‹ Le Règne de Philippe III le HardiChapitre 195 sur 447 · ÉPILOGUE DE l'expédition i · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE DE l'expédition i

Telle fui l'issue de la croisade de 1285, une des plus injustes, des plus inutiles et des plus désastreuses expéditions que les Capétiens du moyen âge aient entreprises. Charles d'Anjou, en 1270, avait mené Louis IX en Afrique pour satisfaire son ambition; en 1285, il mena Philippe III en iVragon pour venger ses injures ; le père et le fils moururent également pour lui, en croyant combattre pour Dieu.

Avec le roi, cent mille hommes avaient péri, et en pure perte, car, dès le 12 octobre, Eustachc de Beaumarchais, à bout de vivres, rendit Girone aux Aragonais *. Bien que Philippe le Hardi eût fait jurer, dit-on, à son héritier, d'aider Charles de Valois à conquérir son royaume d'au delà des monts, le nouveau roi avait toujours été opposé à la croisade; les derniers événements étaient faits pour augmenter sa volonté d'y mettre un terme. Philippe le Bel, au lieu d'hiverner à Toulouse, célébra dans la cathédrale de Narbonne les obsèques de son père ^; puis il se dirigea vers Paris.

Les honneurs que le clergé et le peuple de la France centrale rendirent au cercueil de Philippe III eurent plutôt un caractère officiel qu'un caractère d'effusion spontanée ^ Philippe ne fut sincèrement et longuement pleuré que par la reine Marie de Brabant et par les amis de la dynastie angevine qui n'avaient rien à attendre après lui.

L'année 1285 ne s'acheva pas sans que le roi d'Aragon mourût à son tour, en novembre, les uns disent de maladie, les autres des suites des blessures qu'il avait reçues au combat de l'Assomption. Ainsi les personnages qui avaient joué

depuis le col de Paniçars jusqu'à Narbonne; les chemins étaient pleins de cadavres. »

1. « Victualium defeclu, quibus semper indiget gens Gallica. » Contin. G. de Frucheto. H. F., XXI, 7.

2. Sur le tombeau de Philippe 111, voy. Mercure de France, août 1718. — Les chairs du roi furent inhumées à Narbonne, ses ossements à Saint-Denis, ses entrailles dans l'abbaj-c de la Noë en Normandie. Quant à son cœur, il fut dispulé entre l'abbaye de Saint-Denis et l'ordre des Frères prêcheurs. (Voy. BouTARic, la France sous P/i. le Bel, p. 421.) — « Concesso tamen ejus <;orde, nescio quo improviso consilio, fratribus predicatoribus. - (Fragm. de vita Ph. Audaeis. H. F., XX, :i41.)

3. Voy. la description détaillée du voyage à travers le Berry dans les Gesta Simonis, archiepiscopi Bituricensis. Hardui.n, Concilia, Vil, 1063. — Cf. Raynal, Ilist. du Berry, 11, 2o4.

un rôle dans le misérable drame de la croisade d'Aragon quittèrent la scène du monde tous ensemble. Le coupable conseiller de cette aventure, Gbarles d'Anjou, était mort le premier; puis Martin IV, Philippe III, Peyre III, le légat Cholet; la prédiction de la femme de Barletta s'était accomplie à la lettre ^ C'est pourquoi la date de 128o ne marque pas seulement la fin d'un règne, mais comme le point de départ d'une ère nouvelle dans la politique g'énérale des États occidentaux et, en particulier, dans la politique extérieure de la France.

1. Monumenta Parmensia et Placentina, Chron. Salimbene, p. 330. « Quedam domina de civitate que dicitur Barletta vidit somnium sibi a Deo ostensum, quod narrans fratribus minoribus dixit : ■• Yidi in visione nocturna quemdam dicentem : — Scito prenoscens quod infra unum annum. IV. solenines persone morti tradentur a Deo. »

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