SCÈNE II
La Reine, Salomon.
[La reine entre vivement par le fond,, Salomon la à danseurs se prosternent.)
SALOMON
Au milieu du festin pourquoi partir si vite? Gomme un rêve charmant la reine nous a fui. Reste, écoute ces chants. Tout est joie et t'invite A chasser loin de toi la tristesse et Tennui Que jamais ce p'alais n'abrite.
[H fait un geste. Les danses recommencent)
LA REINE
Assez !
[sur un signe du roi les danses cessent)
Tout est ici merveilleux, mais hélas!...
Toi soupirer !... Parle, je t' y convie.
LA REINE
De m'exaucer as-tu l'envie?
SALOMON
Oui, veux-tu la moitié du royaume?
Non pas!
Ce n'est vraiment qu'un caprice qui passe.
SALOMON
Parle !
LA REINE
Accorde-moi donc la grâce De cet enfant que ton prêtre menace.
SALOMON
Quoi d'Assad!
LA REINE
Il se nomme Assad? Assad... vraiment!
Alors pour Assad je te prie.
SALOMON
Je n'ai pas de droits sur sa vie, Car Dieu dicta son châtiment.
Quoi, c'est le roi sous qui tout plie, C'est lui qui parle en ce moment Quand une reine le supplie?
SALOMON
Qu'est-il pour toi?
LA REINE
Lui? Ce qu'il est pour moi?
Bien peu... je le connais à peine, Beaucoup lorsqu'on priant, la reine Eprouve la faveur du roi.
Toi seul peux désarmer la haine; Sa vie !...
SALOMON
A quoi bon m' implorer?
Hier j'ai vu son regard t' adjurer De prononcer uii seul mot secourable:
Mais ton cœur fut impitoyable.
LA REINE
Mon premier vœu n'est rien pour toi 1... Que veux-tu donc? Ah! parle, ordonne Tous mes trésors prends-les, ô roi.
Dépouille-moi de ma couronne.
Mais brise l'exécrable loi !
Vois!... moi, qu'en souveraine
Ta cour reçut ici,
A tes pieds je me traîne
Et demande merci.
Femme, je comprends par quels charmes D'Assad ton pouvoir fut vainqueur ; Sur moi s'émousseront tes armes, Je puis enfin scruter ton cœur.
LA REINE
QuMmporte ce qu'il m'est? Je t'implore... j'ordonne! Sa liberté!.. Réponds!.. Quoi rien?.. Mon cœur frissonne; C'est trop pour moi... trop de douleur.
SALOMON [a'oee une courtoisie affectée)
N'entends-tu pas les chants de fête?
Le peuple entier veut te revoir.
LA REINE
O rage! il raille, il me rejette, Et mon cœur se ferme à l'espoir.
[Bile s'avance vers Salomon, superhe et menaçante)
C'est donc ainsi, monarque infâme.
Que tu te ris de moi? C'est bien.
Prends garde à toi; princesse et femme, Je ne saurais oublier rien.
La femme ce soir prie et pleure Et se courbe pour t' attendrir.
Quand de la reine viendra l'heure.
Ton lâche cœur devra frémir.
Pour te dire ma gratitude
Vers toi tout mon peuple viendra.
Des Sabéens la lance est rude,
Sion sous le choc croulera.
Mon Dieu, que ton cœur répudie,
Veut l'éclatante vérité.
Et le feu de la torche impie
Par son haleine est écarté.
Je ris de ta témérité Et Sion, reine, te défie.
LA REINE
Adieu! Le ciel m'assistera,
Et mon pouvoir le sauvera
Puisque la. lâcheté du roi le sacrifie.
[Elle sort.)