‹ Le règne des champignonsChapitre 8 sur 30 · Pistouo, champignon vénéneux · texte numérisé non relu

Pistouo, champignon vénéneux

2. Cantharelle, champignon qu*on peut manger sans danger, mais Beulemeht tant qu'il est jeune.

ÉPIPHYTB

Alors yoas n'êtes jamais entrés chez « les frères », dans ces infâmes écoles cléricales, dans ces repaires?

CANTHARELLB ET PISTOUN

Jamais.

ÉPIPHYTB

C'est bien, c'est l'important, le reste viendra plus tard. Toi, Gantharelle, tu seras institutrice laïque ; toi, Pistoun, tu seras ministre de l'instruction publique.

Monte sur l'estrade.

ÉPIPHYTB

Je vais vous dire mieux que tout cela. Mais,

comme mon traitement de dictateur n'est pas encore

fixé, M. le ministre des finances, Roussoun, va faire

une qûéte pour subvenir aux besoins urgents de la

République, de la société.

(Roussoun parcourt la salle avec sa casquette à la maiu, et la rapporte pleine de gros sous. )

ÉPIPHYTB

La Seine se partagera en deux courants parallèles, l'un allant à la mer, l'autre venant de {louen, ce qui épargnera beaucoup de peine aux bateliers et mariniers, dont les riches et les bourgeois boivent la sueur, comme celle de tous les prolétaires.

— Bravo !

HISTOIRE DfBS CHAMPIGNONB 15

ÉPIPHYTB

Mais parlons d^afifaires plus sérieuses. La ville de Paris, comme la société actuelle, en ce qui concerne les intérêts et les demeures des prolétaires, est une cassine, une masure, un bouge, un taudis, tandis que les satisfaits, les bourgeois, les repus, etc., habitent des palais. Nous allons tout démolir, châteaux et masures, palais et bouges, et je vous rebâtirai toute la ville sur un plan nouveau, où vous aurez tous, vous les prolétaires, vous les travailleurs, des palais et des châteaux : les plus pauvres se contenteront de maisons à sept étages, en attendant de nouveaux progrès.

Prenez donc tous vos outils et commençons la démolition.

Les auditeurs, enivrés, prennent des pioches, des pics, des marteaux, etc.

Quelques-uns de la poudre et du picrate; d'autres du pétrole.

On démolit, on fait sauter, on brûle.

(Puis on B^arréte et an des travailleurs dit à Épiphyte :)

« 11 y a un temps pour déchirer, mais aussi un temps pour recoudre » *.

Il pleut ^ il fait froid, nous n'avons plus d'abri.

i. TempuB soindandi, et tempus coDBuendi. {Ecelena$H,)

LYGOPERDON

A bas le clérical I

OREILLE DE JUDAS

A bas le jésuite I

ÉPIPHYTE

Taisez-vous I Le citoyen a raison. Nous nous mettrons à reconstruire, mais quand la démolition sera finie, et elle ne Test pas. Voici là-bas une statue de M. Thiers, allez la casser, comme vous ayez redém«li sa maison ; ça sera des matériaux pour la reconstruction.

COa va casser la statue de M. Thiers, puis on revient.^

« Il y a un temps pour arracher les arbres, et un temps pour les replanter.

» Un temps pour éparpiller et un temps pour réunir.

» Un temps pour démolir et un temps pour réédiôer *. »

GIFTMORCHEL

Réac ! va I

ÉPIPHYTE

Taisez-vous, le citoyen a raison ; il est temps de

i.Tempus evelleodi, et tempus plantandi.

Tempus spargeodi, et tempus colligendi.

Tempus destrueodi, et tempus aadificandi.

reconstruire ; seulement il faut mettre à droite les matériaux qui sont à gauche et à gauche ceux qui sont à droite.

(Ce qui était à droite est maintenant à gauche ; ce qui était à gauche est à droite.)

ÉPIPHYTE

C'est fini ; la reconstruction va commencer, mais d'abord la patrie a des besoins, les bottes de la patrie sont éculées, et son chapeau est fauve et chauve.

M. le ministre des finances va percevoir un impôt volontaire ; ce n'est plus Roussoun, le drôle a décampé avec les derniers cinquante francs du dernier budget. Gomme je ne recule devant aucun sacrifice, aucun travail, aucun dévouement pour la République, j*ai assumé par-dessus le ministère des affaires étrangères et de la guerre, dont je portais déjà le faix, le ministère des finances. (A Mousseron) M. le garde des sceaux, prête-moi ta casquette.

(Épiphyte fait la qaéte, met le produit et la casquette dans sa poche, et remonte sur la table.)

On reconstruira la ville, que dis je, la ville ? la société sur de nouvelles bases.

ÉPIPHYTE

Allons là-bas : une dernière truellée au tas gâchée serré.

— Dans quoi ?

ÉPIPHYTB

Dans une auge.

— Je n'ai pas d'auge.

ÉPIPHYTE

Dans ton chapeau.

— Quoi mettre dans mon chapeau ?

— Du mortier; du plâtre, remué et gâché à la

truelle.

— Y a pas de truelle, y a pas de mortier, y a pas de plâtre.

ÉPIPHYTE

Qui est-ce qui a une truelle ?

A. VERRUCOSSUS *

J'ai un marteau.

SGHIRODERME

Moi, j'ai une pioche.

SPOROGYBE

Moi, un pic.

ÉPIPHYTE

Qui est-ce qui a du plâtre ?

i. Cette moisissure et les saiyantes sont des champignons plus ou moins vénéneux.

ATRACTOBOLB

J*ai du pétrole.

ÉPIPHTTE

Et du ciment ?

SUSPIGONTB

J'ai de la poudre.

CYCLOMICB

Et moi du picrate.

MÉLANOSPORE

Et moi de la dynamite.

ÉPIPHYTB

Il n*y a pas moyen de bâtir avec ça. Est-ce qu'il n'y a plqs rien à démolir ?

LYGOPBRDON

Si, il y a toi. Traître, repu, satisfait, opportuniste, réac, dictateur, bonapartiste, clérical, médiocre, incapable... égoïste I A bas Épiphyte 1

TOUS

A bas Épiphyte I

GIFTMORGHBL

Épiphyte à la lanterne I

(Bxit Épiphyte avec la qaéte dans sa poche).

LYCOPERDON

Le tyran est en fuite. Citoyens, travaillears, prolétaires I je vous ai délivrés de ce nouveau despote qui buvait votre sueur comme nos anciens tyrans* Vive la liberté I

TOUS

Vive la liberté I La Marseillaise/

LYCOPERDON

C'est moi qui vous donnerai la vraie République, la démocratique, la sociale, la Marianne, la « sainte ». Salariat, sueur du peuple, infâme capital, travailleurs, immortels principes.

A. DU CHÊNE ( TAmadou)

A la bonne heure. Celui-ci c'est le bon. En voilà un qui est vraiment éloquent, et vraiment ami du peuple. Vive Lycoperdon 1

TOUS

Vive Lycoperdon!

LYCOPERDON

Mais ce vil coquin d'Épiphyte a emporté la grenouille, le budget I

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