ASSEMBLÉE DE BOURGES
délibérer sur la grave question de savoir s'il convenait d'accepter *.
A Bourges comme à Bordeaux, le texte des conditions proposées par le pape ne parut pas satisfaisant. Etienne de Baveux et Pierre, archidiacre de Solog^ne, furent chargés d'aller porter à Rome les représentations de l'assemblée "^ Barons et prélats demandaient essentiellement que la décime fût concédée non seulement sur les terres françaises, mais sur toutes les terres chrétiennes, ou tout au moins, pour quatre ans, dans les diocèses suivants, situés hors du royaume : Cambrai, Liège, Metz, Toul, Verdun, Vienne, Aix, Lyon, Besançon ; qu'il y eût une prédication comme pour une croisade, et les mêmes indulgences que pour une expédition d'outre-mer; que le pape s'engageât, par lettres apostoliques, à accorder tout ce qui précède : 1" au fds du roi qui serait choisi (à l'exclusion do l'aîné), si toutefois les barons et les prélats étaient d'avis qu'il acceptât ; 2" au roi lui-même si, sans accepter le don proposé, il aidait l'Église romaine contre P. d'Aragon; que certaines clauses du projet papal fussent effacées, par exemple celle-ci : « Le nouveau roi gardera les coutumes et les lois d'Aragon qui ne sont pas contraires aux canons », car il y aurait des discussions sans fin pour définir les lois contraires aux canons ; qu'on procédât canoniquement contre Pierre et ses complices ; que le titre de légat fût conféré à Jean Cholet, avec le pouvoir de décréter l'équivalence du vœu pour la croisade d'Aragon et de tous les autres vœux.
Martin IV répondit aux conclusions de l'assemblée de Bourges avec une certaine âpreté. <( Voici, écrivit-il au roi après avoir rappelé les négociations antérieures, que tout semble recommencer ! Nous n'accusons pas ta dévotion ni ta constance, mais ceux qui cherchent à entraver une entreprise (qu'ils désapprouvent en secret) par des artifices coupables. Si tu renonçais à tes projets, quelle joie pour tes rivaux, quelle
1. II. F., XXI, 80i. Ann. de Saint-Martial. « Ph. rex de i)aronibus et prelatis apiid Bituricum, présente patrno siio Karolo, tenet conciiiiim générale contra P. Aragonie. » — Cf. Piikesjustif., n" XXVIII.
2. On en a conservé le texte original, At-ch. Nat., J, 714, n" 305.
honte pour la nation française! tes prélats et tes barons s'abstiendraient de pareils conseils s'ils y réfléchissaient davantage. » Toutefois Martin IV ne laissa pas de consentir à la plupart des concessions que l'assemblée de Bourges avait demandées. L'un de ses notaires, M" Gilles du Châtelet, accompagna de Rome à Paris les ambassadeurs de Philippe III; il était porteur d'un grand nombre de dépèches adressées soit au roi \ soit au cardinal Cholet ^ Par ces dépêches, le pape modifiait ses instructions du mois d'août 4283 ; il accordait la décime de quatre ans sur les terres d'Empire, sauf dans les diocèses de Cambrai, où on levait encore la dîme votée par le concile de Lyon, d'Aix et d'Arles « propter nécessitâtes regni Sicilie »; il y soumettait, en revanclie, les provinces d'Embrun et de Tarentaise ; il autorisait Jean Cholet à engager la décime à des banquiers dès que l'acceptation de la couronne d'Aragon serait décidée ^. Il donnait encore satisfaction sur d'autres points aux barons et aux prélats : ainsi, le roi ne serait pas obligé de s'engager par lettres solennelles ; on effaçait les mots suas patentes litteras concedendo ; par coutumes contraires aux canons, il était déclaré qu'on entendait « coutumes qu'on ne pourrais observer sans péché mortel », etc. Deux articles seulement de la pétition de l'assemblée de Bourges étaient catégoriquement rejetés, l'article 2, qualifié par le pape de (( scandaleux » \ et l'article 7, d'après lequel le roi, s'il se bornait