Tailliau, Recueil d'actes en langue wallonne, p
PHILIPPE LE HARDI ET LE COMTPi DE FLANDRE 1211
Flandre '. Deux messagers du roi do France, le doyen de Saint-Agnan d'Orléans et CoUart de Alolaines, chevalier, avaient parcouru le pays pour recevoir les serments des seigneurs et des villes; soixante-quinze barons et vingtneuf villes avaient promis entre leurs mains, avec l'autorisation expresse du comte -, d'abandonner leur suzerain s'il violait ses conventions avec la couronne ^ Après l'accession définitive de Gui de Dampierre, en 1278, il y eut une nouvelle prestation de serment d'un caractère analogue; Beaudoin d'Avesnes, G. de Marbais, cinquante-quatre seigneurs et vingt-huit villes s'y soumirent '*.
Le traité de Melun consacrait les droits du roi sur la Flandre; et Philippe III, comme Louis IX, en profita pour y rétablir le bon ordre et la paix. Il ne parait pas que le roi ait pris une g-rande part à la conclusion du traité de Montreuil qui mit fin, en 1274, à la guerre de représailles, — g'uerre commerciale entre les marchands de laine et les tisseurs, — que se faisaient la Flandre et l'Ang-Ieterre '% mais il imposa plusieurs fois sa médiation en d'autres circonstances : pendant la g-uerre de la vache de Chiney, où il sauva le comte de Flandre et le duc de Brabant des mains des Liégeois; et quand Jean d'Avesnes, investi par l'empereur Rudolf, dis-
d. \Vau.\konig, Flandrischn Geschischte, III, pr. p. 69.
2. Voy. la lettre de Gui de Dampierre à la ville de Lille par laquelle il indique la formule du serment à prêter aux envoyés du roi de France. Livre Roisin, p. 289 [févr. 1276] : « Nos juramus quod si dominiim nostrum Guidonem, comitem Flandrie et marchionem Namurcensem, contingeret resilire a convenlionibus initis inter ipsum et dominum regem, quas conventiones nos audimus prout in ejusdem comitis litteris conlinentur, predicto comiti non adheremus nec consilium vel auxilium eidem prestaremus; ymo, domino régi pro posse adheremus donec id emendatum esset in Curia domini régis ad judicium parium Francie. »
3. Voy. la liste des barons et des villes, Warnkomg, loc. cit., p. 60. — Cf. Arcli. \al., J, 451.
4. Jhid., p. 61. C'est donc à tort que M. Kervyu de Lettenhove {Hist. de Flandres, II, 3o6) attribue une grande importance à ce fait que Ph. le Bel a exigé, en 1286, une nouvelle ratification du traité de Melun.
o. Sur les prohibitions d'exportations édictées par Edw. I^"", voy. Anmial report of Ihe deputy Keeper of tlie Public Records, XLIII, 561. — Traité de Montreuil et, pièces annexes. Ry.mer, l-, 137, 140, 170. — La guerre anglo-flamande fut très préjudiciable aux intérêts des villes du nord. Gand, Ypres et Douai forcèrent en quelque sorte la comtesse à y mettre fin. Voy. Arch. comm. de Douai, AA, 81, f" 23. — Sur le mariage de Marguerite de Flandre et d'Alexandre d'Ecosse en 1281, voy. A7'ch. nat., K, 556.
puta il Gui do Dampierre ses domaines héréditaires. Il fut surtout l'arbitre obéi de tous les différends qui s'élevèrent entre le comte et ses sujets. L'affaire la plus importante qu'il eut à régler fut celle des Trente-Neuf de Gand.
En octobre 1275, la comtesse Marg-uerite avait supprimé l'ancienne constitution communale de Gand, qui datait de 4228, l'oligarchie de ses trente-neuf magistrats; elle l'avait remplacée par un conseil supérieur d'échevins, de conseillers et de trésoriers. Cette réforme était très populaire, car les Trente-Neuf étaient accusés par les pauvres de malversations et de tyrannie ; le « commun de Gand envoya à Philippe III un mémoire ^ pour justifier la révolution accomplie et pour supplier humblement la clémence royale d'approuver ce qui avait eu lieu ». Cependant, les Trente-Neuf avaient interjeté appel, pour défaute de droit, à la cour de France, parce qu'ils avaient été condamnés sans avoir été entendus. Un accord intervint d'abord par les soins du comte de Blois et de Henri de Yezelay; il fut convenu que deux « prud'hommes de l'hôtel royal » se rendraient à Gand pour s'informer des griefs et de la conduite des Trente-Neuf et de la comtesse de Flandre ^ Le comte de Pontieu et G. de Neuville, désignés pour cette mission, découvrirent que sept magistrats s'étaient en effet conduits d'une façon déloyale ; ils furent solennellement cassés. Quant aux autres, comme les commissaires ne trouvèrent rien à leur reprocher, la Cour décida qu'ils seraient maintenus; que la charte de 1228 resterait en pleine vigueur, et que l'échevinage créé par la comtesse de Flandre serait annulé r22juinet 1277].
Gui de Dampierre ne vécut pas en meilleure intelligence que sa mère avec les républiques communales. lies archives de Bruges ayant été brûlées par un incendie, il refusa de renouveler les anciens privilèges; il fallut que la cour de France lui or(h)nn;U de ne pas empêcher les gens de Bruges d'avoir recours à la juridiction royale contre un tel abus de pouvoir'' ; et, le 25 mai 1281, Bruges reçut, grâce à l'in-