INTRODUCTION AU CATALOGUE DES MANDEMENTS
Jusqu'au xvi^ siècle la chancellerie des rois capétiens expédia concurremment deux sortes d'actes : les diplômes solennels, ornés de formules consacrées, de la souscription des grands officiers et du sceau de majesté; d'autre part, des lettres brèves. Les privilèges, les confirmations, les notifications à l'universalité des fidèles étaient rédigés sous forme de diplômes; les lettres brèves renfermaient des ordres précis à tel seigneur, à tel officier; c'était par de pareilles lettres que le roi faisait rayonner sa volonté jusqu'aux extrémités de ses domaines.
Au xii^ siècle, les lettres-mandements paraissent assez rares *, parce que Vaucloritas des princes, exprimée dans les diplômes, s'exerçait alors plus fréquemment que leur volonté.
Au xiii'^ siècle, au contraire, à cause de l'agrandissement du pouvoir royal, la forme brève de l'acte public, commode pour la correspondance administrative, supplanta la forme solennelle; on a déjà beaucoup plus de lettres patentes que de diplômes de la chancellerie de saint Louis.
Nous appelons « mandements » les lettres patentes ou closes qui sont caractérisées par la présence du mot mandamus avant le dispositif; les autres lettres patentes ne sont que des diplômes abrégés. Le mandement a été, à partir du xiii"^ siècle, l'instrument ordinaire des rapports entre le roi et les autorités locales.
La collection intégrale des mandements de saint Louis, de Philippe 111 et de PhiUppe le Bel serait très précieuse; on pourrait dégager de la comparaison des décisions de ces rois sur une foule de questions de détail les principes fixes de leur politique respective.
1. L. Delisle, Catal. des actes de Ph.-Auguste, p. lvi. — Cf. LiciiAmE, Élude sur les acles de Louis Vil, p. ii.
Malheureusement, la correspondance de ces trois princes se trouve aujourd'hui dépareillée.
On sait que, sous Philippe IV, certains sénéchaux tenaient registre des mandements qu'ils recevaient; ils les transcrivaient à mesure ; tel, le sénéchal de Beaucaire '. Il en était probablement de même sous Philippe III, puisque le Cartulaire de Pampelune est justement le registre des mandements de ce prince aux gouverneurs de Navarre; mais ce cartulaire est, avec un célèbre registre de la sénéchaussée de Carcassonne ^ et le Rcgistrum Curie ^, le seul des recueils de ce genre, écrits de 1270 à 1285, qui ait été respecté par le temps.
Les mandements originaux, encore plus que les registres de copies, ont été exposés à des chances multiples de destruction. En 1278 *, on se plaignait déjà du pillage des archives administratives, qui n'en a pas moins continué jusqu'à nos jours. Nous n'avons plus que les pièces qui ont été conservées dans des cartulaires privés, ou (presque toujours sous forme de vidimus) dans les collections des Archives nationales et des Archives des départements ^. La série des mandements originaux de la Bibliothèque nationale ne commence qu'en 1288 *'.
Il importe de remarquer ici que ce qui a été perdu surpassait singulièrement ce qui a été préservé en qualité et en quantité. — En effet, c'est à peine si, en utilisant toutes les ressources, on réunit cent quatre-vingts mandements pour le règne de PhiHppe III'; or, on sait que la chancellerie expédiait chaque jour un grand
1. B. N., lut., 10312. — M. Beaudoin, archiviste de la Haute-Garonne, publiera prochainement un registre des mandements de Ph. IV au sénéchal de Toulouse.