SCENE I
Jardin de palmiers de cèdres et de rosiers.
A gauche, vers l'avant-scène, une fontaine dont la vasque pose sur des marches. A droite, une grande porte qui conduit au palais. 11 est nuit. La lune paraît lentement.
La Reine sort du palais, vêtue d' un costume d'étoffes légères et tout enveloppée dans un grand voile brodé d'or.
De ces Juifs j*ai fui la fête.
Seule! je suis seule enfin, Et je puis courber la tête Sous l'insulte du destin.
Hélas! L'enfant dont l'haleine Brûla mes lèvres de reine, Demain conduit à l'autel La triste fleur d' Iraël.
Si son âme m'est ravie Que ferai-je de la vie?
Si ce prince au cœur glacé A deviné le passé.
Les baisers de V infidèle Qui m'aima seront pour elle!
Seule je devrai partir...
Seule... avec le souvenir.
Nuit d'extase fugitive!...
Tout la chante dans mon cœur; Je la vis sur chaque rive, Je la sens dans chaque fleur.
Au pays de la lumière S'il revenait avec moi, Devant Saba tout entière, L' amour en ferait un roi !
Que m' importe ma couronne Si l'astre qui pour moi luit S'éteint et s'ils m'abandonne Seule dans l'horrible nuit; Si vainement dans ma fièvre Ma lèvre appelle ta lèvre, Assad, si tout est détruit!
0 ruisseau si pur, dont l'onde Fut témoin de nos amours.
Fleurs, rayons, ombre profonde. Mon cœur vous revoit toujours.
A ce charme je me livre, Ma raison, hélas ! me fuit.
Mais sans lui pourrai-je vivre?
Bien obscure était la nuit...
Si la reine fut coupable Qui donc peut la dénoncer?
Quand on écrit sur le sable Le vent vient tout effacer.
Dieu! dans ma rage jalouse Je sens fléchir ma raison...
Elle serait son épouse, Elle, une autre femme, non!
Ah! je sens comme un orage Dans mon cœur gronder ma rage, La rivale qui m'outrage De ma main devra mourir.
Je veux briser cette chaîne,
Je n'écoute que ma haîne,
Mort à qui me fait souffrir! ^
Moi, souveraine acclamée, Que tant de rois ont aimée, Je devrais courber le front!
Quand pour elle il me délaisse.
Plus encor que sa tendresse, C'est l'orgueil de la princesse Qui repousse cet affront.
Garde-toi bien, Juive impure.
Si ton amant est parjure A mon souvenir, je jure Que tes tourments finiront.