‹ Le reine de Saba, opéra en quatre actesChapitre 11 sur 29 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Assad puis La Reine.

ASSAD

0 voix céleste, ô jardin enchanté.

Souffle si pur des douces nuits d'été, Rayons furtifs dont s'argente le sable.

Calmez mon cœur par la fièvre agité Depuis le jour où son charme ineffable Me prit heureux, me laissa misérable; Depuis cette heure où dénouant ses bras,

Elle a fui pour toujours, hélas!

Ah, rendez-moi son image adorable 1

(Assad est près de la fontaine. La reine paraît tout à coup devant lui dans la clarté de la lune. Il recule épouvanté)

Grand Dieu! Que vois-je? ô nuit d'effroi ! La vision ! Elle est là devant moi !

LA REINE

Assad !

ASSAD

C'est sa voix qui m'appelle!

Dans mon extase, si près d'elle.

Mon cœur bat et mon corps chancelle !

Réponds, réponds ! Est-ce bien toi ?

ûMM^ë^sÊ^^^ji^^MM^Mù

(immobile)

Ton cœur a donc compris ma peine?

Si vers moi tu reviens en cor, C'est que ton âme est toujours pleine Des souvenirs du mont Thabor.

ASSAD

Calme-toi, mon cœur, sois sans craiute, Tout cela n'est qu'enchantement.

LA REINE

De la fontaine entends la plainte, La lune brille au firmament, Viens, brise-moi dans une étreinte Et jouis de mon long tourment.

ASSAD

De sa voix l'enivrant murmure Fait encor saigner ma blessure.

Je l'aime comme au premier jour.

LA REINE

(lui ouvrant les bras) Tu m'aimes!

ASSAD

Ah! vois ma torture, Grâce pour moi, je t'en conjure.

Démon, fatale créature.

Ma perdition, mon amour !

LA REINE

Ta tendresse enfin m'est rendue, Et tant de joie Assad m'est due Si tu mesures l'étendue De l'amour dont tu t'enivras.

ASSAD

De quel ciel ou de quel nuage Tombes-tu donc, divine image.

Et quel est l'âpre vent d'orage Qui te jette ainsi dans mes bras?

LA REINE

Auprès de moi, viens, viens encore, Dors sur mon cœur jusqu'à l'aurore, Si je vis et si je t'adore Par mes baisers tu l'apprendras.

ASSAD

Gomme autour de moi tout est sombre !

Gomme mon âme est pleine d'ombre!

Je me sen^ perdu sans retour.

LA REINE

Du lourd devoir ton âme est lasse, Doux enfant, quand ton bras m'enlace, Tout disparaît hormis l'amour.

{Assad court vers la reine et se jette à ses pieds. La reine saisit son voile avec les deux mains et en couvre absolument Assad. Tous deux restent ainsi longtemps recueillis)

LE GARDIEN DU TEMPLE [invisible et d'en haut) Priez, fils d' Israël, priez. Voici le jour 1

LA REINE

Adieu !

Douleur ! tu veux partir !

LA REINE

Que tout s'efface Tout hormis ton amour.

{La reine se délie rapidement et disparaît parmiles buissons. Assad la regarde partir comme dans un rêve puis il erre en la cherchant. Il vient enfin tomber évanoui sur les marches de la fontaine. - Le jour se lève.)

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