tenir sur la défensive et de maintenir sauf son droit royal d'appel, engagé dans l'affaire.
Pour répondre au défi solennel de Gaston de Béarn, Edward P"" envoya à la cour cinq chevaliers chargés de se
multis de suis, obsidionem amoveri jussit, minisiris comiuittens ut in curia régis Francie causam prosequcrentur contra Gastonem » (Th. Walsinphum, 1,13).
1. Rymeh, 12, p. 138. Exposé des griefs et jugement de la cour ducale : <• Tarn idem baillivus, quam alii, nnilta dampna et gravamina et injurias inferunt in terra domini Gastonis, ita quod„ quantum est in eis, parum vidctur guerra cessare ».
2. -Mémoire des procureurs du roi d'Angleterre à Philippe III sur l'alTaire de G. de Béarn. ï\ec. Off., Chanc. mise. Portf., X, n» 1031. — Cf. Chron. Lemov., H. F., XXI, 78i.
présenter comme^ses champions '. Pourtant, il n'y eut pas de combat, car le vicomte déclara que « l'action étant personnelle, il ne pouvait se mesurer qu'avec Edward lui-même ». Là-dessus, la cour cita les deux adversaires à la prochaine session de la Chandeleur 2.
Bien que le roi d'Angleterre tint beaucoup à ce que cette affaire, qu'il avait fort à cœur % fût terminée au plus tôt, les débats durèrent longtemps. Sur la controverse primitive s'étaient greffés peu à peu des incidents secondaires ; violation de l'immunité des appelants par les officiers ducaux, défi de septembre 1274, sans compter que, la succession de Bigorre étant sur le point de s'ouvrir, les prétentions de Constance, fille de G. de Béarn, à l'héritage de ce comté, menaçaient continuellement de compliquer encore les problèmes en suspens. Le gouvernement de Philippe le Hardi, si soucieux de la légalité féodale, hésitait d'ailleurs à donner raison à un seigneur qui, tout dévoué qu'il se montrât à la couronne de France, avait eu d'incontestables torts envers son suzerain immédiat. On s'explique ainsi que le roi ait conseillé finalement au vicomte de Béarn d'aller de son plein gré s'excuser à Londres des intempérances de langage qu'il avait à se reprocher, et en même temps faire sa soumission *.
(( J'apprends, écrivait alors de Paris à Edward P"" Pierre Odon, l'un de ses clercs % qu'on vous envoie G. de Béarn en
1. Chronicles of Lhe. reign of Edw. I" (Ann. London), I, 84. — Cf. Duffus Ha.rd¥, Descriptive Catalogue of materials: relating to the history of Gi-eat Britain, III, 207. — Plusieurs chevaliers écrivirent spontanéiuent à Edward pour lui olfrir leurs services. Rymkr, p. 176. Lettre de G. de Nuevile : « Corne il soit ensi que homme m'a dit que G. de Béarz a parié en la court le roi de Franche contre vous et parti sen wage, sire, je vos pri et rekier que vous me donniés la bataille. Ainçois conseillés a notre seigneur de Valeri ou as autres preudhommes du roianie de Franche se je sui souhsans de faire et sachiés que... je le ferai... pour le grant amour (|ue je ai à vous. »
2. Il y eut l'année suivante un combat singulier entre G. de Thezac, chevalier (lu duc d'A(|iiitainc, et l'ons de Podio Ver/acho. damoiseau du vicomte, qui l'avait appelé traître et menteur en plein Parlement. Voy. la lettre de G. de Thezac qui prie Edward de lui envoyer un bon cheval pour la circonstance, Rer. 0/f, Royal Letters, Vlli, n" 1558 (24 dec. 1275).
3. Champ., i, 177. Lettre d'Edw. ler. « Desiderantes, princeps inclytc, negocium ipsum (piod multum inhcret tenaciter cordi nostri féliciter et celeriler expediri... »
4. Cf. une lettre de Marguerite de Provence à Edw. l" pour lui demander la grâce de G. de Bearn. Cuami'., I, 28U.