LA CEIUTE DE PIERRE DE LA BROCE
elle l'accusa d'avoir essayé de lui dicter des calomnies. Ces réponses, contre-scellées du sceau de l'évêque de Liège, furent portées par frère Arnoul au légat, qui était à Reims *, Il est certain que le roi en fut informé, et, suivant l'expression du chroniqueur, il « comprit qu'il avait autour de lui, à son service, des gens qui n'étaient ni bons ni fidèles » ; mais il se contint et dissimula de son mieux, « car, dit l'anonyme, s'il avait dit à ses barons : <( Tel honte m'a fait cil ! » ils eussent répondu : « C'est à bon droit; vous aviez greigneur fiance en lui qu'en vos frères ^ »
Après avoir redoublé ainsi les angoisses de Philippe, le parti de la reine crut le moment venu de frapper le dernier coup. A la fin do l'année 1277, la cour étant à Mclun, un moine apporta un coffret qu'un messager, avant de mourir dans son abbaye, lui avait, disait-il, laissé, en le priant de n'en remettre le contenu qu'au roi. C'était alors un procédé classique, pour faire arriver jusqu'au prince des pièces dont l'origine devait rester inconnue, de les lui faire tenir par l'intermédiaire d'un moine anonyme qui supposait un dépôt in extremis ^. Le coffret ouvert en présence du conseil \ on trouva des lettres scellées du sceau de Pierre de la Broce ; on ne sait point ce qu'elles contenaient , mais ceux qui les lurent en furent fort « émerveillés ». Le roi quitta aussitôt Melun et se transporta en toute hâte à Paris.
On ne laissa pas à Philippe le loisir de réfléchir, de s'informer, d'entendre la défense de l'accusé; il fut poussé par le parti triomphant do la reine à des mesures promptes et violentes. P. do la Broce, emprisonné vers la fête de l'Epiphanie (janvier 1278) % fut confiné bientôt dans la forte tour de Janville en Beauce, afin que le roi ne fût plus tenté de le revoir ni d'entendre son apologie ". En même temps, P. de Benais